Al-Ahram Hebdo, Visages | L’Anba Morcos
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 7 au 13 janvier 2009, numéro 748

 

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Visages

L’Anba Morcos, évêque de Choubra Al-Kheima, est un professionnel de la communication. Il met les nouvelles technologies au profit de l’église et fait office de porte-parole. Durant la fête de Noël copte, il aime partager les petites joies avec les fidèles.

 L’évêque branché

L’anba morcos, évêque du diocèse de Choubra Al-Kheima, a un site Internet qui porte son nom. Il s’agit d’un très bon communicant, un homme des médias, à qui l’on confie implicitement le rôle de « porte-parole de l’Eglise copte ». Sa manière de voir les choses diffère complètement des autres moines de sa génération. Ses lectures quotidiennes des versets évangéliques l’ont mené à des interprétations fortement liées à la vie de tous les jours. En fait, il ne se contente plus des contemplations spirituelles. C’est là que réside tout le charme de cette personnalité charismatique. Père Morcos est capable d’adapter facilement son discours à tous les niveaux sociaux ; il simplifie pour atteindre les couches laborieuses de l’évêché de Choubra Al-Kheima. En même temps, il est tout à fait à même de convaincre les milieux les plus intellectuels.

Né au Caire, dans le quartier modeste d’Al-Zeitoun, Naguib Nessim ou Anba Morcos est le troisième enfant d’une famille de cinq garçons et une fille. Son père était un modeste menuisier qui a inculqué à ses petits l’importance d’une bonne éducation et de la religion. « En dépit de ses préoccupations, mon père insistait à nous accompagner à la messe du dimanche. Ma mère, une femme au foyer, était encore plus pieuse », affirme l’évêque qui a fréquenté plusieurs lycées du quartier lorsqu’il était jeune. Il énumère : « L’école de l’église de Saint-Jean, l’école d’Al-Adab wal farouq, Al-Wadi al-guédid, Al-Gamea al-islamiya et Al-Qobba al-sanawiya. A l’époque, les études étaient complètement différentes et plus organisées. Malgré mes déplacements d’une école à l’autre, je trouvais toujours un temps pour la prière. Je conseille à tout étudiant de multiplier les actes de bienfaisance et les services spirituels. Car cela permet une plus grande ouverture et donne un sens à la vie », avance l’Anba Morcos.

Un jour, le père Antonios, surnommé le pape Chénouda III, lui a prêté conseil vers 1971. Il a en quelque sorte changé le cours de son existence, en lui disant qu’au lieu de voyager pour un stage dans les usines militaires en Allemagne, vers la fin du cycle préparatoire, il vaut mieux suivre ses études secondaires jusqu’à obtenir le baccalauréat. Père Antonios, qu’il a rencontré le 4 juillet 1959, est quasiment son père adoptif.

Naguib Nessim (aujourd’hui l’Anba Morcos) sera plus tard admis à la faculté de polytechnique de l’Université Aïn-Chams. « En 1968, l’année de l’obtention de mon diplôme universitaire, j’ai été chargé de travailler dans la compagnie d’autobus Wassat al-delta. Mon parrain, pape Chénouda III, m’a demandé alors de conduire sa voiture. Le ministère des Transports a refusé, considérant que j’étais déjà en mission. J’ai opté plutôt pour le domaine de la bienfaisance, n’aimant pas trop le fait d’être prisonnier d’une fonction publique. J’ai réussi à organiser mon temps entre mon travail et le service du pape ». Et d’ajouter : « Même au sein de ma famille, je me sentais comme un étranger. Ce n’était pas bizarre alors que j’opte pour l’abnégation et le service de l’Eglise ».

Le tout précipitait l’actuel Anba Morcos à la vie des couvents. C’est dans le monastère d’Anba Bichoy sur la route de Aïn-Sokhna - Hurghada que le nouveau diplômé y prend goût. Il y trouve quiétude et refuge. Et le 11 septembre 1976, il porte la djellaba blanche qui ne tardera pas à être remplacée par une autre noire, devenant khori abesskoboss (littéralement, évêque de village). Ensuite, il est désigné comme assistant de l’évêque Maximos, de Choubra Al-Kheima, le 18 juin 1978. « La robe noire est l’habit d’un ecclésiastique qui est un enseignant, un juge qui tranche parmi ses sujets et un avocat qui élève leurs besoins au père ou le bon Dieu », explique l’Anba Morcos.

