Palestine.
Le président palestinien, Mahmoud Abbass, a convoqué des
élections générales en janvier 2010, exaspérant davantage
les relations avec ses rivaux du Hamas.
La
réconciliation malmenée
Le
fatah et le Hamas étaient sur le point de parvenir enfin à
une entente. L’affaire Goldstone est venue torpiller les
efforts de réconciliation. La convocation d’élections
générales en janvier prochain à Jérusalem, en Cisjordanie et
dans la bande de Gaza leur a, semble-t-il, donné le coup de
grâce. L’annonce a été faite vendredi dernier par le
président palestinien, Mahmoud Abbass. Et le lendemain,
devant le Conseil central palestinien réuni à Ramallah, M.
Abbass a maintenu l’échéance 24 janvier, telle que définie
par la Loi fondamentale, malgré le refus du Hamas d’y
participer. « C’est la loi, nous devons faire ainsi. Nous
agissons conformément au calendrier constitutionnel. (En
même temps), nous poursuivons nos efforts en vue de la
réconciliation », a-t-il dit. M. Abbass, âgé de 74 ans, a
convoqué le scrutin après l’échec de discussions de
réconciliation entre les factions menées depuis plus d’un an
avec la médiation de l’Egypte. Mais le président de
l’Autorité palestinienne s’est aussi dit prêt à reprendre
les négociations avec le mouvement islamiste au pouvoir à
Gaza pour parvenir à une réconciliation avant le scrutin.
Or, le
Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, refuse la tenue
d’élections tant qu’un accord politique entre factions
palestiniennes n’aura pas été conclu. Faouzi Barhoum, porte-parole
du Hamas à Gaza, a ainsi estimé que le discours de Abbass à
Ramallah était « plein de mensonges, de duperie et de
contradictions ». « Il a tenté de dresser l’opinion publique
contre le Hamas », a-t-il fustigé.
Pire
encore, le Hamas a accusé samedi Mahmoud Abbass d’«
usurpation » de pouvoir, selon les propos d’Ahmad Bahar,
vice-président du Conseil Législatif Palestinien (CLP, le
Parlement palestinien). Ce décret n’a « aucune valeur d’un
point de vue constitutionnel », a estimé M. Bahar, en
précisant que le mandat du président de l’Autorité
palestinienne avait expiré en janvier 2009. Le Hamas
conteste la légitimité de M. Abbass au nom de la Loi
fondamentale palestinienne qui fixe à quatre ans le mandat
du président. Toutefois, le mandat de quatre ans de M.
Abbass, élu le 9 janvier 2005, a été prorogé par l’Autorité
palestinienne d’une année pour faire coïncider le scrutin
présidentiel avec les élections législatives. La législature
de l’actuel Parlement palestinien, dominé par le Hamas,
expire en janvier 2010, d’où l’obligation pour le président
Abbass de convoquer des élections à cette date.
Une
tactique risquée
Or, la
convocation d’élections est une tactique risquée qui
complique encore un processus déjà difficile. Selon certains
analystes, elle pourrait viser à forcer les islamistes du
Hamas à signer un accord de réconciliation
interpalestinienne. L’appel à des élections est une «
tactique politique » qui vise à tordre le bras des
islamistes du Hamas pour qu’ils acceptent de signer un
accord de réconciliation nationale, explique Hani Al-Masri,
analyste politique à Ramallah (Cisjordanie) cité par l’AFP.
« Mais il y a un pas entre la publication d’un décret et la
tenue des élections sur le terrain », avertit M. Al-Masri,
selon lequel l’objectif de M. Abbass est de contraindre le
Hamas à reprendre le dialogue.
Le Hamas
refuse, jusqu’à présent, de parapher un projet d’accord de
réconciliation proposé par l’Egypte et signé par le Fatah et
qui prévoit de reporter la date des élections au mois de
juin 2010. Lors du discours de samedi, M. Abbass a promis
qu’il ferait tout pour parvenir à la réconciliation
nationale qui relève selon lui de « l’intérêt du peuple
palestinien ».
Mais
concrètement parlant, la décision de convoquer les élections
risque de creuser le fossé entre la Cisjordanie, aux mains
de l’Autorité palestinienne de M. Abbass, et la bande de
Gaza, contrôlée depuis juin 2007 par le Hamas. « Si des
élections ont lieu sans un accord avec le Hamas, la division
sera consacrée et les territoires palestiniens se
transformeront en deux entités (politique et géographique)
distinctes », relève Hassan Khreisheh, également cité par
l’AFP. D’autre part, le Hamas est en mesure d’empêcher la
tenue d’élections crédibles dans la bande de Gaza, où vivent
1,5 million de Palestiniens.
Si les
élections sont maintenues, le mouvement islamiste menace
aussi d’organiser son propre scrutin à Gaza. Les
Palestiniens auraient alors deux présidents rivaux, deux
Parlements et deux premiers ministres dans deux territoires
distincts. Cela conduirait à une division politique et à une
rupture permanente entre les deux frères ennemis
palestiniens. Une situation à hauts risques.
Abir
Taleb