L’Anba Morcos,
évêque de Choubra Al-Kheima, est un professionnel de la
communication. Il met les nouvelles technologies au profit
de l’église et fait office de porte-parole. Durant la fête
de Noël copte, il aime partager les petites joies avec les
fidèles.
L’évêque branché
L’anba morcos, évêque du diocèse de Choubra Al-Kheima, a un
site Internet qui porte son nom. Il s’agit d’un très bon
communicant, un homme des médias, à qui l’on confie
implicitement le rôle de « porte-parole de l’Eglise copte ».
Sa manière de voir les choses diffère complètement des
autres moines de sa génération. Ses lectures quotidiennes
des versets évangéliques l’ont mené à des interprétations
fortement liées à la vie de tous les jours. En fait, il ne
se contente plus des contemplations spirituelles. C’est là
que réside tout le charme de cette personnalité
charismatique. Père Morcos est capable d’adapter facilement
son discours à tous les niveaux sociaux ; il simplifie pour
atteindre les couches laborieuses de l’évêché de Choubra
Al-Kheima. En même temps, il est tout à fait à même de
convaincre les milieux les plus intellectuels.
Né au Caire, dans le quartier modeste d’Al-Zeitoun, Naguib
Nessim ou Anba Morcos est le troisième enfant d’une famille
de cinq garçons et une fille. Son père était un modeste
menuisier qui a inculqué à ses petits l’importance d’une
bonne éducation et de la religion. « En dépit de ses
préoccupations, mon père insistait à nous accompagner à la
messe du dimanche. Ma mère, une femme au foyer, était encore
plus pieuse », affirme l’évêque qui a fréquenté plusieurs
lycées du quartier lorsqu’il était jeune. Il énumère : «
L’école de l’église de Saint-Jean, l’école d’Al-Adab wal
farouq, Al-Wadi al-guédid, Al-Gamea al-islamiya et Al-Qobba
al-sanawiya. A l’époque, les études étaient complètement
différentes et plus organisées. Malgré mes déplacements
d’une école à l’autre, je trouvais toujours un temps pour la
prière. Je conseille à tout étudiant de multiplier les actes
de bienfaisance et les services spirituels. Car cela permet
une plus grande ouverture et donne un sens à la vie »,
avance l’Anba Morcos.
Un jour, le père Antonios, surnommé le pape Chénouda III,
lui a prêté conseil vers 1971. Il a en quelque sorte changé
le cours de son existence, en lui disant qu’au lieu de
voyager pour un stage dans les usines militaires en
Allemagne, vers la fin du cycle préparatoire, il vaut mieux
suivre ses études secondaires jusqu’à obtenir le
baccalauréat. Père Antonios, qu’il a rencontré le 4 juillet
1959, est quasiment son père adoptif.
Naguib Nessim (aujourd’hui l’Anba Morcos) sera plus tard
admis à la faculté de polytechnique de l’Université
Aïn-Chams. « En 1968, l’année de l’obtention de mon diplôme
universitaire, j’ai été chargé de travailler dans la
compagnie d’autobus Wassat al-delta. Mon parrain, pape
Chénouda III, m’a demandé alors de conduire sa voiture. Le
ministère des Transports a refusé, considérant que j’étais
déjà en mission. J’ai opté plutôt pour le domaine de la
bienfaisance, n’aimant pas trop le fait d’être prisonnier
d’une fonction publique. J’ai réussi à organiser mon temps
entre mon travail et le service du pape ». Et d’ajouter : «
Même au sein de ma famille, je me sentais comme un étranger.
Ce n’était pas bizarre alors que j’opte pour l’abnégation et
le service de l’Eglise ».
