Circulation.
Pour lutter contre l’irrespect du code de la route, le
gouverneur d’Alexandrie, Adel
Labib, a décidé de saisir les
véhicules contrevenants ou mettant en danger la vie
d’autrui. Une méthode qui soulève bien des protestations.
Alexandrie emploie la manière forte
L’effondrement des immeubles, la qualité des services et la
gratuité des plages ne constituent plus la majeure
préoccupation des Alexandrins. Depuis quelques semaines en
effet, les habitants de la Perle de la Méditerranée, comme
on l’appelle, ne parlent plus que de la fourrière du
gouverneur. Un terrain situé dans le quartier de Moharram
Bey et où est désormais entreposé tout véhicule qui enfreint
les règles de la circulation. Excédé par la pagaille du
trafic, le gouverneur, Adel Labib, a décidé simplement de
réquisitionner tout véhicule qui enfreint de manière grave
le code de la route ou qui met en danger la vie d’autrui.
Une méthode pour le moins controversée. « Ce terrain était
utilisé autrefois pour y entreposer des véhicules saisis par
la police à des voleurs ou des hors-la-loi. Nous avons
décidé de l’utiliser pour mettre en application la décision
du gouverneur et y entreposer les véhicules contrevenants au
code de la route », explique un responsable au gouvernorat
d’Alexandrie.
Les automobilistes n’ont qu’à bien se tenir. Conformément à
cette décision du gouverneur, tout véhicule qui dépasse de
manière flagrante les limites de vitesse indiquées au
centre-ville sera immédiatement réquisitionné, de même que
les véhicules qui se garent sur les trottoirs ou qui mettent
en danger la vie des citoyens. La décision s’applique
également aux véhicules dont les occupants jettent des
détritus dans les rues et aux véhicules qui travaillent dans
le domaine des constructions sans permission préalable du
gouvernorat. Mais pourquoi cette décision ? La nouvelle loi
sur la circulation entrée récemment en vigueur et durcissant
les peines sur les infractions au code de la route n’a pas
réussi à elle seule à mettre fin à la zizanie de la
circulation automobile urbaine. La corruption permet en
effet à de nombreux contrevenants de ne pas payer les
amendes prescrites par la loi. « D’où cette idée de saisir
les véhicules contrevenants. C’est un moyen plus sévère et
plus dissuasif », affirme le responsable du gouvernorat.
Amende allant à 5 000 L.E.
A Moharram Bey se trouve la fourrière en question, environ 3
000 véhicules de toutes sortes (véhicules privés, taxis,
voitures de tourisme) sont stationnés en attendant d’être
récupérés par leurs propriétaires. « C’est injuste. Le
gouvernorat nous soumet à une véritable torture. Nous
confisquer nos véhicules de la sorte, c’est illégal ! »,
lance Tareq, un jeune citoyen
d’Alexandrie dont le véhicule a été réquisitionné. Pour le
récupérer, il doit se rendre au gouvernorat et s’acquitter
d’une amende de 400 L.E. pour stationnement interdit et
obstruction de la circulation. L’amende peut dans d’autres
cas s’élever à 5 000 L.E. Comme Tareq, d’autres Alexandrins
sont venus prendre des nouvelles
de leurs voitures embarquées. Et la colère monte. « Ma
voiture a été endommagée. Le gouvernorat va-t-il me payer la
réparation ? », s’interroge
Hanane, habitante d’Alexandrie. Quant à Mohamad, chauffeur
de taxi, il ne travaille plus depuis qu’on a réquisitionné
son véhicule il y a 3 semaines. « Le gouvernorat n’a pas le
droit de nous confisquer nos voitures de la sorte. C’est un
calvaire de les récupérer, et pendant ce temps on ne peut
pas travailler », affirme Mohamad.
Thérapies de choc
Ils étaient plusieurs dizaines de citoyens à venir
manifester ici il y a quelques jours. Certains affirment
vouloir déposer plainte contre le gouvernorat. Les citoyens
ont d’ailleurs été exacerbés par cet incident survenu il y a
quelques semaines, où un chauffeur de toc-toc s’était immolé
lorsqu’un officier de police a réquisitionné son véhicule
car il circulait en sens interdit. Malgré tout, le
gouvernorat d’Alexandrie se veut ferme, sans aucune
intention de revenir sur sa décision. « Les gouverneurs
peuvent émettre des décrets administratifs qui ont force de
loi, à condition que ces décrets ne soient pas en
contradiction avec la loi. Ainsi, la décision du gouverneur
d’Alexandrie est tout à fait légale », affirme le
responsable du gouvernorat. Et d’expliquer que d’autres
gouvernorats comme Assiout et le Sud-Sinaï appliquent des
mesures similaires pour faire face au désordre du trafic.
Selon lui, la circulation a d’ailleurs commencé à
s’améliorer à Alexandrie. « Par exemple, il y a beaucoup
moins de stationnements interdits car les gens ont peur de
se faire embarquer leurs véhicules », affirme-t-il.
Succédant au populaire Abdel-Salam Al-Mahgoub comme
gouverneur d’Alexandrie, Adel Labib est connu pour ses
thérapies de choc. Il y a quelques mois, il a pris la
décision de raser les étages contrevenants des immeubles, ce
qui a entraîné une hausse des prix de l’immobilier. « C’est
la seule façon d’avancer », commente un responsable du
gouvernorat.
Samar
Zarée