Commémoration.
Le Conseil suprême de la culture publie une étude inédite du
poète à la verve subversive, Naguib
Sorour, à l’occasion du 30e
anniversaire de sa mort. Sous le manteau d’Aboul-Alaa
revisite l’œuvre du poète musulman du IVe siècle de
l’hégire, Aboul-Alaa
Al-Maari.
Aux origines du doute arabe
Taht
abaït
aboul-alaa, littéralement « sous le manteau d’Aboul-Alaa
» est une critique littéraire de l’œuvre du philosophe et
poète musulman du IVe siècle de l’hégire, écrite en deux
parties par Naguib
Sorour. La première est composée
de 7 articles généralistes sur
Aboul-Alaa, sa philosophie, sa poésie et ses
positionnements par rapport aux questions de son époque.
Dans ces articles bien argumentés et documentés, la
fascination de Sorour pour le
penseur du IVe siècle domine. Naguib
Sorour avance que les origines
du doute méthodique longtemps attribué à René Descartes,
existaient déjà au IVe siècle dans l’œuvre d’Aboul-Alaa
Al-Maari. La problématique d’Aboul-Alaa
est pratiquement celle que l’on trouvera des siècles plus
tard dans l’œuvre de Taha
Hussein sur l’authenticité de la poésie arabe, attribuée à
l’époque préislamique. Aboul-Alaa,
selon Sorour, doutait de « tout
» et son seul et unique critère d’évaluation était sa propre
raison. L’ambiguïté de l’œuvre d’Aboul-Alaa
réside dans ses textes à double sens. Selon Sorour, cela
était une tactique pour échapper à la censure et une façon
d’éviter un horrible sort. Aboul-Alaa utilisait l’astuce
pour introduire ses idées, en mélangeant la philosophie et
la sophistique. Il maîtrisait la langue et la raison dans
ses débats et batailles, et comme dernière échappatoire, il
prétendait être un idiot comme les autres. Il utilisait
l’astuce de Parménide le Crétois, qui se disait menteur, en
nous tendant la perche pour cogiter. Le texte de Sorour est
vieux d’au moins 35 ans, il était donc d’actualité de
comparer la dialectique d’Aboul-Alaa et celle marxiste et de
la dialectique de Hegel.
Souci
de liberté
La deuxième partie du livre est une critique presque
universitaire de l’œuvre d’Aboul-Alaa,
et notamment son œuvre Le message du pardon, plutôt la
repentance Rissalet
al-ghofrane.
Sorour démontre qu’Aboul-Alaa
fuyait les pièges tendus, pour ne pas avoir de problèmes,
notamment avec les gouverneurs, et cela était un signe des
conspirations qui caractérisaient des époques douteuses de
notre histoire. Par exemple, il devait se justifier même
pour être végétarien, en disant que comme cela, il
économisait de l’argent. Ce qui saute aux yeux dans ce
travail sérieux, qui vient combler un manque dans la
bibliothèque arabe en tant que recherche rigoureuse, est le
souci de liberté.
Naguib Sorour a passé plusieurs années dans un asile
psychiatrique au goulag égyptien de Abbassiya, comme
l’explique Hazem Khaïri dans l’introduction, en raison de
ses positions politiques. Ses œuvres à grand succès comme
les pièces de théâtre Yassine et Bahiya et Ménein agib nass
(d’où puis-je ramener des gens ?) n’ont pas sauvé Naguib
Sorour face à l’oppression des régimes des années 1960-70.
Ce livre, qui date de 1973 et qui est publié pour la
première fois aux éditions du Conseil suprême de la culture
au Caire, contribuera à honorer la mémoire d’un écrivain
connu pour sa révolte face à l’ordre établi.
Amr
Zoheiri