Al-Ahram Hebdo,Nulle part ailleurs | Quand la peur règne
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 7 au 13 janvier 2009, numéro 748

 

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Nulle part ailleurs

Sécurité. Porter des armes d'autodéfense, avoir recours à des agences de gardiennage ou chercher à bien sécuriser leurs maisons, beaucoup de personnes font de tout pour calmer leurs angoisses devenues insistantes suite à un sentiment d'insécurité de plus en plus diffus.

Quand la peur règne

« Je ne faisais pas cela auparavant, en rentrant tard le soir, je tiens une arme à la main et je regarde autour de moi, craignant qu'un homme ne m'attaque, me tue ou tente de voler mon portable. Une fois rentré chez moi, je m'assure que la porte est bien verrouillée et avant de sortir je tiens à rappeler à mes enfants de n'ouvrir à personne avant de s'assurer qui frappe ou sonne à la porte ». C'est ce qu'a exprimé la figure médiatique Khaïri Ramadan dans son éditorial au quotidien Al-Masri Al-Youm. Khaïri assure qu'il n'est pas le seul à sentir cet état d'insécurité et confie connaître des femmes qui s'enferment à clef dans leurs chambres à coucher, tandis que d'autres sont constamment sur le qui-vive, prises par des sentiments de crainte, de méfiance envers le portier, le vendeur de légumes ou de fruits, et lancent des cris de terreur au moindre bruit provoqué par un courant d'air qui fait bouger les rideaux ou fait claquer les portes.

Un état d'inquiétude et d'insécurité qui caractérise le quotidien de beaucoup de gens face à ce grand nombre de crimes violents qui défrayent la chronique. Entre vol, assassinat, viol et harcèlement, beaucoup sont ceux qui ressentent un état d'insécurité en plus du manque de confiance envers la police. Une angoisse qui est passée de la rue aux foyers, aussi bien dans les quartiers surpeuplés jusqu'aux nouvelles villes, bien plus calmes, et personne ne semble épargné.

Nihad, 23 ans, habite Fayçal, quartier vivant et grouillant de monde. Cependant, elle n'arrive plus à contenir ce sentiment de frayeur, devenu une obsession chez elle depuis qu'elle a suivi les détails du crime de la cité de Cheikh Zayed sur les chaînes satellites. « Je ne veux plus que mon mari me laisse seule à la maison. J'ai peur d'être attaquée ». Une jeune fille habitant le quartier Al-Haram ne dort jamais sans un couteau sous l'oreiller. « En cas de danger, je pourrais au moins me défendre. J'habite au dernier étage et au-dessus de moi, c'est la terrasse, n'importe quel voleur peut sauter et pénétrer par le balcon. Et même si l'immeuble est surveillé par un agent de sécurité, il dort la nuit et je ne lui fais guère confiance », dit-elle. Cette dernière pense comme beaucoup d'autres jeunes filles à s'acheter des appareils d'autodéfense, électrochoc ou un pistolet à son pour se défendre en cas d'agression. Ces moyens de défense individuels commencent à prospérer en Egypte même s'ils sont écoulés sur le marché noir. Un appareil électrochoc peut se vendre à 250 ou à 500 L.E. D'habitude, ce sont des commerçants qui importent de la marchandise Made in China, ils dissimulent 5 ou 6 pièces pour les revendre dans le pays. Et comme l'explique le chroniqueur de faits divers Mohamad Chamroukh, beaucoup de citoyens, surtout les femmes, cherchent ce genre d'armes interdits, même en sachant qu'être en possession de cette arme est un crime dont la peine peut aller à 6 mois de prison. « Cependant, ce sentiment d'insécurité qui ne cesse de s'amplifier au sein de la société pousse les gens à prendre ce risque plutôt que d'attendre le secours de la police. En fait, la sécurité politique a englouti toute l'énergie des agents de la sécurité générale. Ajoutée à cela la politique de l'Etat qui néglige les zones sauvages et ses habitants. Et avec la crise économique, le chômage et l'expérience acquise par les criminels face à la défaillance policière, la violence et les crimes ne cessent d'augmenter », analyse Chamroukh, tout en expliquant : « Le nombre de délits dépasse aujourd'hui la capacité de la Sûreté générale, ce qui fait que beaucoup de crimes restent mystérieux et le coupable inconnu, à l'exemple des crimes en série de Bani Mazar au gouvernorat de Minya ou l'assassinat du bijoutier du quartier de Zeitoun. Une situation qui ne fait qu'élargir le fossé entre le citoyen et la police et fait que les gens cherchent à se protéger en utilisant leurs propres moyens ».

Les femmes, souvent hypertendues

Celui-ci souligne que les femmes sont les plus vulnérables, car elles sont souvent plus faibles que leurs agresseurs. Beaucoup d'entre elles portent dans leurs sacs des cutters, ce qui leur permet de se défendre sans être pénalisées.