Le tout précipitait l’actuel Anba Morcos à la vie des
couvents. C’est dans le monastère d’Anba Bichoy sur la route
de Aïn-Sokhna - Hurghada que le nouveau diplômé y prend
goût. Il y trouve quiétude et refuge. Et le 11 septembre
1976, il porte la djellaba blanche qui ne tardera pas à être
remplacée par une autre noire, devenant khori abesskoboss
(littéralement, évêque de village). Ensuite, il est désigné
comme assistant de l’évêque Maximos, de Choubra Al-Kheima,
le 18 juin 1978. « La robe noire est l’habit d’un
ecclésiastique qui est un enseignant, un juge qui tranche
parmi ses sujets et un avocat qui élève leurs besoins au
père ou le bon Dieu », explique l’Anba Morcos.
Avec l’évêque défunt Maximos, Anba Morcos se réveillait à
l’aube tous les matins pour lire Sefr al-anachid (Cantique
de Salomon). Ce livre, connu également comme le Cantique des
cantiques, figure dans l’Ancien Testament. « Cette
collection de poésies lyriques, célébrant l’amour humain,
suscite à présent différentes opinions de la part des
chercheurs. Certains interprètent ce livre de manière
littérale tandis que d’autres s’attardent plus sur l’aspect
dramatique et didactique. C’est ce côté didactique,
étroitement lié à la vie de tous les jours, qui m’a le plus
intéressé, m’incitant à l’étudier à plusieurs reprises »,
explique l’évêque, ajoutant : « Pour appliquer l’Evangile et
mieux l’assimiler, il faut le lier concrètement à la vie au
lieu de se limiter aux contemplations ».
Pas mal de choses qu’il a dû apprendre auprès du père
Maximos, cet expert en histoire, en langue copte et en
rituels ecclésiastiques. Et ce n’est qu’en 1992 que le pape
Chénouda III a nommé Anba Morcos pour la présidence de
l’évêché de Choubra Al-Kheima, afin de continuer le parcours
d’Anba Maximos.
Il tente de recourir à ses mêmes préceptes humanistes, tout
en marquant de son empreinte le diocèse. Il est parti se
ressourcer aussi auprès des multiples prêches du pape
Chénouda III, donnés chaque vendredi au Patriarcat copte
orthodoxe. Anba Morcos a puisé également dans l’immense
livre (en anglais) d’études bibliques New King James Version
(NKJV), édition Thomas Nelson, 1978. « Tant qu’il n’y a pas
de livres qui détiennent définitivement les secrets de
l’existence et de la création, toutes les déductions
convaincantes sont possibles. Mes interprétations bibliques
sont acceptées, même les hommes de l’Eglise peuvent les
discuter, sans objecter. Chaque nouvelle lecture de l’Evangile
nous invite à de nouvelles études exégétiques », déclare l’Anba
Morcos.
Bon négociateur et orateur inné, il se voit confier par le
pape Chénouda III la tâche de résoudre l’affaire du « moine
insurgé » Max Michel Hanna, qui s’est nommé, en 2005, « le
pape Maximos premier ». « Max Michel n’avait pas arrêté de
lancer des attaques pour brouiller l’image du pape Chénouda
III », raconte l’évêque de Choubra Al-Kheima, taxé souvent
d’être le « porte-parole de l’Eglise copte ». Il s’en défend
: « Cette appellation m’a été imposée. Le seul interlocuteur
officiel de l’Eglise copte doit être le pape Chénouda III.
Ce dernier m’a demandé de représenter l’Eglise copte et de
faire un face-à-face avec Max Michel sur les podiums de la
chaîne satellite arabe Orbit. Après cette rencontre, les
journaux se sont précipités vers moi pour écrire à propos de
ce sujet et ont faussement mentionné que j’étais le
porte-parole du pape », précise l’Anba Morcos, qui ne nie
pas son penchant naturel pour tout ce qui relève des médias
et des nouvelles technologies. Président du comité des
médias à l’Assemblée sacrée des coptes orthodoxes, il est
aussi membre du conseil administratif de la chaîne satellite
copte Sat7. « Dans le temps, les prêches du pape Chénouda
III n’étaient pas accessibles à ceux qui voulaient
l’entendre. Ils étaient restreints aux vendredis, au
Patriarcat des coptes orthodoxes. Actuellement, grâce aux
médias, ces prêches sont répandus et diffusés sur nos
chaînes satellites coptes. J’ai toujours rêvé que l’Eglise
copte ait des chaînes satellites privées, pour faire
parvenir notre voix au monde entier. Aujourd’hui, nous avons
deux chaînes satellites coptes dont la fameuse CTV ». Et
d’ajouter : « Donnez-moi une télévision, je formerai tout un
peuple. La culture médiatique compte pour beaucoup. Le drame
porte en lui une musique qui s’adresse à l’émotion, les mots
adressent la raison et ainsi de suite ». L’évêque est aussi
professeur de technologie et médias auprès de l’Institut de
recherche du conseil paroissial d’Anba Louis, au Patriarcat
copte orthodoxe.
