Al-Ahram Hebdo, Livres | Naguib Sorour, Aux origines du doute arabe
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 Semaine du 7 au 13 janvier 2009, numéro 748

 

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Commémoration. Le Conseil suprême de la culture publie une étude inédite du poète à la verve subversive, Naguib Sorour, à l’occasion du 30e anniversaire de sa mort. Sous le manteau d’Aboul-Alaa revisite l’œuvre du poète musulman du IVe siècle de l’hégire, Aboul-Alaa Al-Maari

Aux origines du doute arabe 

Taht abaït aboul-alaa, littéralement « sous le manteau d’Aboul-Alaa » est une critique littéraire de l’œuvre du philosophe et poète musulman du IVe siècle de l’hégire, écrite en deux parties par Naguib Sorour. La première est composée de 7 articles généralistes sur Aboul-Alaa, sa philosophie, sa poésie et ses positionnements par rapport aux questions de son époque. Dans ces articles bien argumentés et documentés, la fascination de Sorour pour le penseur du IVe siècle domine. Naguib Sorour avance que les origines du doute méthodique longtemps attribué à René Descartes, existaient déjà au IVe siècle dans l’œuvre d’Aboul-Alaa Al-Maari. La problématique d’Aboul-Alaa est pratiquement celle que l’on trouvera des siècles plus tard dans l’œuvre de Taha Hussein sur l’authenticité de la poésie arabe, attribuée à l’époque préislamique. Aboul-Alaa, selon Sorour, doutait de « tout » et son seul et unique critère d’évaluation était sa propre raison. L’ambiguïté de l’œuvre d’Aboul-Alaa réside dans ses textes à double sens. Selon Sorour, cela était une tactique pour échapper à la censure et une façon d’éviter un horrible sort. Aboul-Alaa utilisait l’astuce pour introduire ses idées, en mélangeant la philosophie et la sophistique. Il maîtrisait la langue et la raison dans ses débats et batailles, et comme dernière échappatoire, il prétendait être un idiot comme les autres. Il utilisait l’astuce de Parménide le Crétois, qui se disait menteur, en nous tendant la perche pour cogiter. Le texte de Sorour est vieux d’au moins 35 ans, il était donc d’actualité de comparer la dialectique d’Aboul-Alaa et celle marxiste et de la dialectique de Hegel.

 

Souci de liberté

La deuxième partie du livre est une critique presque universitaire de l’œuvre d’Aboul-Alaa, et notamment son œuvre Le message du pardon, plutôt la repentance Rissalet al-ghofrane. Sorour démontre qu’Aboul-Alaa fuyait les pièges tendus, pour ne pas avoir de problèmes, notamment avec les gouverneurs, et cela était un signe des conspirations qui caractérisaient des époques douteuses de notre histoire. Par exemple, il devait se justifier même pour être végétarien, en disant que comme cela, il économisait de l’argent. Ce qui saute aux yeux dans ce travail sérieux, qui vient combler un manque dans la bibliothèque arabe en tant que recherche rigoureuse, est le souci de liberté.

Naguib Sorour a passé plusieurs années dans un asile psychiatrique au goulag égyptien de Abbassiya, comme l’explique Hazem Khaïri dans l’introduction, en raison de ses positions politiques. Ses œuvres à grand succès comme les pièces de théâtre Yassine et Bahiya et Ménein agib nass (d’où puis-je ramener des gens ?) n’ont pas sauvé Naguib Sorour face à l’oppression des régimes des années 1960-70. Ce livre, qui date de 1973 et qui est publié pour la première fois aux éditions du Conseil suprême de la culture au Caire, contribuera à honorer la mémoire d’un écrivain connu pour sa révolte face à l’ordre établi.

Amr Zoheiri

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Naguib Sorour, Taht abaït Abil-Alaa (sous le manteau d’Aboul-Alaa), Al-Maglis Al-Aala lil saqafa, 2008.

 




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