De la rue, théâtre de beaucoup de crimes de vol, de harcèlement ou de viols, aux agglomérations ou compounds dans les nouvelles villes, où le terrain semble plus propice aux criminels, c'est toujours la même phobie. « Il n'y a pas de présence policière dans la cité de Cheikh Zayed. La police ne fait son apparition que lorsqu'un officiel est de passage ou pour faire face à une manifestation dans les alentours. Ce qui fait que nous dépendons des sociétés de sécurité privées qui, pour la plupart, ne sont pas qualifiées. Leurs agents de sécurité font le travail des portiers, rendent des services aux habitants et ne sont pas formés pour défendre les gens », explique le Dr Moetassem Billah Qaddah, résident dans cette cité.

Pourtant, le recours aux sociétés de gardiennage semble normal selon l'expert en sécurité, le général Sameh Seif Al-Yazal. Il pense que ces agences complètent le rôle de la police qui ne peut pas tout faire. C'est ce qui se passe partout dans le monde. « Cependant, il est difficile de ne pas ressentir cet état d'insécurité chez les gens, c'est pourquoi beaucoup font plus appel à ces sociétés. Mais à comparer à d'autres pays, la rue égyptienne reste sûre, car on peut y marcher seul le soir. Les chaînes satellites ont permis aux citoyens d'être mis au courant de tous les détails des crimes, ce qui a aggravé ce sentiment d'insécurité », explique Al-Yazal.

Tous les moyens sont bons

Quelles que soient les raisons, une chose est sûre, beaucoup de familles tentent de chercher comment apaiser leur peur. Des systèmes d'alarmes électroniques contre les vols et même les incendies, des caméras, des chiens de garde, des fenêtres et des portes barricadées de fer forgé, des façades plus hautes, les moyens ne manquent pas. Un business de plus en plus florissant en Egypte. « Mes clients veulent installer des systèmes de sécurité dans leurs villas situées dans les nouvelles villes, surtout après l'assassinat des deux jeunes filles de la cité de Cheikh Zayed. Une de mes clientes n'a pas cessé de faire le tour de sa villa se demandant si quelqu'un pouvait se glisser par-ci ou par-là. Beaucoup commencent à recourir aux systèmes d'alarmes électroniques », explique Rami, décorateur.

Près de 6 sociétés se sont lancées dans ce domaine en Egypte. Un système de sécurité instauré plutôt dans les banques ou les grandes institutions gouvernementales. Aujourd'hui, il est sollicité par des familles aisées. « L'alarme peut sonner sur son mobile, chez son voisin ou chez la police, chacun selon son choix », explique Rami.

D'autres pensent que les chiens de garde peuvent être un meilleur moyen de protection. Les voisins de Maher, un vétérinaire, habitant la cité du 6 Octobre, ne cessent de lui demander des conseils sur les meilleures espèces des chiens de garde. Et si beaucoup d'habitants des nouvelles villes, en général plus calmes, sont traumatisés, ceux qui résident dans le compound Al-Nada n'arrivent pas à mener un train de vie normal. Ils font des rassemblements pour chercher à protéger leurs maisons. « Augmenter le budget de la sécurité, chercher une nouvelle société de gardiennage, installer des caméras de surveillance, nous n'avons pas encore décidé. Nous avons peur des crimes organisés commis par plusieurs personnes, surtout que les médias ne cessent de montrer les habitants des nouvelles villes comme étant les élites les plus riches de la société et qui essayent de s'isoler dans leur ghetto. Ce qui les rend une cible pour les criminels. Un stéréotype qui n'est pas forcément vrai, car il y a des médecins, des ingénieurs et d'autres qui ont beaucoup travaillé pour construire ou acheter une villa afin de rassembler la famille », explique Atef Darwich, habitant d'Al-Nada.

Les pauvres aussi victimes potentielles

Or, il semble que les habitants de lieux huppés ne sont pas les seuls à chercher à se protéger, mais aussi ceux des quartiers populaires comme l'assure Mareï, forgeron. Il rapporte que beaucoup de jeunes des bidonvilles qui ont beaucoup dépensé pour leur modeste appartement lui ont demandé de barricader leurs portes et fenêtres avec du fer forgé. « Là, tous les gens se connaissent ; si quelqu'un s'est fait un peu d'argent, cela se remarque. Les gens connaissent aussi les entrées et sorties des maisons. Alors, il faut prendre ses précautions, même si on n’a pas beaucoup à perdre. Certains vont jusqu'à emprunter de quoi pouvoir se payer une fenêtre en fer forgé », ajoute-t-il.

Des moyens de protection et des systèmes de sécurité qui, malgré la variété, ne semblent pas protéger d'un danger puisqu'on dit que tout est écrit. Une conviction qui fait apaiser la peur de certains qui cherchent la sécurité en diffusant du Coran dans leurs maisons ou en répétant des prières tout le temps. « Des caméras ou des alarmes, notre protection est entre les mains de Dieu. En faisant plus de prières, on peut déjouer le sort », dit Chahinaz, femme au foyer qui a choisi le Coran et la prière comme système de sécurité, plus garanti.

Doaa Khalifa

 




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