La poste.
Cette institution publique a lancé une opération peau neuve,
face à la concurrence farouche des banques, des sociétés
privées de distribution et des nouveaux moyens de
communication. Mais son nouveau visage a du mal à chasser
l’ancien.
Des airs de jouvence
En
effet, la poste a fait peau neuve. Son rôle ne se limite
plus au transport des lettres ou à la vente de
timbres-poste. Cette grande entité financière possède
actuellement une gamme de services variés comme envoyer de
l’argent, investir dans la Bourse, vendre des cartes de
téléphone et ouvrir un compte bancaire ou d’épargne à court
et à long termes, sans oublier les différents modes de
règlement des factures soit en espèces, par chèques, par
cartes de crédit ou par Internet. Autrement dit, il y a eu
une modernisation de la poste. Deux ans de restructuration
et un an de « jumelage » entre Egypt Post et la poste
française ont eu l’effet d’un lifting plutôt que d’une
métamorphose. Des locaux modernes, des postes de travail
adaptés aux postiers, du nouveau matériel : des casiers de
tri, des vélos tout neufs, des véhicules électriques. « Bien
que le développement commence à prendre forme, nous sommes
encore à mi-chemin et les résultats de la restructuration ne
seront ressentis qu’à la fin de l’année prochaine »,
souligne Alaa Fahmi, PDG de la Poste égyptienne, en ajoutant
qu’à partir de 2009 les facteurs de l’Egypte seront
progressivement équipés d’un assistant personnel numérique (PDA),
doté d’une fonctionnalité GPS. Des outils technologiques qui
leur permettront d’être plus efficaces et d’élargir leur
palette de services (signature électronique du client,
commande de carnets de timbres). Selon lui, 1 500 bureaux
sur un total de 3 703 bureaux au niveau national ont été
modernisés. 2 000 bureaux sont liés par un réseau
informatique, ce qui permet actuellement à chaque client de
retirer son argent de n’importe quel bureau, ce qui a attiré
beaucoup de citoyens.
«
Actuellement, cela me prend 5 minutes seulement pour
encaisser ma pension de retraite, alors qu’avant, je pouvais
rester des heures à attendre. Et ce, car le nombre de
guichets a doublé dans les bureaux de poste », affirme Amira
Mohamad, qui a passé 10 ans à souffrir des files d’attente,
qui ont quasiment disparu dans la majorité des bureaux. Or,
lorsqu’on parle de la poste égyptienne à l’époque moderne,
il faut rappeler le rôle de Mohamad Ali, fondateur de l’Egypte
moderne, le premier qui a pensé à organiser et à assurer le
transport rapide des lettres officielles dans les quatre
coins de l’Egypte, ainsi que dans le monde arabe. Il faut
encore mettre le point sur le rôle de son successeur par
excellence, le khédive Ismaïl, qui avait débarrassé la poste
égyptienne du monopole étranger. Avant la souveraineté
nationale imposée par le khédive Ismaïl, la Société de la
poste européenne tenait en main le transport de tous les
messages et lettres égyptiens officiels ou publics. Un
monopole qui a pris fin lorsque le khédive Ismaïl a acheté
la poste du jeune italien Mucci, successeur du délégué de la
Société de la poste européenne.
Ce dernier avait l’intention de vendre la poste à une banque
étrangère. L’achat avait coûté à l’époque 46 000 L.E. En
1865, la vente des bureaux de poste au gouvernement égyptien
a été inscrite dans un contrat officiel signé par le khédive
lui-même. Cette opération a été suivie d’une décision royale
spécifiant que les revenus de la poste soient versés au
Trésor public de l’Etat. Ainsi, le noyau de la poste
égyptienne s’est formé.
