Al-Ahram Hebdo, Enquête | Le filon des temps de crise 
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 7 au 13 janvier 2009, numéro 748

 

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Enquête

PME. Le gouvernement estime que les Petites et Moyennes Entreprises (PME) sont les plus aptes à s’adapter à une économie en difficulté et maintenir la croissance. Il veut donc prendre des mesures pour encourager leur activité ainsi que leur création.  

Le filon des temps de crise  

Il faudrait modifier 6 lois pour faciliter la création de Petites et Moyennes Entreprises (PME) en Egypte. Cela donne une idée du défi que représente pour le gouvernement la promotion des PME. Le Caire a dernièrement annoncé une nouvelle stratégie visant à augmenter la contribution des PME à 40 % du Produit Intérieur Brut (PIB) en 2015, contre 25 % actuellement (voir encadré). Cette initiative n’est pas cependant la première du genre, il y en a eu plusieurs depuis 1995. Et c’est en 2004 que la loi sur les PME est entrée en vigueur, sans pourtant avoir d’impact vraiment concret sur l’économie. Mais le gouvernement considère ces entités comme des bouées de sauvetage de l’économie égyptienne.

« Le malheur des uns fait le bonheur des autres », affirme Mohamad Omrane, vice-président de la Bourse égyptienne. Car les grandes entités sont le plus affectées par la crise économique et financière actuelle en raison de leurs échanges avec l’étranger. Les plus isolées auront donc plus de chance de s’épanouir en dépit des mauvais vents. Avis partagé par Hani Tewfiq, directeur général du groupe financier Naïm : « Les grandes entreprises trouveront des difficultés à se redresser vu leurs importants budgets. En temps de crise, le lapin court plus vite que l’éléphant ».

Mais si l’on s’étend sur les comparaisons animales, force est de constater que l’Egypte compte très peu de lapins, c’est-à-dire de moyennes entreprises. Les fourmis sont plutôt la norme lorsqu’on parle de taille. Neuf entreprises sur 10 sont de très petites tailles et non déclarées. L’image type est celle d’un atelier dans une zone sauvage, que son propriétaire a ouvert avec ses petites économies, et où il emploie 4 ou 5 travailleurs au noir peu qualifiés, sans formation et pas assurés. Ces petites entreprises ne fournissent cependant que 25 % des biens et services produits en Egypte en un an. Il n’est donc pas étrange que les produits égyptiens soient réputés pour leur mauvaise qualité.

Par ailleurs, ce sont d’autres types d’entreprises que le gouvernement vise à promouvoir : celles de taille moyenne. « L’absence de financement ou encore les difficultés dans les procédures d’enregistrement ont privé ces entités de jouer un rôle prépondérant dans l’économie du pays. C’est ainsi que ces entreprises ne contribuent qu’à hauteur de 4 % du total des exportations », note Névine Al-Chaféï, vice-présidente de l’Organisme de l’investissement.

Elargir le concept

La première entrave à leur développement est le financement. En fait, les crédits bancaires se concentrent sur les grandes entreprises, publiques et privées, alors que les PME n’en reçoivent que 9 %. C’est pourquoi le gouverneur de la Banque Centrale, Farouq Al-Oqda, a annoncé, il y a deux semaines, des avantages aux banques qui octroieraient des crédits ou facilités financières aux PME. Celles-ci seront ainsi exemptées dès janvier 2009 de déposer 14 % de leurs dépôts en réserves à la Banque Centrale. Et de préciser que par PME, la Banque Centrale entend les entreprises dotées d’un capital libéré compris entre 250 000 et 5 millions de L.E., et dont le chiffre d’affaires annuel varie entre un million et 250 millions de L.E. « Cette définition concerne une catégorie pour l’instant très limitée. Il s’agit plutôt d’entreprises moyennes qui ne représentent que 2 ou 3 % du total des PME », note Alia Al-Mahdi, doyenne de la faculté d’économie et sciences politiques de l’Université du Caire. C’est pourquoi elle appelle à élargir le concept de PME, sinon les objectifs du gouvernement risquent de ne pas être atteints.

« Le gouverneur de la Banque Centrale doit revoir sa définition des PME de sorte qu’elle puisse inclure la tranche dont le capital est de 50 000 L.E. Cette tranche est la plus apte à poursuivre la croissance », juge Al-Mahdi.

Moteur de l’emploi

Le manque de financement n’est pas le seul obstacle au développement des PME. Les procédures de création sont aussi jugées parmi les plus compliquées du monde. C’est la conclusion tirée d’une étude menée par le ministère des Finances, pour comparer les législations des PME en Egypte et six autres pays (le Canada, l’Inde, la Chine, la Lettonie, l’Irlande et la Jordanie). Par exemple, l’Egypte est le seul pays à imposer l’enregistrement du permis de l’entreprise créée auprès d’une institution publique. Les coûts de création sont par ailleurs les plus élevés en Egypte, si on les compare au revenu moyen par individu (voir graphique). Samir Radwan, conseiller de l’Autorité de l’investissement et auteur de la stratégie de la promotion des PME annoncée, note que le fardeau des procédures compliquées et coûteuses peut être mieux assumé par les grandes entreprises que par les petites. Car elles ont les moyens d’avoir recours à des cabinets d’avocats et autres conseillers. En outre, même quand le gouvernement a simplifié les procédures de création des entreprises, ce sont surtout les grandes entreprises qui ont pu en profiter. (Voir entretien). Conséquence : les PME n’arrivent toujours pas à atteindre leur objectif. Selon l’étude effectuée par l’Autorité de l’investissement intitulée « La stratégie du petit et moyen investissement : la voie vers une nouvelle relance de l’économie égyptienne », les PME sont censées être le moteur de l’emploi dans le pays. L’évidence internationale montre qu’elles ont pu accroître le nombre d’emplois de 0,66 % à chaque fois que l’économie a cru de 1 %, dans des pays comme le Canada, l’Allemagne ou la France ... toutes sont des économies lourdement dépendantes des PME. Or, en Egypte, ce cas de figure ne se retrouve pas. La hausse des offres d’emplois ne dépasse pas 0,5 % quand le taux de croissance augmente de 1 %.

Dossier réalisé par
Salma Hussein
Névine Kamel
 

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Répartition des entrepreneurs en fonction du nombre d’années d’éducation

Années
d’éducation    Entrepreneurs (%)

Illettrés                         24

1-6 années                    17,9

7-9 années                   10,11

10-12 années                30,2

13-16 années                17,4

plus de 17 années         0,4

Moyenne                      8,1 

* Echantillon de 4 959 entrepreneurs

Source : Forum de recherches économiques, 2005.

 




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