Avec l’évêque défunt Maximos, Anba Morcos se réveillait à l’aube tous les matins pour lire Sefr al-anachid (Cantique de Salomon). Ce livre, connu également comme le Cantique des cantiques, figure dans l’Ancien Testament. « Cette collection de poésies lyriques, célébrant l’amour humain, suscite à présent différentes opinions de la part des chercheurs. Certains interprètent ce livre de manière littérale tandis que d’autres s’attardent plus sur l’aspect dramatique et didactique. C’est ce côté didactique, étroitement lié à la vie de tous les jours, qui m’a le plus intéressé, m’incitant à l’étudier à plusieurs reprises », explique l’évêque, ajoutant : « Pour appliquer l’Evangile et mieux l’assimiler, il faut le lier concrètement à la vie au lieu de se limiter aux contemplations ».

Pas mal de choses qu’il a dû apprendre auprès du père Maximos, cet expert en histoire, en langue copte et en rituels ecclésiastiques. Et ce n’est qu’en 1992 que le pape Chénouda III a nommé Anba Morcos pour la présidence de l’évêché de Choubra Al-Kheima, afin de continuer le parcours d’Anba Maximos.

Il tente de recourir à ses mêmes préceptes humanistes, tout en marquant de son empreinte le diocèse. Il est parti se ressourcer aussi auprès des multiples prêches du pape Chénouda III, donnés chaque vendredi au Patriarcat copte orthodoxe. Anba Morcos a puisé également dans l’immense livre (en anglais) d’études bibliques New King James Version (NKJV), édition Thomas Nelson, 1978. « Tant qu’il n’y a pas de livres qui détiennent définitivement les secrets de l’existence et de la création, toutes les déductions convaincantes sont possibles. Mes interprétations bibliques sont acceptées, même les hommes de l’Eglise peuvent les discuter, sans objecter. Chaque nouvelle lecture de l’Evangile nous invite à de nouvelles études exégétiques », déclare l’Anba Morcos.

Bon négociateur et orateur inné, il se voit confier par le pape Chénouda III la tâche de résoudre l’affaire du « moine insurgé » Max Michel Hanna, qui s’est nommé, en 2005, « le pape Maximos premier ». « Max Michel n’avait pas arrêté de lancer des attaques pour brouiller l’image du pape Chénouda III », raconte l’évêque de Choubra Al-Kheima, taxé souvent d’être le « porte-parole de l’Eglise copte ». Il s’en défend : « Cette appellation m’a été imposée. Le seul interlocuteur officiel de l’Eglise copte doit être le pape Chénouda III. Ce dernier m’a demandé de représenter l’Eglise copte et de faire un face-à-face avec Max Michel sur les podiums de la chaîne satellite arabe Orbit. Après cette rencontre, les journaux se sont précipités vers moi pour écrire à propos de ce sujet et ont faussement mentionné que j’étais le porte-parole du pape », précise l’Anba Morcos, qui ne nie pas son penchant naturel pour tout ce qui relève des médias et des nouvelles technologies. Président du comité des médias à l’Assemblée sacrée des coptes orthodoxes, il est aussi membre du conseil administratif de la chaîne satellite copte Sat7. « Dans le temps, les prêches du pape Chénouda III n’étaient pas accessibles à ceux qui voulaient l’entendre. Ils étaient restreints aux vendredis, au Patriarcat des coptes orthodoxes. Actuellement, grâce aux médias, ces prêches sont répandus et diffusés sur nos chaînes satellites coptes. J’ai toujours rêvé que l’Eglise copte ait des chaînes satellites privées, pour faire parvenir notre voix au monde entier. Aujourd’hui, nous avons deux chaînes satellites coptes dont la fameuse CTV ». Et d’ajouter : « Donnez-moi une télévision, je formerai tout un peuple. La culture médiatique compte pour beaucoup. Le drame porte en lui une musique qui s’adresse à l’émotion, les mots adressent la raison et ainsi de suite ». L’évêque est aussi professeur de technologie et médias auprès de l’Institut de recherche du conseil paroissial d’Anba Louis, au Patriarcat copte orthodoxe.

