Roman.
Wasmet
al-fessam (souillure de la rupture) de Hussein
Abdel-Gawad est le récit simple
et incisif d’une vie difficile à cerner.
La violence dans la peau
Intensité, drame, crise, le tout dans un cadre qui paraît
insolite, celui d’une vie simple, celle de tous les jours.
Et comment toute cette intensité, cette fulgurance peut-elle
être modelée, racontée avec une si simple désinvolture sous
forme de confessions ? Hussein
Abdel-Gawad a cette spécificité de présenter le drame
existentiel un peu comme un concert vocal où chaque
interprète, on dirait ici narrateur, chante le même thème
avec son mode propre. Il s’agit peut-être d’une impression.
L’auteur lui-même parle d’un roman à voix. Pas de narrateur
qui semble connaître le secret des uns et des autres et une
réalité qui serait la seule. Le tout est rehaussé par un
style bref et simple et parfois haché. La conversation, elle
est à plusieurs niveaux.
Hussein Abdel-Gawad, bien
qu’ayant fait des études de cinéma, de scénario en
l’occurrence, il est diplômé de l’Institut du cinéma en
1967, et bien que l’impression première de son roman soit
celle autant d’un scénario que d’une cantate, il considère
le théâtre comme le ressort principal de toute création.
Beaucoup d’arts se rejoignent d’ailleurs dans son livre, et
de plus, les personnages du roman sont des domaines du
spectacle, théâtre, peinture et autres. En parlant, ils
semblent jouer leur vie. Une existence dont le sort est
réglé à l’avance.
De différentes difficultés, notamment la censure, ont poussé
Abdel-Gawad à se consacrer notamment au roman. Une date
importante dans sa vie, 1998, il rencontre Naguib Mahfouz et
assiste à ses légendaires colloques. Il montre au maître les
nouvelles qu’il écrit et dont il a publié quelques-unes sous
le titre Daftar al-ahlam (le carnet des rêves) où il raconte
ses propres rêves. L’onirisme pourrait d’ailleurs être perçu
dans Flétrissure d’une rupture. Dans le roman, chacun
raconte les événements à sa manière. Mais comment distinguer
ce qui est réel de ce qui ne l’est pas ? Ce que l’on rêve,
ce que l’on imagine de ce que l’on vit réellement et comment
interpréter le sens de cette réalité. Ce qui est intéressant
ici, c’est le fait que ce vague, cet imaginaire, qu’on verra
dans les péripéties, est schizophrénique, parfois est rédigé
avec une discipline rigoureuse. Le roman est de 24
chapitres. Chacun des 3 héros narre 8 chapitres qui se
suivent.
Un style qu’il a choisi parce que bien que plongeant dans
les profondeurs troubles de l’être, avec tout ce qu’elles
ont de contradictoires, il se dit précis. On ne passe pas du
coq à l’âne. A cet égard, une de ses références a été
Mahfouz. Il s’agit de 3 romans en particulier Miramar, Les
joies de Koubeh, et Le jour de l’assassinat du leader. Pour
lui, ce sont des récits à voix et non pas une réalité narrée
par un démiurge. Dans son roman, il a choisi juste la vision
et non pas le sujet même. Le classicisme si rigoureux du
style met plus en relief toute cette complexité, tout ce
caractère fantasmagorique d’une vie indéchiffrable en
quelque sorte.
Ahmed
Loutfi