Coptologie.
Il y a sur notre terre des sites particulièrement bénis qui
sont des lieux de pèlerinage, qu’ils soient chrétiens ou
musulmans.
Sur les traces de la Sainte Famille
En Egypte, grâce au passage de la Sainte Famille et aux
saints qui y ont vécu, les lieux vénérés sont très nombreux
et les pèlerinages sont, en plus, des occasions de fêtes et
de réjouissances. On s’y prépare la veille, en jeûnant et en
priant et si le vœu a été exaucé, on jeûne encore un jour ou
l’on fait un don aux pauvres en signe de remerciements.
Parmi les plus célèbres et ceux qui sont encore les plus
suivis à l’heure actuelle, il faut citer le pèlerinage à
Deir Gabal Al-Teir. C’est le couvent de la montagne de
l’oiseau, car des milliers de ces oiseaux appelés « bougir »
y vivent. Il se trouve à 25 km de Minya, ville située à 240
km au sud du Caire. Il y a deux pèlerinages dans l’année, le
premier a lieu le 29 janvier, jour anniversaire de la mort
de la Vierge Marie, sa Dormition, et le second le 22 août,
jour de l’Assomption de la Vierge. Le couvent est creusé
dans le roc même de la montagne. Il date du IVe siècle. Les
pèlerins viennent avec des gâteaux au miel et aux graines de
sésame et — la spécialité de la fête — de la confiture de
roses. Tout ceci étant destiné aux pauvres.
Avant de repartir, on visite l’escalier sur lequel, selon la
légende, la Vierge a laissé la trace de ses pieds, en allant
vers Assiout.
Un autre pèlerinage en l’honneur de la Vierge Marie est
également très suivi. C’est celui de Mostorod, sur la route
agricole d’Ismaïliya. L’église est construite sur
l’emplacement où se trouvaient la Sainte Famille et le puits
miraculeux. Il a lieu du 7 au 22 août.
Pendant les deux semaines de jeûne et de prières, les
familles avaient le droit de loger dans la maison d’accueil
de l’église. Elles y cuisinaient des lentilles et des fèves,
dont le fameux plat copte « bessara », fait de fèves vertes
cuites mélangées avec des herbes. Elles mangeaient des
dattes et des figues du sycomore. Cet arbre qui date de
l’Ancienne Egypte était autrefois placé sous la protection
d’Isis et de Hathor. Sur le chemin de retour, il y a un
arrêt à Matariya pour vénérer l’arbre qui aurait caché la
Vierge et Jésus.
Saint Georges, un des saints les plus populaires
C’est le « mouled Mari Guirguis » où se mêlent chrétiens et
musulmans. Il a lieu à la fin du mois d’août à Mit Damsis,
dans le Delta. Les gens campent sur des felouques ou sous
des tentes, au bord du Nil ou à la belle étoile.
A l’intérieur de l’église, qui abrite les reliques du saint
guerrier, le spectacle est impressionnant. Des épileptiques
côtoient des paralytiques, des possédés du démon et autres
malades. Ils essaient de voir passer saint Georges sur son
cheval de feu. Lorsqu’il y a une guérison, ce sont des
hurlements de joie. De toute façon, comme dans tout mouled,
il y a sur les places de la ville des charmeurs de serpent,
des musiciens, des tambours et des danses folkloriques.
Certains, comme à l’époque ancienne, se font tatouer une
petite croix.
Enfin, il ne faut pas oublier saint Mènes, le thaumaturge
qui depuis des siècles jouit d’une incroyable popularité.
Son monastère se trouve à l’ouest d’Alexandrie. Sa fête est
le 24 novembre mais les pèlerinages y sont perpétuels. Il
est né dans la deuxième moitié du IIIe siècle, à Nikiou, en
Basse-Egypte, de parents chrétiens. Il fut engagé dans
l’armée romaine mais, criant sans cesse sa foi, le préfet
Pirrus le fit décapiter, c’était en Phrygie. Son corps fut
rapporté en Egypte sur le dos d’un chameau qui, arrivé à la
jonction du désert et du lac Mareotis, s’arrêta, s’accroupit
et refusa d’avancer. Alors, y voyant un signe surnaturel, on
l’ensevelit à cet endroit auprès d’une source d’eau douce
qui devint miraculeuse. On y venait de partout pour prendre
« cette eau qui lave toute maladie ». On mettait de l’eau
dans des petits flacons en poterie appelés « eulogies ».
Maintenant, la source est tarie, mais les pèlerins repartent
encore avec des flacons qui ont touché les reliques et
contiennent de l’eau bénite.
Après cet aperçu sur l’art, la civilisation, la langue et
les pèlerinages, il est clair que les coptes, héritiers d’un
passé millénaire prestigieux, ont su conserver, jusqu’à nos
jours, leur identité et leur génie.
Isis
Zaki (coptologue)