Gaza.
L’offensive terrestre israélienne se poursuit avec le
maximum de violences et de bombardements, provoquant mort et
destruction dans le secteur. Une action diplomatique
hétéroclite se déroule, mais sans résultat tangible.
Objectif : détruire
L’escalade
est l’aspect le plus évident de ce qui se passe. Mardi,
Israël a rejeté tous les appels à un arrêt de son agression
qui a, jusque-là, coûté la vie à 560 Palestiniens, en
majorité des civils, y compris femmes et enfants, et mène
des raids aériens, navals et des attaques terrestres. Un
véritable massacre dans ce territoire pauvre et surpeuplé.
L’offensive israélienne a provoqué une grave pénurie de
denrées, de l’aveu même des agences de l’Onu. Des combats et
des bombardements continuent à être signalés mardi dans
plusieurs secteurs de Gaza.
Les chars israéliens, épaulés par des hélicoptères de
combat, sont entrés à Khan Younès, la grande ville du sud,
pour la première fois depuis le début de l’offensive
terrestre de samedi dernier. Les blindés se sont heurtés
dans cette ville aux tirs des combattants palestiniens. De
violents combats se sont également déroulés dans les
quartiers de Choujaïya et de Zeitoun. Le feu a ravagé
plusieurs installations et les flammes sont restées vives
pendant plusieurs heures. La ville a été encerclée par les
chars israéliens et en appui, l’artillerie israélienne a
pilonné massivement plusieurs positions palestiniennes, et
des hélicoptères ont mené des attaques aériennes. Rien
n’échappe à la vindicte israélienne : bombardement à
l’artillerie du camp de réfugiés de Boureij, où 3 personnes
ont été tuées, et la localité de Deir Al-Balah, dans le
centre de Gaza, est désormais coupée en deux.
La résistance palestinienne ne semble pas pour autant
baisser les bras. L’armée israélienne a annoncé que 3
de ses militaires ont été tués et 24 autres blessés,
prétendant qu’un char de Tsahal avait fait feu « par erreur
» sur leur position. Ceci porte le bilan des pertes
israéliennes à 4 morts militaires et 79 blessés. La branche
armée du Hamas, les Brigades Ezzeddine Al-Qassam, a affirmé
de son côté avoir tué « 10 soldats » et blessé 30.
De manière énergique, le plus influent chef du Hamas à Gaza,
Mahmoud Al-Zahar, et lors de sa première intervention
télévisée depuis le début de l’offensive israélienne, a
promis la « victoire » palestinienne face à Israël : « La
victoire arrive, grâce à Dieu », a-t-il affirmé. Les
Brigades Ezzeddine Al-Qassam, « ont donné le plus beau des
exemples lors de la confrontation avec une armée que le
monde croyait invincible », a-t-il lancé. « Les douleurs
éprouvées aujourd’hui nous aideront à réaliser nos objectifs
nationaux de demain », a-t-il ajouté.
Discours enflammé. Difficile jusqu’à présent de prévoir si
l’attaque israélienne subira un échec comme cela s’est passé
au Sud-Liban, ou si elle réalisera ses objectifs. Les
observateurs militaires estiment que le Tsahal aurait commis
une erreur stratégique en se lançant dans une guerre
terrestre. Investir tout Gaza, un territoire d’un million et
demi de personnes, ne constituerait-il pas finalement un
bourbier pour Tsahal ? Le premier ministre israélien Ehud
Olmert a déclaré : « Israël ne peut pas stopper ses
activités militaires avant d’avoir atteint les objectifs
qu’il s’est fixés ». Israël ne pourra pas désormais crier
victoire, d’autant plus que ces objectifs n’ont pas encore
été révélés de manière complète. Seul l’aspect destruction
et massacre est évident. Les Israéliens ont toujours parlé
d’étapes, et celle qui a commencé samedi dernier n’est que
la deuxième.
Pour les analystes, l’étape actuelle serait la frontière
sablonneuse entre l’Egypte et la bande côtière, longue de 14
km, qui a longtemps été traversée par un réseau de tunnels
qui ont permis aux Palestiniens de cette enclave de se
procurer clandestinement armes et marchandises en
contournant le blocus israélien. Depuis le commencement de
son offensive, Israël a largué des bombes antiblindage sur
le secteur dit du « corridor de Salaheddine ». Ces bombes
ont la faculté d’exploser en profondeur et de propager des
ondes de choc destinées à faire effondrer les passages
secrets.
Une diplomatie incertaine
A
l’heure où se déroule la campagne militaire, une diplomatie
aux contours flous tente d’arrêter la guerre. Les pays
arabes comptent soumettre au Conseil de sécurité un nouveau
projet de résolution réclamant la fin immédiate de «
l’agression israélienne ». Une résolution qui appelle à un
cessez-le-feu permanent et immédiat, à la levée du blocus, à
l’ouverture des points de passage entre Gaza et Israël et
également « entre Gaza et l’Egypte ». De plus, une
délégation du Hamas est arrivée lundi au Caire pour discuter
avec des responsables égyptiens des moyens de mettre fin à
la guerre et de lever le blocus israélien. Le président
Hosni Moubarak avait exclu la réouverture permanente du
terminal de Rafah en l’absence de représentants de
l’Autorité palestinienne et d’observateurs de l’Union
européenne à ce point de passage entre l’Egypte et la bande
de Gaza. Car, selon lui, ceci « va contribuer à la
consécration de la division palestinienne ».
La troïka européenne, avec le président français Nicolas
Sarkozy, sont en tournée dans la région. Ils ont rencontré
des responsables égyptiens dans le cadre de ces tentatives.
« Il faut que cette guerre s’arrête absolument, tout le
monde le sait. On sait ce qu’il faut faire et personne n’y
parvient, mais nous nous obstinons », a affirmé le chef de
la diplomatie française, Bernard Kouchner. Karel
Schwarzenberg, chef de la diplomatie tchèque, dont le pays
assure désormais la présidence de l’Union européenne, a paru
une fois de plus bien du côté israélien : « On ne peut
proclamer un armistice d’un seul côté. Nous n’arriverons à
rien sans l’aval des deux côtés ». Les Européens semblent
être plutôt en mission de reconnaissance, plus d’une dizaine
de jours après l’agression israélienne. Ils ne sont menus
d’aucun plan ou d’idées précises qui permettraient d’obtenir
un arrêt des opérations militaires, même pour des raisons
humanitaires.
George Bush, dont le mandat expire dans quelques jours, a
rejeté même cette pause humanitaire. « Je sais que les gens
disent : il faut un cessez-le-feu. C’est une noble ambition
», a-t-il déclaré en maintenant son ferme soutien au grand
allié israélien et en rejetant toute trêve qui ne serait pas
assortie de conditions garantissant la sécurité d’Israël.
Dans tous les cas, la ministre israélienne des Affaires
étrangères, Tzipi Livni, a rejeté un nouvel appel de la
troïka européenne à un cessez-le feu immédiat, soulignant
qu’Israël était déterminé à « changer la donne dans la
région ».
Détruire, dit-elle. Les Israéliens excellent à le faire. Ils
l’ont fait à Deir Yassine, à Jénine et ailleurs.
Aujourd’hui, ils font avec le Hamas ce qu’ils avaient fait
avec le Fatah. Ils veulent neutraliser la résistance comme
ils ont isolé Yasser Arafat pendant deux ans jusqu’à sa
mort. Hugo Chavez, le président vénézuélien, a bien qualifié
les choses en déclarant : « Il faut dénoncer le gouvernement
d’Israël comme un gouvernement assassin, un gouvernement
génocidaire ».
Ahmed
Loutfi