PME.
Samir Radwan,
principal artisan de la nouvelle stratégie pour les PME
annoncée par l’Autorité de l’investissement.
« Nous avons besoin de créer l’Entrepreneur »
Al-Ahram
Hebdo : Pourquoi est-il si important d’accorder plus
d’attention aux PME ?
Samir Radwan :
Le gouvernement a toujours accordé des avantages aux grandes
entreprises sous diverses formes : terrains gratuits,
subventions à l’Energie, exemptions fiscales et douanières
... Cela a créé une économie déséquilibrée. Il faut
retrouver cet équilibre. Le nombre des petites entreprises
représente 80 % des entreprises égyptiennes. Mais que
représentent-elles dans l’économie ? Presque rien : 25 %
seulement de l’ensemble des services et produits et 4 % des
exportations. Au Canada ou en France, cette catégorie
engendre plus que 80 % du PIB.
— Des efforts ont déjà été déployés pour promouvoir les
petites entreprises, mais sans résultats tangibles.
Pourquoi, selon vous ?
— Le grand problème qui prévaut encore aujourd’hui est le
manque de coordination entre les institutions responsables
du développement des PME. Est-ce le GAFI, le ministère de
l’Investissement, celui des Finances ou encore le Fonds
social de développement ? Les PME n’ont en fait pas de père.
Cela mène à des décisions contradictoires. C’est pourquoi
les problèmes dont on parle depuis 1995 sont toujours là.
Voyez l’étude sur les obstacles rencontrés par les PME,
menée sous l’égide du ministère des Finances en 2005 : elle
a trouvé sa place sur les étagères, à côté des autres études
similaires qui l’ont précédée. C’est pourquoi je suggère que
le dossier soit placé sous l’égide du premier ministre. La
nouvelle stratégie propose la création du Centre égyptien
des entrepreneurs, à l’instar de celui de Malaisie ou de
Singapour. Sous la tutelle de ce centre peuvent être
concertés tous les efforts officiels et aussi ceux des ONG.
En Malaisie, ce centre offre 111 services aux petits et
moyens investisseurs et dispose également d’une banque
spéciale.
— Mais où se situe l’innovation principale de cette nouvelle
initiative ?
— Tout d’abord, nous avons choisi de mettre l’investisseur
au cœur de cette stratégie. Il s’agit du développement du
Petit et Moyen Investisseur, le PMI. Ce n’est pas un jeu de
mots. Les initiatives précédentes ont ignoré le facteur
humain dans le développement de ces entreprises. Nous avons
besoin de créer un entrepreneur. Il faut chercher parmi les
diplômés des universités. Ceux-ci présentent chaque année
des milliers de projets, alors pourquoi ne pas les appliquer
? Le gouvernement peut en choisir les plus rentables, les
financer, former les porteurs de projets et même les aider à
trouver des clients parmi les grandes entreprises locales ou
sur les marchés internationaux.
— Et pensez-vous que cette stratégie sera vraiment mise en
vigueur de la part du gouvernement ?
— J’espère bien. Le gouvernement a remarqué que tous les
plans de sauvetage adoptés par les différents gouvernements,
en Europe ou aux Etats-Unis entre autres, sont adressés
notamment aux petites et moyennes entreprises. C’est
pourquoi je crois que cette fois-ci, il y a grande chance
que cette stratégie soit mise en vigueur.
Propos recueillis par
Salma Hussein
Névine
Kamel