La poste.
Malgré tous les changements, le facteur reste une icône de
notre quotidien.
Am Chaarawi en tournée
«
Bosta » est un mot qu’il a répété sans relâche et sans
jamais se lasser, tout au long de sa carrière de facteur qui
a duré 43 ans. La tournée de Am Chaarawi Taha, ce porteur de
bonnes nouvelles et d’autres plus tristes, n’est pas de tout
repos. Il doit parcourir des kilomètres pour distribuer le
contenu de sa sacoche. Agé de 60 ans et père de trois
garçons, Am Chaarawi commence sa journée à 7h30 au siège
principal de la Poste à Ataba. Là, avec ses collègues, il
pointe d’abord, rejoint son casier, et commence le tri du
courrier de son secteur, rue par rue, puis le classe par
numéro. « Le tri et la préparation de la tournée nécessitent
de la rigueur et un sens de l’organisation. Sans cela,
impossible de m’en sortir dans la distribution ». Am
Chaarawi part ensuite faire sa tournée à pied. Sans perdre
une minute, il arrose les boîtes aux lettres, toujours au
pas de course, distribue à domicile lettres, cartes,
journaux, pamphlets publicitaires et souvent des colis
adressés aux habitants ou aux collectivités dans sa zone de
distribution. Il dépose le courrier dans les boîtes aux
lettres, ou rencontre les destinataires quand il s’agit d’un
envoi en recommandé ou de la livraison d’un colis. « Ma
journée n’est pas de tout repos. Chaque jour, je marche
quatre heures, transportant plusieurs kilos », dit-il, tout
en ajoutant qu’il distribue au numéro ou remet en main
propre environ 300 lettres par jour ; ce qui accroît la
charge quotidienne du courrier transporté. Il est parfois
obligé de monter une dizaine d’étages, alors que selon le
règlement, le postier ne doit monter que trois étages
seulement. En effet, les réalités concrètes de sa tournée
varient en fonction du caractère urbain ou rural de sa zone
de distribution : nature des habitations individuelles ou
collectives, types de destinataires (collectivités,
entreprises …).
Il raconte qu’il doit faire face à certains problèmes, et
reçoit des injures en délivrant par exemple une lettre à une
femme comportant la nouvelle de son divorce ou le remariage
de son mari.
Am Chaarawi aime beaucoup son travail, le respecte et
connaît son valeur. Il confie que pour des individus
connaissant des trajectoires de précarisation, la
distribution quotidienne du courrier constitue une urgence
vitale et personnelle. Certains attendent une réponse à une
demande d’emploi, d’autres un document officiel permettant
de régulariser leur situation, d’autres un chèque ou un avis
de virement. Connu autrefois par son costume jaune, son
tarbouche rouge, portant toujours un sac en toile de même
couleur que son costume, bourré de lettres, le facteur
faisait son travail à dos d’âne dans les villages ou en vélo
dans les villes. Les citoyens lui font même confiance en lui
demandant de leur lire leurs lettres et aussi d’y répondre.
Aujourd’hui, il ne distribue pas seulement des lettres, des
colis ou des dépêches, mais effectue aussi certaines
opérations financières courantes telles que le paiement des
mandats et l’encaissement des redevances, et informe
également ses clients des différents services proposés par
la poste. Il doit encore veiller à respecter la
confidentialité et la sécurité des colis et des plis. Am
Chaarawi préfère distribuer son courrier à pied, au lieu de
s’offrir la moto de l’organisme, profitant ainsi d’une prime
de transport modeste.
Nostalgique des temps passés, il se souvient du premier
salaire qu’il a reçu, soit 10,50 L.E. Un salaire qui
subvenait aux besoins de sa famille. Aujourd’hui, avec ses 1
400 L.E., il arrive difficilement à joindre les deux bouts.
En théorie, il termine sa journée à 14h30, mais la réalité
le ramène à 16h30. Sans prendre sa pause déjeuner. « Je
préfère manger en rentrant chez moi ». Cette heure de
travail supplémentaire ne lui est pas payée. Son visage est
bien familier des habitants et des commerçants du quartier.
Toujours un « bonjour, un au revoir », parfois une franche
poignée de main aux rares habitants ou commerçants qu’il
croise en chemin. Am Chaarawi garde toujours un œil sur les
aiguilles. Une boulangerie, quelques magasins, des cabinets
médicaux, beaucoup de maisons et d’immeubles. Des numéros
pairs et impairs. Et de nouveaux visages. Il ne se plaint
pas. La tournée change, et le métier reste le même.
Chahinaz Gheith