Iraq.
Lors de sa visite à Téhéran, Nouri
Al-Maliki a dû faire face aux
critiques des responsables iraniens quant à l’accord de
sécurité avec Washington. Un éternel sujet de discorde entre
les deux pays.
Les relations avec Washington
divisent Téhéran et Bagdad
Bien que les relations entre l’Iraq et l’Iran se soient
nettement améliorées depuis la chute du régime de Saddam
Hussein, beaucoup reste à faire pour parvenir à une entente
totale et de nombreuses questions divisent encore les deux
voisins qu’une guerre sanglante a opposés durant les années
1980 pour plus de huit ans. Il s’agit principalement des
relations avec les Etats-Unis. L’Iran est en effet l’un des
farouches opposants au régime américain, un régime qui
d’ailleurs brandit ça et là des menaces contre la République
islamique en raison de ses supposées ambitions nucléaires ;
alors que l’Iraq est un allié fidèle de Washington, dont les
troupes sont encore présentes sur le sol iraqien.
Dans ce contexte, il est évident que le sujet principal des
discussions entre le premier ministre iraqien, Nouri
Al-Maliki, en visite samedi et dimanche à Téhéran, et les
responsables iraniens, soit les relations avec les
Etats-Unis. Cette quatrième visite de Nouri Al-Maliki en
Iran, depuis qu’il a pris ses fonctions en 2006, intervient
en effet peu après la signature symbolique le 14 décembre
d’un accord de sécurité iraqo-américain, fixant les
conditions du retrait des troupes américaines d’Iraq d’ici
la fin 2011.
A ce sujet, M. Maliki a tenu à rassurer ses interlocuteurs
iraniens en ce qui concerne leur plus grande inquiétude, à
savoir que Washington se serve de ses bases en Iraq pour
attaquer la République islamique. L’Iraq « ne permettra pas
que son territoire serve de base pour lancer des menaces
contre un pays tiers », a ainsi réitéré M. Maliki dès son
arrivée à Téhéran.
Mais, côté iranien, l’accent a été mis sur les conséquences
de l’accord de sécurité entre l’Iraq et les Etats-Unis,
fortement critiqué. Ainsi, le guide suprême iranien,
l’Ayatollah Ali Khamenei, a mis en garde Nouri Al-Maliki
contre les conséquences de cet accord, dont, selon Khamenei,
« l’un des principaux objectifs
des Etats-Unis est de créer une base pour une présence à
long terme et une domination de la région », selon l’agence
de presse Irna. L’Ayatollah Khamenei a mis en doute la
validité de cet accord, en affirmant à son interlocuteur que
« les Américains n’entretiennent pas de réelle amitié même
avec leurs proches alliés dans la région, et que donc leurs
promesses ne devraient et ne peuvent pas êtres crues ».
L’Iran n’a donc pas ménagé ses critiques envers l’accord,
qualifié de « sorte de capitulation » par le président du
Parlement iranien, Ali Larijani. La République islamique
juge inadmissible la présence américaine en Iraq et dans la
région, alors que les Etats-Unis accusent l’Iran d’y être le
premier facteur d’instabilité. « La présence des forces
américaines et britanniques en Iraq est la principale cause
du terrorisme et des disputes internes », a dit l’Ayatollah
Khamenei à M. Maliki, toujours selon Irna. Le guide suprême,
qui est la plus haute autorité de l’Etat, a même mis en
demeure le premier ministre de faire la
preuve de sa résistance aux supposées visées américaines.
« Il doit être prouvé au peuple iraqien que le gouvernement
ne reculera pas (...) face à l’intimidation et aux menaces
de l’ennemi », a dit l’Ayatollah Khamenei.
Outre ce sujet hautement délicat, la visite a été l’occasion
d’appeler à un renforcement des relations bilatérales. Le
premier ministre iraqien, Nouri Al-Maliki, qui s’est
entretenu avec le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a
aussi appelé samedi au développement des relations entre
l’Iraq et l’Iran. Il a insisté sur « la coopération
régionale pour établir la sécurité dans la région ». Il a
également fait savoir qu’il comptait sur l’Iran pour aider à
la reconstruction de l’Iraq. « Après avoir amélioré la
sécurité et libéré l’Iraq des violences confessionnelles, il
est temps de travailler dur à la reconstruction du pays. Et
nous avons besoin d’entreprises des pays voisins pour
proposer des projets de reconstruction », a déclaré M.
Maliki, cité dans un communiqué de son bureau. « Il est
important que nos relations bilatérales se développent,
puisque cela servira les intérêts de nos deux nations », a
déclaré pour sa part le premier vice-président iranien,
Parviz Davoudi, toujours selon le communiqué du gouvernement
iraqien. De son côté, le président iranien a estimé que les
deux pays pouvaient « développer rapidement les relations et
les échanges commerciaux grâce à la sagesse et la volonté de
leurs dirigeants ».
Quoi qu’il en soit, l’amélioration des relations en ce qui
concerne les différents domaines de coopération, notamment
sur le plan économique, est tout à fait possible. Cependant,
les divergences politiques restent importantes et concernent
des questions-clé, même si les
relations se sont encore améliorées avec l’arrivée au
pouvoir en Iraq d’un gouvernement dominé par les chiites et
dont plusieurs responsables avaient trouvé refuge en Iran à
l’époque de Saddam Hussein. En effet, le gouvernement
iraqien aura du mal à ménager en même temps ses relations
avec Washington, d’une part, et avec Téhéran d’autre part.
Abir
Taleb