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 Semaine du 7 au 13 janvier 2009, numéro 748

 

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Gaza. Des frontières longues de 14 km séparent l'Egypte de Gaza. D'un point de passage à l'autre, la situation est terrifiante. Parcours.

Au seuil de l'enfer

On n'a besoin que de jumelles et d'un endroit haut placé dans le quartier de Barahma ou celui du Brésil, dans la ville de Rafah, pour voir ce qui se passe de l'autre côté de la frontière, dans la bande de Gaza. On entend un drone, désormais appelé « Zannana » (bourdonneuse) par les habitants de part et d'autre de la frontière. Il a pour mission d'indiquer la cible qui sera frappée par les Israéliens. L'appareil survole le côté égyptien. Un des officiers, qui serait des renseignements, déclare qu'il peut pénétrer jusqu'à « 10 km dans l'espace aérien égyptien, sans réaction du Caire ». Au long des frontières égypto-palestiniennes qui s'étendent sur 14 km, la situation est terrifiante. C'est assez facile d'entendre, et même de voir les offensives israéliennes menées à Gaza, comme si l’on était en territoire palestinien.

Un son assourdissant règne dans la région, la terre tremble, les vitres se brisent ... On respire difficilement ... Israël vient de lancer une bombe. Une fumée noire couvre le ciel des deux côtés palestinien et égyptien. Les Egyptiens qui vivent le long des frontières paniquent. « La peur se lit sur le visage de nos enfants. Cela leur permet de comprendre la réalité de l'ennemi sioniste. Nous ne pouvons rien faire sauf invoquer Dieu pour qu'il protège nos frères palestiniens », lance Eid Sélim, un grand-père habitant une maison à quelques centaines de mètres de Gaza. Seuls des barbelés le séparent des territoires palestiniens. Sélim est favorable pourtant à la décision de l'Egypte de maintenir fermée sa frontière avec le territoire palestinien. Tout comme son gouvernement, il impute la responsabilité de cette dégradation de la situation au Hamas. Il se souvient encore de ce coup de force mené par les Palestiniens l'an dernier. Les Palestiniens, terrifiés et soumis à un sévère blocus israélien, avaient foncé la frontière et passé en masse en Egypte. « C'était le désastre à Rafah. Ils ont envahi les maisons à la recherche d'abris. Ils ne doivent pas quitter leur pays, il faut qu'ils résistent et luttent jusqu'à l'indépendance et la fin de l'occupation », dit-il. Un avis qui n'est pourtant pas partagé par la plupart des habitants. « La question aujourd'hui n'est pas de louer ou de condamner le Hamas, la colère devrait être rejetée sur Israël et sur les pays arabes qui doivent obtenir à tout prix un cessez-le-feu », estime le cheikh Abdel-Sater Al-Ghalbane, chef des Palestiniens qui résident à Rafah.

Une caserne

Dans la ville de Rafah, dans le nord du Sinaï, l'état d'alerte est déclaré. Des barrages de sécurité sont installés partout, des agents de la sûreté de l'Etat, des forces anti-émeutes, des gardes-frontières, sont postés à l'entrée et à l'intérieur de la ville. Des points de contrôle sont installés le long des frontières de la ville. Il faut avancer quelques petits kilomètres plus vers le sud, à la lisière du corridor de Salaheddine qui mène vers les territoires palestiniens. Ici, les maisons sont évacuées de leurs habitants, les échoppes situées à la proximité de Gaza sont obligatoirement fermées et désormais occupées par les forces de sécurité. Une vraie caserne. C'est la situation, depuis dimanche 28 décembre et à la suite de la mort d'un policier égyptien lors d’un échange de tirs avec des « militants palestiniens » essayant de foncer les frontières. Un autre garde-frontière a été aussi blessé par des tireurs inconnus depuis Gaza. Tous les accès même dans le désert et les rues de la ville menant aux frontières égypto-palestiniennes sont bloqués. En ville, plus personne ne peut s'approcher des frontières sauf les habitants des lieux. La police procède même à des vérifications de leur identité et leur adresse.

