Al-Ahram Hebdo, Société | Am Chaarawi en tournée
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 7 au 13 janvier 2009, numéro 748

 

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Société

La poste. Malgré tous les changements, le facteur reste une icône de notre quotidien. 

Am Chaarawi en tournée 

« Bosta » est un mot qu’il a répété sans relâche et sans jamais se lasser, tout au long de sa carrière de facteur qui a duré 43 ans. La tournée de Am Chaarawi Taha, ce porteur de bonnes nouvelles et d’autres plus tristes, n’est pas de tout repos. Il doit parcourir des kilomètres pour distribuer le contenu de sa sacoche. Agé de 60 ans et père de trois garçons, Am Chaarawi commence sa journée à 7h30 au siège principal de la Poste à Ataba. Là, avec ses collègues, il pointe d’abord, rejoint son casier, et commence le tri du courrier de son secteur, rue par rue, puis le classe par numéro. « Le tri et la préparation de la tournée nécessitent de la rigueur et un sens de l’organisation. Sans cela, impossible de m’en sortir dans la distribution ». Am Chaarawi part ensuite faire sa tournée à pied. Sans perdre une minute, il arrose les boîtes aux lettres, toujours au pas de course, distribue à domicile lettres, cartes, journaux, pamphlets publicitaires et souvent des colis adressés aux habitants ou aux collectivités dans sa zone de distribution. Il dépose le courrier dans les boîtes aux lettres, ou rencontre les destinataires quand il s’agit d’un envoi en recommandé ou de la livraison d’un colis. « Ma journée n’est pas de tout repos. Chaque jour, je marche quatre heures, transportant plusieurs kilos », dit-il, tout en ajoutant qu’il distribue au numéro ou remet en main propre environ 300 lettres par jour ; ce qui accroît la charge quotidienne du courrier transporté. Il est parfois obligé de monter une dizaine d’étages, alors que selon le règlement, le postier ne doit monter que trois étages seulement. En effet, les réalités concrètes de sa tournée varient en fonction du caractère urbain ou rural de sa zone de distribution : nature des habitations individuelles ou collectives, types de destinataires (collectivités, entreprises …).

Il raconte qu’il doit faire face à certains problèmes, et reçoit des injures en délivrant par exemple une lettre à une femme comportant la nouvelle de son divorce ou le remariage de son mari.

Am Chaarawi aime beaucoup son travail, le respecte et connaît son valeur. Il confie que pour des individus connaissant des trajectoires de précarisation, la distribution quotidienne du courrier constitue une urgence vitale et personnelle. Certains attendent une réponse à une demande d’emploi, d’autres un document officiel permettant de régulariser leur situation, d’autres un chèque ou un avis de virement. Connu autrefois par son costume jaune, son tarbouche rouge, portant toujours un sac en toile de même couleur que son costume, bourré de lettres, le facteur faisait son travail à dos d’âne dans les villages ou en vélo dans les villes. Les citoyens lui font même confiance en lui demandant de leur lire leurs lettres et aussi d’y répondre. Aujourd’hui, il ne distribue pas seulement des lettres, des colis ou des dépêches, mais effectue aussi certaines opérations financières courantes telles que le paiement des mandats et l’encaissement des redevances, et informe également ses clients des différents services proposés par la poste. Il doit encore veiller à respecter la confidentialité et la sécurité des colis et des plis. Am Chaarawi préfère distribuer son courrier à pied, au lieu de s’offrir la moto de l’organisme, profitant ainsi d’une prime de transport modeste.

Nostalgique des temps passés, il se souvient du premier salaire qu’il a reçu, soit 10,50 L.E. Un salaire qui subvenait aux besoins de sa famille. Aujourd’hui, avec ses 1 400 L.E., il arrive difficilement à joindre les deux bouts. En théorie, il termine sa journée à 14h30, mais la réalité le ramène à 16h30. Sans prendre sa pause déjeuner. « Je préfère manger en rentrant chez moi ». Cette heure de travail supplémentaire ne lui est pas payée. Son visage est bien familier des habitants et des commerçants du quartier. Toujours un « bonjour, un au revoir », parfois une franche poignée de main aux rares habitants ou commerçants qu’il croise en chemin. Am Chaarawi garde toujours un œil sur les aiguilles. Une boulangerie, quelques magasins, des cabinets médicaux, beaucoup de maisons et d’immeubles. Des numéros pairs et impairs. Et de nouveaux visages. Il ne se plaint pas. La tournée change, et le métier reste le même.

Chahinaz Gheith

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