PME.
Le gouvernement estime que les Petites et Moyennes
Entreprises (PME) sont les plus aptes à s’adapter à une
économie en difficulté et maintenir la croissance. Il veut
donc prendre des mesures pour encourager leur activité ainsi
que leur création.
Le filon des temps de crise
Il
faudrait modifier 6 lois pour faciliter la création de
Petites et Moyennes Entreprises (PME) en Egypte. Cela donne
une idée du défi que représente pour le gouvernement la
promotion des PME. Le Caire a dernièrement annoncé une
nouvelle stratégie visant à augmenter la contribution des
PME à 40 % du Produit Intérieur Brut (PIB) en 2015, contre
25 % actuellement (voir encadré). Cette initiative n’est pas
cependant la première du genre, il y en a eu plusieurs
depuis 1995. Et c’est en 2004 que la loi sur les PME est
entrée en vigueur, sans pourtant avoir d’impact vraiment
concret sur l’économie. Mais le gouvernement considère ces
entités comme des bouées de sauvetage de l’économie
égyptienne.
« Le malheur des uns fait le bonheur des autres », affirme
Mohamad Omrane, vice-président de la Bourse égyptienne. Car
les grandes entités sont le plus affectées par la crise
économique et financière actuelle en raison de leurs
échanges avec l’étranger. Les plus isolées auront donc plus
de chance de s’épanouir en dépit des mauvais vents. Avis
partagé par Hani Tewfiq, directeur général du groupe
financier Naïm : « Les grandes entreprises trouveront des
difficultés à se redresser vu leurs importants budgets. En
temps de crise, le lapin court plus vite que l’éléphant ».
Mais si l’on s’étend sur les comparaisons animales, force
est de constater que l’Egypte compte très peu de lapins,
c’est-à-dire de moyennes entreprises. Les fourmis sont
plutôt la norme lorsqu’on parle de taille. Neuf entreprises
sur 10 sont de très petites tailles et non déclarées.
L’image type est celle d’un atelier dans une zone sauvage,
que son propriétaire a ouvert avec ses petites économies, et
où il emploie 4 ou 5 travailleurs au noir peu qualifiés,
sans formation et pas assurés. Ces petites entreprises ne
fournissent cependant que 25 % des biens et services
produits en Egypte en un an. Il n’est donc pas étrange que
les produits égyptiens soient réputés pour leur mauvaise
qualité.
Par ailleurs, ce sont d’autres types d’entreprises que le
gouvernement vise à promouvoir : celles de taille moyenne. «
L’absence de financement ou encore les difficultés dans les
procédures d’enregistrement ont privé ces entités de jouer
un rôle prépondérant dans l’économie du pays. C’est ainsi
que ces entreprises ne contribuent qu’à hauteur de 4 % du
total des exportations », note Névine Al-Chaféï,
vice-présidente de l’Organisme de l’investissement.
Elargir le concept
La première entrave à leur développement est le financement.
En fait, les crédits bancaires se concentrent sur les
grandes entreprises, publiques et privées, alors que les PME
n’en reçoivent que 9 %. C’est pourquoi le gouverneur de la
Banque Centrale, Farouq Al-Oqda, a annoncé, il y a deux
semaines, des avantages aux banques qui octroieraient des
crédits ou facilités financières aux PME. Celles-ci seront
ainsi exemptées dès janvier 2009 de déposer 14 % de leurs
dépôts en réserves à la Banque Centrale. Et de préciser que
par PME, la Banque Centrale entend les entreprises dotées
d’un capital libéré compris entre 250 000 et 5 millions de
L.E., et dont le chiffre d’affaires annuel varie entre un
million et 250 millions de L.E. « Cette définition concerne
une catégorie pour l’instant très limitée. Il s’agit plutôt
d’entreprises moyennes qui ne représentent que 2 ou 3 % du
total des PME », note Alia Al-Mahdi, doyenne de la faculté
d’économie et sciences politiques de l’Université du Caire.
C’est pourquoi elle appelle à élargir le concept de PME,
sinon les objectifs du gouvernement risquent de ne pas être
atteints.
« Le gouverneur de la Banque Centrale doit revoir sa
définition des PME de sorte qu’elle puisse inclure la
tranche dont le capital est de 50 000 L.E. Cette tranche est
la plus apte à poursuivre la croissance », juge Al-Mahdi.
Moteur de l’emploi
Le manque de financement n’est pas le seul obstacle au
développement des PME. Les procédures de création sont aussi
jugées parmi les plus compliquées du monde. C’est la
conclusion tirée d’une étude menée par le ministère des
Finances, pour comparer les législations des PME en Egypte
et six autres pays (le Canada, l’Inde, la Chine, la
Lettonie, l’Irlande et la Jordanie). Par exemple, l’Egypte
est le seul pays à imposer l’enregistrement du permis de
l’entreprise créée auprès d’une institution publique. Les
coûts de création sont par ailleurs les plus élevés en
Egypte, si on les compare au revenu moyen par individu (voir
graphique). Samir Radwan, conseiller de l’Autorité de
l’investissement et auteur de la stratégie de la promotion
des PME annoncée, note que le fardeau des procédures
compliquées et coûteuses peut être mieux assumé par les
grandes entreprises que par les petites. Car elles ont les
moyens d’avoir recours à des cabinets d’avocats et autres
conseillers. En outre, même quand le gouvernement a
simplifié les procédures de création des entreprises, ce
sont surtout les grandes entreprises qui ont pu en profiter.
(Voir entretien). Conséquence : les PME n’arrivent toujours
pas à atteindre leur objectif. Selon l’étude effectuée par
l’Autorité de l’investissement intitulée « La stratégie du
petit et moyen investissement : la voie vers une nouvelle
relance de l’économie égyptienne », les PME sont censées
être le moteur de l’emploi dans le pays. L’évidence
internationale montre qu’elles ont pu accroître le nombre
d’emplois de 0,66 % à chaque fois que l’économie a cru de 1
%, dans des pays comme le Canada, l’Allemagne ou la France
... toutes sont des économies lourdement dépendantes des
PME. Or, en Egypte, ce cas de figure ne se retrouve pas. La
hausse des offres d’emplois ne dépasse pas 0,5 % quand le
taux de croissance augmente de 1 %.
Dossier réalisé par
Salma Hussein
Névine Kamel