Lac Nasser. Le projet de
développement, qui a commencé en juillet 2008, vise à conserver des espèces
menacées d’extinction, tout en préservant la vie piscicole, économique et
humaine.
Envahissants les crocodiles ?
Les
pêcheurs travaillant sur le lac Nasser ont soumis plusieurs plaintes, car le
nombre croissant de crocodiles menace leur vie et leur gagne-pain.
En
fait, la Convention sur le commerce international de la faune et de la flore
sauvages menacées d’extinction (CITES), ratifiée en 1972, et qui compte 120
pays membres, dont l’Egypte, souligne qu’il faut éviter la disparition complète
des espèces déjà menacées, dont le crocodile du Nil (Crocodylus niloticus). Ce
dernier a été victime d’une chasse intensive, non seulement en raison de la
qualité de son cuir, mais encore pour sa chair et les prétendues propriétés
curatives de ses organes. Les autorités de la CITES ont tiré la sonnette
d’alarme et restreint le commerce de la peau du crocodile du Nil.
Dans
le cadre d’un projet d’une durée d’un an, et visant à protéger les espèces
menacées d’extinction dans le lac Nasser, plusieurs colloques et ateliers de
travail ont été organisés, dont le plus récent a eu lieu jeudi dernier à
Assouan.
Le
ministre d’Etat aux Affaires de l’environnement, Magued Georges, un nombre
considérable d’académiciens de l’Université de Ganoub Al-Wadi, de responsables
gouvernementaux, de spécialistes en environnement en général, et en
biodiversité en particulier, y ont assisté.
« Dans
le cadre du projet, nous avons élaboré un plan de travail, ainsi que des
recherches sur le nombre de crocodiles du Nil vivant dans le lac Nasser, dont
la superficie est d’environ 400 km2 », indique le directeur général des
réserves naturelles, Mahmoud Hassib.
En
effet, les spécialistes ont réalisé un vrai travail de terrain en vue de
soutenir et de développer des actions en faveur de la protection de cette
espèce dans son milieu, à condition de ne pas enfreindre les lois relatives aux
réserves naturelles, dont l’article n°102 de l’année 1983, la loi sur
l’environnement n°4 de l’année 1994 et de la CITES.
Il est
à noter que dès la ratification de la Convention en 1972, tout le monde essaie
de respecter les lois de l’environnement ou de la CITES, sous peine de
sanction. Pour le premier acte commis contre, la police aquatique impose une
amende qui varie entre 3 000 et 10 000 L.E. et pouvant être doublée si on
récidive, allant jusqu’à un emprisonnement de 3 années, et ce conformément à la
loi sur l’environnement n°4/94.
Gagne-pain menacé
Vu les
peines imposées par les différentes législations, personne n’osait pêcher un
crocodile, ce qui a fait que leur nombre a augmenté au point que les pêcheurs
commencent à avoir peur, non seulement pour leur vie, mais aussi pour leur
gagne-pain, car chaque crocodile dévore 60 kilos de poissons par jour environ.
Les
pêcheurs pensent que les crocodiles sont devenus les maîtres de cette étendue
d’eau immense. « Le nombre des crocodiles s’accroît sans cesse. De plus, ils ne
se contentent pas de prendre leur proie dans l’eau, mais préfèrent s’attaquer à
nos filets déjà pleins », se plaint Sayed, pêcheur. Il ajoute que durant les 15
dernières années, beaucoup de choses ont changé. « Les crocodiles augmentent et
le nombre des pêcheurs diminue. Ils sont devenus les seuls à contrôler les
lieux », explique-t-il.
Un
avis qui n’est pas partagé par Ibrahim Moussa, président du conseil
d’administration à l’Organisme du développement du lac Nasser. Il estime que
les pêcheurs exagèrent et la preuve en est que la production piscicole dans le
lac augmente d’une année à l’autre. De plus, la police des surfaces aquatiques
n’a enregistré dernièrement aucun cas d’attaque de crocodile contre un homme. Les
spécialistes ont dernièrement disséqué des crocodiles pour découvrir que leurs
estomacs ne contenaient que 15 kilos de poissons. « Le crocodile n’attaque
jamais l’homme et s’il le fait, c’est seulement pour se défendre », dit Moussa,
tout en ajoutant que les crocodiles sont protégés par la Convention
internationale de Seattle qui a d’ailleurs été ratifiée par l’Egypte.
Selon
Sayed Ahmad, pêcheur, le Nil a connu une période de sécheresse qui a duré 5
ans, de 1985 à 1990, et au moment de la crue, beaucoup de crocodiles s’y
infiltrèrent. Depuis, chaque crue ramène avec elle 3 ou 4 nouveaux crocodiles
qui se reproduisent. « Un crocodile pond chaque année entre 60 et 70 œufs et
vit entre 70 et 80 ans, d’où la prolifération », explique Sayed, pour qui les
crocodiles ne sont en rien une richesse écologique, mais un souci quotidien. Le
fait de savoir que ce mois-ci apportera de nouveaux œufs de crocodiles, environ
une dizaine de nouvelles espèces au lac Nasser, est loin d’être un événement
heureux.
Au
cours du projet, les responsables au ministère de l’Environnement, surtout les
spécialistes du département des ressources naturelles, ont désigné une équipe
de six Egyptiens et un expert américain en vue d’organiser des opérations
d’exploration dans les eaux du lac. « C’est la 1re fois que je fais des
explorations comprenant une étude biologique du crocodile et de toutes les
communautés qui l’entourent (les pêcheurs, les agriculteurs et les bédouins) »,
a déclaré Shirley Matthew, expert américain.
Les
scientifiques ont accompli un travail de terrain qui s’élève à dix jours par
mois.
« Au
cours de ces travaux, nous avons fait des enquêtes avec toutes les communautés
qui entourent le lac et qui sont menacées par les crocodiles du Nil. Nous avons
remarqué que les pêcheurs sont les seuls à déclarer qu’ils sont vraiment
menacés, car tous les autres le nient complètement », déclare le chef de
l’équipe du travail, Ekrami Al-Abassiri.
Sans
doute l’absence d’une espèce comme le crocodile menace la vie écologique et sa
présence rend un grand service à l’environnement. « Le crocodile est considéré
comme un balai qui nettoie les eaux douces ou plus précisément le Nil, c’est
pourquoi il mérite d’être protégé », conclut le ministre Magued Georges.
Manar Attiya