Iraq.
Les forces de sécurité intensifient leur présence afin
d’éviter un nouveau carnage à l’approche de Achoura, après
l’attentat suicide de dimanche dernier.
Risque de tensions interreligieuses
Après
un mois de décembre relativement peu violent, l’année
commence mal pour les Iraqiens. Un attentat suicide a fait
au moins 35 morts et 79 blessés, dimanche, devant un
sanctuaire chiite du nord-ouest de Bagdad. Le kamikaze,
présenté à tort dans un premier temps comme étant une femme,
a déclenché sa charge explosive à un barrage de sécurité
devant le tombeau de l’imam Moussa Al-Kadhim, dans le
quartier chiite de Kadhimiya, alors que les pèlerins se
préparaient à l’Achoura, le temps fort des célébrations
religieuses chiites.
Comme chaque année en effet, la tension monte à l’approche
de l’Achoura, célébrée ce mercredi. Une fête religieuse qui
remet sur le tapis les différends interreligieux en Iraq,
pays à majorité chiite. Parmi les victimes de l’attentat de
dimanche, figurent également de nombreux pèlerins venus
d’Iran, a précisé le général Kassim Moussaoui, porte-parole
des forces de sécurité iraqiennes. Quelques jours
auparavant, le 27 décembre, 25 personnes avaient été tuées
dans le même quartier dans une explosion visant un arrêt de
bus.
Cependant, l’attentat de dimanche, le plus meurtrier depuis
l’entrée en application du nouvel accord encadrant la
présence des forces américaines en Iraq, et qui place le
contingent américain sous mandat iraqien, témoigne du
malaise toujours présent dans ce pays, malgré la baisse du
niveau de la violence. Le premier ministre Nouri Al-Maliki,
un chiite, a ordonné la mise en place d’une commission
spéciale pour enquêter sur cet attentat et a promis de punir
les responsables, a déclaré le général Moussaoui. Mais en
attendant, nombre d’Iraqiens s’inquiètent de la
multiplication des violences au cours des jours à venir, où
se déroulent les célébrations chiites. Ce qui a poussé les
autorités à renforcer la présence des forces de sécurité,
notamment dans le quartier de Kadhimiya. « Plus de 28 000
membres des forces de sécurité, dont des troupes de renfort
du ministère de l’Intérieur à Bagdad, ont été envoyés pour
contrôler la sécurité de la cité », a déclaré le général
Othman Qanimi durant une conférence de presse. « Porter des
armes ou des bâtons sera interdit », a ajouté le général
Qanimi, demandant aux fidèles de prendre garde à ne pas
mélanger politique et religion. Plus de 50 000 fidèles,
venus de tout le Proche-Orient, ont convergé vers Kerbala,
mais leur nombre devrait fortement augmenter d’ici l’apogée
des célébrations, ce mercredi 7 janvier. L’année dernière,
deux millions de chiites avaient pris part aux cérémonies de
l’Achoura à Kerbala, caractérisées par des processions de
dévots se lamentant, battant leur coulpe et se flagellant.
Pendant la semaine de l’Achoura, la commémoration du martyre
en 680 de l’imam Husseïn, petit-fils du prophète Mohamad et
fils de l’imam Ali, des centaines de milliers de pèlerins
chiites sont attendus dans la ville sainte de Kerbala. Ce
pèlerinage, interdit sous Saddam Hussein, a souvent été la
cible d’attentats commis par les activistes sunnites depuis
la chute du régime en 2003. En 2004, lors du premier
pèlerinage autorisé, les militants sunnites avaient tué plus
de 160 personnes dans des attaques coordonnées contre les
sanctuaires de Kadhimiya et de Kerbala.
Al-Qaëda mise en cause
Suite à l’attentat de dimanche, le commandant des forces
américaines, le général Ray Odierno, ainsi que l’ambassadeur
des Etats-Unis en Iraq, Ryan Crocker, ont publié un
communiqué commun mettant en cause les islamistes d’Al-Qaëda.
« Ces attaques abominables montrent que malgré les grands
progrès réalisés, Al-Qaëda en Iraq demeure une menace
mortelle et dangereuse ». Le vice-président iraqien, Adel
Abdoul-Mahdi, a lui aussi pointé du doigt les groupes liés à
la nébuleuse d’Oussama bin Laden qu’il a qualifiés de «
bandes terroristes ».
En outre, ce nouvel attentat vient relancer les doutes sur
la capacité des forces iraqiennes de prendre en charge la
sécurité dans le pays. A mesure que l’armée américaine
réduit ses opérations en Iraq, comme prévu par l’accord
conclu en novembre dernier entre Bagdad et Washington, les
forces iraqiennes assument une responsabilité accrue en
matière de sécurité. Dimanche dernier, l’armée américaine a
remis aux autorités iraqiennes le contrôle des milices,
principalement sunnites, chargées de lutter contre la
rébellion dans la province de Diyala, au nord de Bagdad.
Ainsi, les 9 000 miliciens luttant contre Al-Qaëda dans
cette province, l’une des plus dangereuses d’Iraq, et
financés jusque-là par l’armée américaine, sont passés sous
le contrôle des forces iraqiennes de sécurité. Les « Fils
d’Iraq » ou « Sahwa » sont apparus dès la fin de l’été 2006
dans la province d’Al-Anbar, à l’initiative des chefs locaux
de tribus encouragés par l’armée américaine. Ces Iraqiens
sunnites, souvent des insurgés, ont retourné leurs armes
contre leurs anciens compagnons d’armes et contre le réseau
d’Al-Qaëda. Dans les provinces stratégiques de la lutte
contre Al-Qaëda, notamment Al-Anbar et Bagdad, les Sahwa
sont déjà passés sous contrôle iraqien. Mais la province de
Diyala reste considérée comme l’une des plus dangereuses
d’Iraq, étant régulièrement touchée par des attentats,
résultat de la lutte meurtrière entre des affiliés d’Al-Qaëda
et les « Sahwa ». Ces derniers sont notamment régulièrement
la cible d’attentats suicides perpétrés par des femmes.
Abir
Taleb