Daniel Barenboïm, défenseur des droits palestiniens
Mohamed Salmawy
Le
premier à m'avoir parlé de Daniel Barenboïm a été l'écrivain
palestinien qui nous a quittés Edward Saïd. Pour moi, le nom
représentait uniquement celui d'un musicien israélien hors
pair, ayant une renommée mondiale. Cependant, Edward Saïd le
considérait comme l'un de ses meilleurs amis et il m’a dit
que c’était là l'un des fervents défenseurs des droits
palestiniens.
Avec enthousiasme, Edward Saïd m'a informé que le projet
pour lequel se consacre Barenboïm repose sur la création
d'un orchestre symphonique israélo-arabe composé de jeunes
Israéliens et Arabes de toutes les nationalités. Il
s'agirait d’après lui d'une initiative concrète constituant
une réponse pratique à Israël qui ne favorise pas des liens
entre juifs et Arabes. A tel point qu'il taxe ceux qui
communiquent avec eux comme étant en relation avec l'ennemi.
Pour cette tâche, Barenboïm a choisi des musiciens arabes
talentueux de Palestine, de Jordanie, de Syrie, du Liban, d'Egypte
et du Maroc. En leur compagnie, il a visité de nombreuses
capitales mondiales, jouant une musique sophistiquée, et
métamorphosant l'image stéréotypée et défigurée dans
laquelle l’on a tendance à enfermer les Arabes. Celle de
terroristes désirant détruire le monde. Edward Saïd m'avait
dit qu'à chaque représentation théâtrale de l'orchestre, il
confirmait à l'audience qui arrivait en grand nombre pour
assister aux soirées qu'il n'existe pas de différences entre
les peuples. Il transmettait également le message selon
lequel ce sont les hommes de politique qui déclenchent les
guerres, qui sont derrière l'effusion de sang et qui
refusent de reconnaître les droits légitimes des autres.
Daniel
Barenboïm a obtenu plusieurs prix de par le monde.
D'ailleurs, j’ai assisté sur les écrans de télévision à la
cérémonie organisée par le roi et la reine d'Espagne à
l'occasion de la remise de l'une des prestigieuses
décorations espagnoles à ce chef d’orchestre. Je n'ai pas
été étonné de voir Barenboïm présenter aux foules l'invité
d'honneur de la cérémonie, son ami proche qui n'était autre
que le grand intellectuel palestinien Edward Saïd. Ce
dernier, quant à lui, tenait à accompagner Daniel Barenboïm
lorsqu'un hommage lui était rendu. Il disait à cet égard :
Notre amitié est un symbole vivant du règlement du problème
auquel nous aspirons et repose sur la coexistence entre deux
Etats, côte à côte.
Les milieux musicaux se souviendront à tout jamais, de cette
soirée ayant eu lieu en Israël, il y a quelques années. L’on
a décerné à Barenboïm l'une des décorations officielles,
malgré l'opposition de l'institution au pouvoir qui n'était
pas satisfaite de son activité sympathisante avec les
Palestiniens. Ce prix est intervenu après plusieurs autres
reçus à l’étranger.
A cette occasion précise, Barenboïm a prononcé son
allocution à partir d'un texte qu'il tenait à la main et qui
contenait le texte intégral de la proclamation de l'Etat
israélien. Il avait déclaré ce jour-là qu'il avait du mal à
reconnaître Israël, après qu'il se déroba complètement, au
fil des années, au contenu de cette résolution avec tout ce
qu’il y avait de valeurs et de principes humains pour
devenir aujourd'hui un Etat d'injustice, d'occupation et de
persécution. Il a appelé le gouvernement à respecter les
principes de base. Ainsi Barenboïm a-t-il condamné la
politique israélienne actuelle de l’intérieur.
Les paroles de Barenboïm étaient douloureuses à tel point
que la ministre israélienne de la Culture s'était levée pour
le critiquer violemment. Elle a dit que c’était un
déshonneur d'attribuer n'importe quel prix à celui qui
prononçait une telle attaque contre Israël et a appelé à lui
retirer la décoration sur-le-champ.
La critique des responsables israéliens portée contre
Barenboïm était certes forte, mais d’un autre côté
l'enthousiasme des Palestiniens n'était pas moins intense.
On peut citer à leur tête, le grand penseur Edward Saïd.
J'ai passé toute une soirée en sa compagnie l'écoutant,
alors qu'il parlait à notre ami Dr Ossama Al-Baz de la
nécessité d'inviter Barenboïm en Egypte pour jouer à l'Opéra
du Caire.
Nous étions invités à dîner chez le grand penseur et
politicien Mohamad Sid-Ahmad, dans sa demeure à Zamalek à
l'occasion de la visite d'Edward Saïd au Caire. Edward Saïd
discutait alors en tête à tête avec Ossama Al-Baz à propos
de Daniel Barenboïm et de ce qu'il avait accompli au service
de la cause palestinienne. Il lui disait : Nous les Arabes,
nous devons nous tenir aux côtés des défenseurs des droits
palestiniens face à l'Etat d'Israël qui affiche de la haine
à son égard. Il avait également dit qu'une telle position si
elle était prise par l'Egypte, elle contribuerait à soutenir
les consciences éveillées de par le monde et les
encouragerait à prendre leur partie.
Mme Mayssa Talaat, épouse de notre hôte, présentait durant
la soirée à Edward Saïd les invités l'un après l'autre et
manifestait sa joie de les avoir retrouvés. Mais Edward Saïd
revenait toujours à Ossama Al-Baz pour insister sur la
nécessité d'inviter ce grand homme en Egypte.