Al-Ahram Hebdo,Société | Des airs de jouvence
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 7 au 13 janvier 2009, numéro 748

 

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Société

La poste. Cette institution publique a lancé une opération peau neuve, face à la concurrence farouche des banques, des sociétés privées de distribution et des nouveaux moyens de communication. Mais son nouveau visage a du mal à chasser l’ancien. 

Des airs de jouvence 

En effet, la poste a fait peau neuve. Son rôle ne se limite plus au transport des lettres ou à la vente de timbres-poste. Cette grande entité financière possède actuellement une gamme de services variés comme envoyer de l’argent, investir dans la Bourse, vendre des cartes de téléphone et ouvrir un compte bancaire ou d’épargne à court et à long termes, sans oublier les différents modes de règlement des factures soit en espèces, par chèques, par cartes de crédit ou par Internet. Autrement dit, il y a eu une modernisation de la poste. Deux ans de restructuration et un an de « jumelage » entre Egypt Post et la poste française ont eu l’effet d’un lifting plutôt que d’une métamorphose. Des locaux modernes, des postes de travail adaptés aux postiers, du nouveau matériel : des casiers de tri, des vélos tout neufs, des véhicules électriques. « Bien que le développement commence à prendre forme, nous sommes encore à mi-chemin et les résultats de la restructuration ne seront ressentis qu’à la fin de l’année prochaine », souligne Alaa Fahmi, PDG de la Poste égyptienne, en ajoutant qu’à partir de 2009 les facteurs de l’Egypte seront progressivement équipés d’un assistant personnel numérique (PDA), doté d’une fonctionnalité GPS. Des outils technologiques qui leur permettront d’être plus efficaces et d’élargir leur palette de services (signature électronique du client, commande de carnets de timbres). Selon lui, 1 500 bureaux sur un total de 3 703 bureaux au niveau national ont été modernisés. 2 000 bureaux sont liés par un réseau informatique, ce qui permet actuellement à chaque client de retirer son argent de n’importe quel bureau, ce qui a attiré beaucoup de citoyens.

« Actuellement, cela me prend 5 minutes seulement pour encaisser ma pension de retraite, alors qu’avant, je pouvais rester des heures à attendre. Et ce, car le nombre de guichets a doublé dans les bureaux de poste », affirme Amira Mohamad, qui a passé 10 ans à souffrir des files d’attente, qui ont quasiment disparu dans la majorité des bureaux. Or, lorsqu’on parle de la poste égyptienne à l’époque moderne, il faut rappeler le rôle de Mohamad Ali, fondateur de l’Egypte moderne, le premier qui a pensé à organiser et à assurer le transport rapide des lettres officielles dans les quatre coins de l’Egypte, ainsi que dans le monde arabe. Il faut encore mettre le point sur le rôle de son successeur par excellence, le khédive Ismaïl, qui avait débarrassé la poste égyptienne du monopole étranger. Avant la souveraineté nationale imposée par le khédive Ismaïl, la Société de la poste européenne tenait en main le transport de tous les messages et lettres égyptiens officiels ou publics. Un monopole qui a pris fin lorsque le khédive Ismaïl a acheté la poste du jeune italien Mucci, successeur du délégué de la Société de la poste européenne.

Ce dernier avait l’intention de vendre la poste à une banque étrangère. L’achat avait coûté à l’époque 46 000 L.E. En 1865, la vente des bureaux de poste au gouvernement égyptien a été inscrite dans un contrat officiel signé par le khédive lui-même. Cette opération a été suivie d’une décision royale spécifiant que les revenus de la poste soient versés au Trésor public de l’Etat. Ainsi, le noyau de la poste égyptienne s’est formé.