Dans son diocèse de Choubra Al-Kheima, il s’agit surtout de fidèles, appartenant majoritairement à la classe ouvrière. Une catégorie sociale que l’évêque a fréquentée pendant 8 ans en tant qu’ingénieur à la compagnie Wassat al-delta.

Il n’hésite pas à demander à ses assistants de lui communiquer toutes les informations concernant ses sujets, à travers une base de données enregistrées sur ordinateur. « J’ai toujours pensé qu’il fallait connecter tous les diocèses en Egypte à un même réseau. De quoi faciliter notre tâche quant à savoir leurs nombres et leurs besoins. J’ai commencé ce projet dans mon diocèse », affirme l’Anba Morcos, installé dans son bureau luxueux, annexé à une antichambre, au troisième étage. Le luxe de cette salle où il accueille ses visiteurs va de pair avec les DVD, écran plasma, cellulaire branché et parterre en marbre coloré. D’ici, il gère toute l’administration. Un luxe un peu choquant à comparer avec la misère des habitants ? L’évêque s’en défend : Ce sont des moyens pour mieux communiquer. « Cet immeuble réparti en 9 étages est au service des fidèles, renfermant un hôpital, une clinique, un restaurant, un institut, deux étages pour héberger les gens qui viennent d’ailleurs et une salle de cérémonie pour 400 personnes. Les jeunes trouvent dans mon diocèse tout ce dont ils ont besoin : garderies, réunions pour jeunes femmes et hommes, préparation de jeunes serviteurs, institut pour apprendre les langues étrangères ou l’informatique, chorale, scout et cliniques ». En fait, l’homme de religion est convaincu qu’il faut suivre l’évolution des temps modernes pour ne pas être boudé par la jeune génération. « Le management est un talent. Gérer un diocèse ne dépend pas uniquement des lois et des ordres. Avec les jeunes, il faut savoir discuter », lance-t-il. Cet évêque est avant tout un homme d’action qui se réunit, tous les mercredis, avec le conseil administratif de l’église Mar Guirguis, le diocèse central de Choubra Al-Kheima, où réside modestement l’Anba Morcos. Ils discutent des besoins des gens. « Vu que le quartier de Choubra Al-Kheima est marqué par son environnement culturel et éducatif qui n’est pas très élevé, nous sommes donc face à des problèmes plutôt d’ordre conjugal et financier. Le conseil ecclésiastique se réunit chaque samedi pour résoudre ces problèmes ». L’Anba Morcos a résolu sagement avec son conseil ecclésiastique plus de 95 problèmes conjugaux. Il a marié plus de 110 orphelines. C’est avec ces dernières qu’Anba Morcos aime fêter la Noël copte. Le 7 janvier, à 8h, il leur offre des cadeaux et mange avec elles avant même d’accueillir le reste des fidèles dans le diocèse. Vient ensuite le temps des rencontres officielles. « Chez moi, Noël est différent. Toutes les familles, surtout les plus pauvres, doivent fêter Noël convenablement avec des habits neufs et des mets exquis. Dans toutes ses apparitions, la Vierge Marie nous délivre un message d’amour. L’amour c’est l’abnégation. Aimer c’est respecter, défendre et sacrifier », exprime aimablement l’Anba Morcos.

Névine Lameï

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Jalons

2 janvier 1944 : Naissance au Caire.

4 juillet 1959 : Connaissance du père Antonios (pape Chénouda III).

6 octobre 1976 : Moine.

18 juin 1978 : Assistant de l’évêque Maximos.

2 juin 1985 : Evêque général de Qalioubiya.

14 juin 1992 : Evêque de Choubra Al-Kheima.

 

 

 




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