Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy ; Daniel Barenboïm, défenseur des droits palestiniens
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 Semaine du 7 au 13 janvier 2009, numéro 748

 

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Opinion

Daniel Barenboïm, défenseur des droits palestiniens

Mohamed Salmawy 

Le premier à m'avoir parlé de Daniel Barenboïm a été l'écrivain palestinien qui nous a quittés Edward Saïd. Pour moi, le nom représentait uniquement celui d'un musicien israélien hors pair, ayant une renommée mondiale. Cependant, Edward Saïd le considérait comme l'un de ses meilleurs amis et il m’a dit que c’était là l'un des fervents défenseurs des droits palestiniens.

Avec enthousiasme, Edward Saïd m'a informé que le projet pour lequel se consacre Barenboïm repose sur la création d'un orchestre symphonique israélo-arabe composé de jeunes Israéliens et Arabes de toutes les nationalités. Il s'agirait d’après lui d'une initiative concrète constituant une réponse pratique à Israël qui ne favorise pas des liens entre juifs et Arabes. A tel point qu'il taxe ceux qui communiquent avec eux comme étant en relation avec l'ennemi.

Pour cette tâche, Barenboïm a choisi des musiciens arabes talentueux de Palestine, de Jordanie, de Syrie, du Liban, d'Egypte et du Maroc. En leur compagnie, il a visité de nombreuses capitales mondiales, jouant une musique sophistiquée, et métamorphosant l'image stéréotypée et défigurée dans laquelle l’on a tendance à enfermer les Arabes. Celle de terroristes désirant détruire le monde. Edward Saïd m'avait dit qu'à chaque représentation théâtrale de l'orchestre, il confirmait à l'audience qui arrivait en grand nombre pour assister aux soirées qu'il n'existe pas de différences entre les peuples. Il transmettait également le message selon lequel ce sont les hommes de politique qui déclenchent les guerres, qui sont derrière l'effusion de sang et qui refusent de reconnaître les droits légitimes des autres.

Daniel Barenboïm a obtenu plusieurs prix de par le monde. D'ailleurs, j’ai assisté sur les écrans de télévision à la cérémonie organisée par le roi et la reine d'Espagne à l'occasion de la remise de l'une des prestigieuses décorations espagnoles à ce chef d’orchestre. Je n'ai pas été étonné de voir Barenboïm présenter aux foules l'invité d'honneur de la cérémonie, son ami proche qui n'était autre que le grand intellectuel palestinien Edward Saïd. Ce dernier, quant à lui, tenait à accompagner Daniel Barenboïm lorsqu'un hommage lui était rendu. Il disait à cet égard : Notre amitié est un symbole vivant du règlement du problème auquel nous aspirons et repose sur la coexistence entre deux Etats, côte à côte.

Les milieux musicaux se souviendront à tout jamais, de cette soirée ayant eu lieu en Israël, il y a quelques années. L’on a décerné à Barenboïm l'une des décorations officielles, malgré l'opposition de l'institution au pouvoir qui n'était pas satisfaite de son activité sympathisante avec les Palestiniens. Ce prix est intervenu après plusieurs autres reçus à l’étranger.

A cette occasion précise, Barenboïm a prononcé son allocution à partir d'un texte qu'il tenait à la main et qui contenait le texte intégral de la proclamation de l'Etat israélien. Il avait déclaré ce jour-là qu'il avait du mal à reconnaître Israël, après qu'il se déroba complètement, au fil des années, au contenu de cette résolution avec tout ce qu’il y avait de valeurs et de principes humains pour devenir aujourd'hui un Etat d'injustice, d'occupation et de persécution. Il a appelé le gouvernement à respecter les principes de base. Ainsi Barenboïm a-t-il condamné la politique israélienne actuelle de l’intérieur.

Les paroles de Barenboïm étaient douloureuses à tel point que la ministre israélienne de la Culture s'était levée pour le critiquer violemment. Elle a dit que c’était un déshonneur d'attribuer n'importe quel prix à celui qui prononçait une telle attaque contre Israël et a appelé à lui retirer la décoration sur-le-champ.

La critique des responsables israéliens portée contre Barenboïm était certes forte, mais d’un autre côté l'enthousiasme des Palestiniens n'était pas moins intense. On peut citer à leur tête, le grand penseur Edward Saïd. J'ai passé toute une soirée en sa compagnie l'écoutant, alors qu'il parlait à notre ami Dr Ossama Al-Baz de la nécessité d'inviter Barenboïm en Egypte pour jouer à l'Opéra du Caire.

Nous étions invités à dîner chez le grand penseur et politicien Mohamad Sid-Ahmad, dans sa demeure à Zamalek à l'occasion de la visite d'Edward Saïd au Caire. Edward Saïd discutait alors en tête à tête avec Ossama Al-Baz à propos de Daniel Barenboïm et de ce qu'il avait accompli au service de la cause palestinienne. Il lui disait : Nous les Arabes, nous devons nous tenir aux côtés des défenseurs des droits palestiniens face à l'Etat d'Israël qui affiche de la haine à son égard. Il avait également dit qu'une telle position si elle était prise par l'Egypte, elle contribuerait à soutenir les consciences éveillées de par le monde et les encouragerait à prendre leur partie.

Mme Mayssa Talaat, épouse de notre hôte, présentait durant la soirée à Edward Saïd les invités l'un après l'autre et manifestait sa joie de les avoir retrouvés. Mais Edward Saïd revenait toujours à Ossama Al-Baz pour insister sur la nécessité d'inviter ce grand homme en Egypte.

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