Cependant, aujourd’hui, les temps sont durs. Corrélé à la concurrence farouche des banques qui ont augmenté leur taux d’intérêt (soit de 12,5 % contre 10,75 % pour les carnets d’épargne de la poste) et des sociétés privées de distribution de courrier qui ne cessent d’accroître d’un jour à l’autre et surtout à l’évolution des moyens de communication tels que Internet, le fax, le téléphone portable et le courrier électronique, le chiffre d’affaires du courrier a reculé. Le courrier de particulier à particulier a diminué durant les cinq dernières années de 30 %. Pourtant, l’Organisme de la poste distribue un grand nombre de missives, environ un demi-milliard de lettres par an, soit à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Chose étrange encore est que 80 % de ce courrier est constitué de lettres officielles, provenant des organismes d’impôts, d’assurances, des banques ou des tribunaux, étant donné que ces derniers ne prennent en considération que les originaux de papiers et non pas les copies envoyées par le courrier électronique. D’ici se révèle l’importance indispensable de la poste. « Pas de gouvernement, ni d’économie sans poste », dit Alaa Fahmi. Selon les statistiques relevées auprès de la poste, il y a une baisse d’échange de courrier entre les individus, mais une augmentation considérable de lettres officielles, atteignant les 30 % et de lettres commerciales environ 40 %, et ce grâce au développement de l’activité économique et la multiplication du nombre de sociétés, banques et entreprises. Or, les courriers postaux ne sont pas seulement des lettres mais aussi des documents, des carnets de chèques, des cartes d’inscription, des factures, des livres, des rapports, des magasines ou des publications, échangés entre individus ou entre ces derniers et les institutions publiques. Selon l’ingénieur Ahmad Qadri, vice-président des services de développement auprès de la poste, les hommes d’affaires, les propriétaires des sociétés, les profs des universités et les journalistes sont les destinataires et les émetteurs les plus fidèles à l’esprit de la lettre. D’ailleurs, 2 % de ce courrier est accaparé par une dizaine de sociétés privées chargées de la distribution. Ces sociétés ont réussi à passer des contrats avec les individus, exploitant l’image stéréotype de la poste comme étant un organisme gouvernemental à faible taux de productivité et de mauvaise performance.

Il est vrai que longtemps la poste égyptienne était synonyme de lenteur et d’archaïsme, et il faut du temps et beaucoup d’efforts pour voir cette image changer auprès de la population. « Pas une fois une lettre n’est arrivée à temps, c’est souvent une semaine au moins après l’événement déterminé dans la missive », proteste Kamel, professeur. Il rapporte avoir envoyé à un ami en France des cartes postales à la fin novembre. Celles-ci sont parties de Marsa Alam en Egypte et ont mis 4 mois pour parvenir au destinataire. « Vu le délai, on peut supposer que le moyen de transport préféré de la poste égyptienne est le chameau », se moque-t-il. Cependant, Chaarawi Taha, facteur, se défend en disant que ce ne n’est pas toujours le facteur qui est la cause du retard ou de la perte d’une lettre. « Il ne faut pas oublier que l’architecture labyrinthique et les fausses adresses portées sur les courriers multiplient les risques d’erreurs et les difficultés dans la distribution. De plus, certains courriers recommandés sont remis à la poste trop tard. Nous, les postiers, sommes montrés du doigt, alors que la lettre qui a mis du temps à parvenir à son destinataire est remise par un agent d’une société privée », affirme Chaarawi. D’après Amr Badreddine, sous-secrétaire du département de la technologie et des informations auprès de l’Organisme de la poste, si certains citoyens ne ressentent pas cette « cure » de jouvence donnée récemment à la poste, c’est soit parce qu’ils ne sont pas informés de ces nouveaux services présentés par la poste, soit qu’ils n’ont pas la culture de la technologie moderne.

« La preuve est qu’on trouve parfois certains bureaux de poste bondés de clients qui préfèrent que le guichetier leur remette leur argent en main, alors qu’il existe des distributeurs électroniques », conclut Amr Badreddine.

Chahinaz Gheith

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