Dans son diocèse de Choubra Al-Kheima, il s’agit surtout de
fidèles, appartenant majoritairement à la classe ouvrière.
Une catégorie sociale que l’évêque a fréquentée pendant 8
ans en tant qu’ingénieur à la compagnie Wassat al-delta.
Il n’hésite pas à demander à ses assistants de lui
communiquer toutes les informations concernant ses sujets, à
travers une base de données enregistrées sur ordinateur. «
J’ai toujours pensé qu’il fallait connecter tous les
diocèses en Egypte à un même réseau. De quoi faciliter notre
tâche quant à savoir leurs nombres et leurs besoins. J’ai
commencé ce projet dans mon diocèse », affirme l’Anba Morcos,
installé dans son bureau luxueux, annexé à une antichambre,
au troisième étage. Le luxe de cette salle où il accueille
ses visiteurs va de pair avec les DVD, écran plasma,
cellulaire branché et parterre en marbre coloré. D’ici, il
gère toute l’administration. Un luxe un peu choquant à
comparer avec la misère des habitants ? L’évêque s’en défend
: Ce sont des moyens pour mieux communiquer. « Cet immeuble
réparti en 9 étages est au service des fidèles, renfermant
un hôpital, une clinique, un restaurant, un institut, deux
étages pour héberger les gens qui viennent d’ailleurs et une
salle de cérémonie pour 400 personnes. Les jeunes trouvent
dans mon diocèse tout ce dont ils ont besoin : garderies,
réunions pour jeunes femmes et hommes, préparation de jeunes
serviteurs, institut pour apprendre les langues étrangères
ou l’informatique, chorale, scout et cliniques ». En fait,
l’homme de religion est convaincu qu’il faut suivre
l’évolution des temps modernes pour ne pas être boudé par la
jeune génération. « Le management est un talent. Gérer un
diocèse ne dépend pas uniquement des lois et des ordres.
Avec les jeunes, il faut savoir discuter », lance-t-il. Cet
évêque est avant tout un homme d’action qui se réunit, tous
les mercredis, avec le conseil administratif de l’église Mar
Guirguis, le diocèse central de Choubra Al-Kheima, où réside
modestement l’Anba Morcos. Ils discutent des besoins des
gens. « Vu que le quartier de Choubra Al-Kheima est marqué
par son environnement culturel et éducatif qui n’est pas
très élevé, nous sommes donc face à des problèmes plutôt
d’ordre conjugal et financier. Le conseil ecclésiastique se
réunit chaque samedi pour résoudre ces problèmes ». L’Anba
Morcos a résolu sagement avec son conseil ecclésiastique
plus de 95 problèmes conjugaux. Il a marié plus de 110
orphelines. C’est avec ces dernières qu’Anba Morcos aime
fêter la Noël copte. Le 7 janvier, à 8h, il leur offre des
cadeaux et mange avec elles avant même d’accueillir le reste
des fidèles dans le diocèse. Vient ensuite le temps des
rencontres officielles. « Chez moi, Noël est différent.
Toutes les familles, surtout les plus pauvres, doivent fêter
Noël convenablement avec des habits neufs et des mets
exquis. Dans toutes ses apparitions, la Vierge Marie nous
délivre un message d’amour. L’amour c’est l’abnégation.
Aimer c’est respecter, défendre et sacrifier », exprime
aimablement l’Anba Morcos.
Névine Lameï