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 Semaine du 7 au 13 janvier 2009, numéro 748

 

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Environnement

Lac Nasser. Le projet de développement, qui a commencé en juillet 2008, vise à conserver des espèces menacées d’extinction, tout en préservant la vie piscicole, économique et humaine.

Envahissants les crocodiles ?

Les pêcheurs travaillant sur le lac Nasser ont soumis plusieurs plaintes, car le nombre croissant de crocodiles menace leur vie et leur gagne-pain.

En fait, la Convention sur le commerce international de la faune et de la flore sauvages menacées d’extinction (CITES), ratifiée en 1972, et qui compte 120 pays membres, dont l’Egypte, souligne qu’il faut éviter la disparition complète des espèces déjà menacées, dont le crocodile du Nil (Crocodylus niloticus). Ce dernier a été victime d’une chasse intensive, non seulement en raison de la qualité de son cuir, mais encore pour sa chair et les prétendues propriétés curatives de ses organes. Les autorités de la CITES ont tiré la sonnette d’alarme et restreint le commerce de la peau du crocodile du Nil.

Dans le cadre d’un projet d’une durée d’un an, et visant à protéger les espèces menacées d’extinction dans le lac Nasser, plusieurs colloques et ateliers de travail ont été organisés, dont le plus récent a eu lieu jeudi dernier à Assouan.

Le ministre d’Etat aux Affaires de l’environnement, Magued Georges, un nombre considérable d’académiciens de l’Université de Ganoub Al-Wadi, de responsables gouvernementaux, de spécialistes en environnement en général, et en biodiversité en particulier, y ont assisté.

« Dans le cadre du projet, nous avons élaboré un plan de travail, ainsi que des recherches sur le nombre de crocodiles du Nil vivant dans le lac Nasser, dont la superficie est d’environ 400 km2 », indique le directeur général des réserves naturelles, Mahmoud Hassib.

En effet, les spécialistes ont réalisé un vrai travail de terrain en vue de soutenir et de développer des actions en faveur de la protection de cette espèce dans son milieu, à condition de ne pas enfreindre les lois relatives aux réserves naturelles, dont l’article n°102 de l’année 1983, la loi sur l’environnement n°4 de l’année 1994 et de la CITES.

Il est à noter que dès la ratification de la Convention en 1972, tout le monde essaie de respecter les lois de l’environnement ou de la CITES, sous peine de sanction. Pour le premier acte commis contre, la police aquatique impose une amende qui varie entre 3 000 et 10 000 L.E. et pouvant être doublée si on récidive, allant jusqu’à un emprisonnement de 3 années, et ce conformément à la loi sur l’environnement n°4/94.

Gagne-pain menacé

Vu les peines imposées par les différentes législations, personne n’osait pêcher un crocodile, ce qui a fait que leur nombre a augmenté au point que les pêcheurs commencent à avoir peur, non seulement pour leur vie, mais aussi pour leur gagne-pain, car chaque crocodile dévore 60 kilos de poissons par jour environ.

Les pêcheurs pensent que les crocodiles sont devenus les maîtres de cette étendue d’eau immense. « Le nombre des crocodiles s’accroît sans cesse. De plus, ils ne se contentent pas de prendre leur proie dans l’eau, mais préfèrent s’attaquer à nos filets déjà pleins », se plaint Sayed, pêcheur. Il ajoute que durant les 15 dernières années, beaucoup de choses ont changé. « Les crocodiles augmentent et le nombre des pêcheurs diminue. Ils sont devenus les seuls à contrôler les lieux », explique-t-il.

Un avis qui n’est pas partagé par Ibrahim Moussa, président du conseil d’administration à l’Organisme du développement du lac Nasser. Il estime que les pêcheurs exagèrent et la preuve en est que la production piscicole dans le lac augmente d’une année à l’autre. De plus, la police des surfaces aquatiques n’a enregistré dernièrement aucun cas d’attaque de crocodile contre un homme. Les spécialistes ont dernièrement disséqué des crocodiles pour découvrir que leurs estomacs ne contenaient que 15 kilos de poissons. « Le crocodile n’attaque jamais l’homme et s’il le fait, c’est seulement pour se défendre », dit Moussa, tout en ajoutant que les crocodiles sont protégés par la Convention internationale de Seattle qui a d’ailleurs été ratifiée par l’Egypte.