Une mobilisation sécuritaire qui témoigne d'une crainte de voir s'infiltrer des Palestiniens vers le côté égyptien. « Ils ne se contentent pas de nous arrêter dans les rues et de nous fouiller ainsi que nos véhicules, mais ils envahissent nos maisons à n'importe quel moment à la recherche des Palestiniens et des présumés tunnels creusés entre nous et la bande de Gaza », lance Oum Maysoune, qui habite à 200 mètres des frontières. Encore quelques kilomètres pour atteindre le poste de Rafah. Ici, c'est une journée de colère. « Le terminal est fermé depuis samedi soir à la suite de l'offensive terrestre israélienne. Il est interdit à toute personne même les responsables du terminal de s'y trouver pour des mesures sécuritaires. Désormais, le terminal est considéré comme zone militaire. Il faut une autorisation de la part des forces armées et de la sûreté de l'Etat pour pouvoir entrer dans le terminal », déclare un haut responsable des services de renseignements. Il affirme que le transfert d'aides médicales a été suspendu à cause de la fermeture du terminal du côté palestinien. Une dizaine de camions chargés de médicaments restent bloqués devant le terminal en attendant sa réouverture pour permettre le transbordement de leur cargaison dans des véhicules palestiniens à l'intérieur du terminal.

De sourdes explosions

Les responsables égyptiens précisent que le terminal ne serait exceptionnellement ouvert que pour accueillir des blessés. Mais, jusqu'à dimanche soir, personne n'a pu franchir la frontière en raison des raids. La veille, au huitième jour de l'agression israélienne, les bombardements étaient intenses. Vers le coucher du soleil, Israël commence à lancer des bombes antiblindage, dont une a échoué à quelques mètres du terminal de Rafah. Vu sa proximité et la puissance de la déflagration, le tohu-bohu règne sur les lieux. Les gardes croient pour le premier instant qu'elle est tombée en territoire égyptien. L'imam de la mosquée interrompt la prière et commence à invoquer Dieu : « Que le Grand Seigneur trouble les rangs des sionistes, qu'il les divise, qu'il protège les Palestiniens et unifie les pays arabes ! ». La fumée couvre le ciel et l'odeur envahit les lieux. Le terminal est évacué même des vingtaines d'ambulances du ministère de la Santé qui attendaient les blessés palestiniens. Jusqu'à ce jour, l'Egypte a accueilli 107 blessés. Une sirène d'ambulance retentit. Elle vient de Gaza transportant un enfant amputé du bras. Les responsables vérifient les papiers, son identité, (une mesure qui prend au moins un quart d'heure). Des jeunes filles du Croissant-Rouge égyptien, chargées d'aider les médecins, sont présentes bien maquillées et parfumées. Vêtues de jeans ou jupes serrées, et des bottes à talons hauts, elles encerclent le blessé jusqu'à ce qu'il soit transporté dans une ambulance égyptienne.

Le passage des Palestiniens retournant à Gaza n'a été permis que du jeudi à samedi. Environ 500 Palestiniens ont pu regagner Gaza. Ils ne peuvent être munis d'aucune nourriture. « Sinon, on sera interdit de rentrer chez nous », lance Mahmoud Al-Namroudy, un Palestinien de Khan Younès. Il affirme pourtant que sa famille n'a d'huile, ni du riz, ni de farine ... Rien ! Le terminal de Karm Abou-Salem, lui, a été bombardé. Les aides alimentaires sont désormais acheminées à travers le terminal d'Al-Oja, situé à 70 km de la ville de Rafah, à la frontière entre l'Egypte et Israël. Ce n'est que 10 jours après les frappes que les Israéliens ont accepté le passage de ces camions. « Ces aides sont délivrées aux Israéliens qui mènent des contacts avec un représentant de l'Autorité palestinienne. Ce dernier doit par la suite nommer un habitant de Gaza pour venir collecter l'aide », explique un des gardes du terminal. Ces camions ont dû ainsi passer neuf jours en plein air dans le stade de la ville d'Al-Arich. Selon les conducteurs des véhicules, des fruits, des légumes et des sacs de farine ont été abîmes à cause des pluies. Le long de ses frontières, les nerfs restent tendus. Tout le monde attend.

Héba Nasreddine

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