Al-Ahram Hebdo, Livres | Hussein Abdel-Gawad; La violence dans la peau
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 Semaine du 7 au 13 janvier 2009, numéro 748

 

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Roman. Wasmet al-fessam (souillure de la rupture) de Hussein Abdel-Gawad est le récit simple et incisif d’une vie difficile à cerner.  

La violence dans la peau 

Intensité, drame, crise, le tout dans un cadre qui paraît insolite, celui d’une vie simple, celle de tous les jours. Et comment toute cette intensité, cette fulgurance peut-elle être modelée, racontée avec une si simple désinvolture sous forme de confessions ? Hussein Abdel-Gawad a cette spécificité de présenter le drame existentiel un peu comme un concert vocal où chaque interprète, on dirait ici narrateur, chante le même thème avec son mode propre. Il s’agit peut-être d’une impression. L’auteur lui-même parle d’un roman à voix. Pas de narrateur qui semble connaître le secret des uns et des autres et une réalité qui serait la seule. Le tout est rehaussé par un style bref et simple et parfois haché. La conversation, elle est à plusieurs niveaux.

Hussein Abdel-Gawad, bien qu’ayant fait des études de cinéma, de scénario en l’occurrence, il est diplômé de l’Institut du cinéma en 1967, et bien que l’impression première de son roman soit celle autant d’un scénario que d’une cantate, il considère le théâtre comme le ressort principal de toute création. Beaucoup d’arts se rejoignent d’ailleurs dans son livre, et de plus, les personnages du roman sont des domaines du spectacle, théâtre, peinture et autres. En parlant, ils semblent jouer leur vie. Une existence dont le sort est réglé à l’avance.

De différentes difficultés, notamment la censure, ont poussé Abdel-Gawad à se consacrer notamment au roman. Une date importante dans sa vie, 1998, il rencontre Naguib Mahfouz et assiste à ses légendaires colloques. Il montre au maître les nouvelles qu’il écrit et dont il a publié quelques-unes sous le titre Daftar al-ahlam (le carnet des rêves) où il raconte ses propres rêves. L’onirisme pourrait d’ailleurs être perçu dans Flétrissure d’une rupture. Dans le roman, chacun raconte les événements à sa manière. Mais comment distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas ? Ce que l’on rêve, ce que l’on imagine de ce que l’on vit réellement et comment interpréter le sens de cette réalité. Ce qui est intéressant ici, c’est le fait que ce vague, cet imaginaire, qu’on verra dans les péripéties, est schizophrénique, parfois est rédigé avec une discipline rigoureuse. Le roman est de 24 chapitres. Chacun des 3 héros narre 8 chapitres qui se suivent.

Un style qu’il a choisi parce que bien que plongeant dans les profondeurs troubles de l’être, avec tout ce qu’elles ont de contradictoires, il se dit précis. On ne passe pas du coq à l’âne. A cet égard, une de ses références a été Mahfouz. Il s’agit de 3 romans en particulier Miramar, Les joies de Koubeh, et Le jour de l’assassinat du leader. Pour lui, ce sont des récits à voix et non pas une réalité narrée par un démiurge. Dans son roman, il a choisi juste la vision et non pas le sujet même. Le classicisme si rigoureux du style met plus en relief toute cette complexité, tout ce caractère fantasmagorique d’une vie indéchiffrable en quelque sorte.

Ahmed Loutfi

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