Cependant, aujourd’hui, les temps sont durs. Corrélé à la
concurrence farouche des banques qui ont augmenté leur taux
d’intérêt (soit de 12,5 % contre 10,75 % pour les carnets
d’épargne de la poste) et des sociétés privées de
distribution de courrier qui ne cessent d’accroître d’un
jour à l’autre et surtout à l’évolution des moyens de
communication tels que Internet, le fax, le téléphone
portable et le courrier électronique, le chiffre d’affaires
du courrier a reculé. Le courrier de particulier à
particulier a diminué durant les cinq dernières années de 30
%. Pourtant, l’Organisme de la poste distribue un grand
nombre de missives, environ un demi-milliard de lettres par
an, soit à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Chose
étrange encore est que 80 % de ce courrier est constitué de
lettres officielles, provenant des organismes d’impôts,
d’assurances, des banques ou des tribunaux, étant donné que
ces derniers ne prennent en considération que les originaux
de papiers et non pas les copies envoyées par le courrier
électronique. D’ici se révèle l’importance indispensable de
la poste. « Pas de gouvernement, ni d’économie sans poste »,
dit Alaa Fahmi. Selon les statistiques relevées auprès de la
poste, il y a une baisse d’échange de courrier entre les
individus, mais une augmentation considérable de lettres
officielles, atteignant les 30 % et de lettres commerciales
environ 40 %, et ce grâce au développement de l’activité
économique et la multiplication du nombre de sociétés,
banques et entreprises. Or, les courriers postaux ne sont
pas seulement des lettres mais aussi des documents, des
carnets de chèques, des cartes d’inscription, des factures,
des livres, des rapports, des magasines ou des publications,
échangés entre individus ou entre ces derniers et les
institutions publiques. Selon l’ingénieur Ahmad Qadri,
vice-président des services de développement auprès de la
poste, les hommes d’affaires, les propriétaires des
sociétés, les profs des universités et les journalistes sont
les destinataires et les émetteurs les plus fidèles à
l’esprit de la lettre. D’ailleurs, 2 % de ce courrier est
accaparé par une dizaine de sociétés privées chargées de la
distribution. Ces sociétés ont réussi à passer des contrats
avec les individus, exploitant l’image stéréotype de la
poste comme étant un organisme gouvernemental à faible taux
de productivité et de mauvaise performance.
Il
est vrai que longtemps la poste égyptienne était synonyme de
lenteur et d’archaïsme, et il faut du temps et beaucoup
d’efforts pour voir cette image changer auprès de la
population. « Pas une fois une lettre n’est arrivée à temps,
c’est souvent une semaine au moins après l’événement
déterminé dans la missive », proteste Kamel, professeur. Il
rapporte avoir envoyé à un ami en France des cartes postales
à la fin novembre. Celles-ci sont parties de Marsa Alam en
Egypte et ont mis 4 mois pour parvenir au destinataire. « Vu
le délai, on peut supposer que le moyen de transport préféré
de la poste égyptienne est le chameau », se moque-t-il.
Cependant, Chaarawi Taha, facteur, se défend en disant que
ce ne n’est pas toujours le facteur qui est la cause du
retard ou de la perte d’une lettre. « Il ne faut pas oublier
que l’architecture labyrinthique et les fausses adresses
portées sur les courriers multiplient les risques d’erreurs
et les difficultés dans la distribution. De plus, certains
courriers recommandés sont remis à la poste trop tard. Nous,
les postiers, sommes montrés du doigt, alors que la lettre
qui a mis du temps à parvenir à son destinataire est remise
par un agent d’une société privée », affirme Chaarawi.
D’après Amr Badreddine, sous-secrétaire du département de la
technologie et des informations auprès de l’Organisme de la
poste, si certains citoyens ne ressentent pas cette « cure »
de jouvence donnée récemment à la poste, c’est soit parce
qu’ils ne sont pas informés de ces nouveaux services
présentés par la poste, soit qu’ils n’ont pas la culture de
la technologie moderne.
« La preuve est qu’on trouve parfois certains bureaux de
poste bondés de clients qui préfèrent que le guichetier leur
remette leur argent en main, alors qu’il existe des
distributeurs électroniques », conclut Amr Badreddine.
Chahinaz Gheith