Selon Sayed Ahmad, pêcheur, le Nil a connu une période de sécheresse qui a duré 5 ans, de 1985 à 1990, et au moment de la crue, beaucoup de crocodiles s’y infiltrèrent. Depuis, chaque crue ramène avec elle 3 ou 4 nouveaux crocodiles qui se reproduisent. « Un crocodile pond chaque année entre 60 et 70 œufs et vit entre 70 et 80 ans, d’où la prolifération », explique Sayed, pour qui les crocodiles ne sont en rien une richesse écologique, mais un souci quotidien. Le fait de savoir que ce mois-ci apportera de nouveaux œufs de crocodiles, environ une dizaine de nouvelles espèces au lac Nasser, est loin d’être un événement heureux.

Au cours du projet, les responsables au ministère de l’Environnement, surtout les spécialistes du département des ressources naturelles, ont désigné une équipe de six Egyptiens et un expert américain en vue d’organiser des opérations d’exploration dans les eaux du lac. « C’est la 1re fois que je fais des explorations comprenant une étude biologique du crocodile et de toutes les communautés qui l’entourent (les pêcheurs, les agriculteurs et les bédouins) », a déclaré Shirley Matthew, expert américain.

Les scientifiques ont accompli un travail de terrain qui s’élève à dix jours par mois.

« Au cours de ces travaux, nous avons fait des enquêtes avec toutes les communautés qui entourent le lac et qui sont menacées par les crocodiles du Nil. Nous avons remarqué que les pêcheurs sont les seuls à déclarer qu’ils sont vraiment menacés, car tous les autres le nient complètement », déclare le chef de l’équipe du travail, Ekrami Al-Abassiri.

Sans doute l’absence d’une espèce comme le crocodile menace la vie écologique et sa présence rend un grand service à l’environnement. « Le crocodile est considéré comme un balai qui nettoie les eaux douces ou plus précisément le Nil, c’est pourquoi il mérite d’être protégé », conclut le ministre Magued Georges.

Manar Attiya

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3 questions à Magdi Mohamad Ali, membre du comité de coordination chargé du dossier des crocodiles.

«Sensibiliser les citoyens vis-à-vis des espèces menacées»

Al-Ahram Hebdo : A votre avis, quelle est l’importance future du projet concernant le lac Nasser ?

Magdi Mohamad Ali : Ce travail va permettre un recensement général des crocodiles et va définir d’une manière approximative leurs genres, tailles et âges. Le projet va nous donner l’occasion de les dispatcher dans les différentes aires du lac. A travers les ateliers et les conférences, on a pu découvrir la biologie des crocodiles et la communauté où ils vivent et où ils prolifèrent, afin de faire un rapport entre le nombre des crocodiles et l’étendue du lac Nasser.

— Mais au cas où le nombre des crocodiles dépasserait de loin cette étendue, quelle sera votre réaction ?

— Dans ce cas, nous devons créer une direction écologique pour transférer de temps à autre le nombre élevé de crocodiles du lac Nasser dans des musées — une sorte de réserves construites spécialement pour cela — ou organiser des expositions écologiques et autres … Ces sites vont attirer les touristes et susciter l’intérêt des gens en général, surtout les enfants.

— Comment peut-on sensibiliser la future génération vis-à-vis de ces créatures menacées ?

— A travers des programmes éducatifs qui vont de pair avec l’âge de chaque enfant. On pourrait aussi intégrer dans les programmes scolaires et universitaires des articles concernant les espèces menacées, surtout le crocodile du Nil. Dans les pays européens, à titre d’exemple, on a commencé à demander aux gens de se débarrasser de leurs vêtements faits à partir d’animaux comme les fourrures, le cuir, l’ivoire, les os, etc. Au Japon, les associations de préservation de la vie sauvage, des amis des animaux et celles des droits des animaux ont joué un rôle primordial, en informant les gens sur la richesse animale et la diversité biologique, considérées comme des ressources naturelles dans chaque pays.

Propos recueillis par M. A.

 




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