Al-Ahram Hebdo, Egypte | Alexandrie emploie la manière forte
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 7 au 13 janvier 2009, numéro 748

 

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Egypte

Circulation. Pour lutter contre l’irrespect du code de la route, le gouverneur d’Alexandrie, Adel Labib, a décidé de saisir les véhicules contrevenants ou mettant en danger la vie d’autrui. Une méthode qui soulève bien des protestations.

Alexandrie emploie la manière forte

L’effondrement des immeubles, la qualité des services et la gratuité des plages ne constituent plus la majeure préoccupation des Alexandrins. Depuis quelques semaines en effet, les habitants de la Perle de la Méditerranée, comme on l’appelle, ne parlent plus que de la fourrière du gouverneur. Un terrain situé dans le quartier de Moharram Bey et où est désormais entreposé tout véhicule qui enfreint les règles de la circulation. Excédé par la pagaille du trafic, le gouverneur, Adel Labib, a décidé simplement de réquisitionner tout véhicule qui enfreint de manière grave le code de la route ou qui met en danger la vie d’autrui. Une méthode pour le moins controversée. « Ce terrain était utilisé autrefois pour y entreposer des véhicules saisis par la police à des voleurs ou des hors-la-loi. Nous avons décidé de l’utiliser pour mettre en application la décision du gouverneur et y entreposer les véhicules contrevenants au code de la route », explique un responsable au gouvernorat d’Alexandrie.

Les automobilistes n’ont qu’à bien se tenir. Conformément à cette décision du gouverneur, tout véhicule qui dépasse de manière flagrante les limites de vitesse indiquées au centre-ville sera immédiatement réquisitionné, de même que les véhicules qui se garent sur les trottoirs ou qui mettent en danger la vie des citoyens. La décision s’applique également aux véhicules dont les occupants jettent des détritus dans les rues et aux véhicules qui travaillent dans le domaine des constructions sans permission préalable du gouvernorat. Mais pourquoi cette décision ? La nouvelle loi sur la circulation entrée récemment en vigueur et durcissant les peines sur les infractions au code de la route n’a pas réussi à elle seule à mettre fin à la zizanie de la circulation automobile urbaine. La corruption permet en effet à de nombreux contrevenants de ne pas payer les amendes prescrites par la loi. « D’où cette idée de saisir les véhicules contrevenants. C’est un moyen plus sévère et plus dissuasif », affirme le responsable du gouvernorat.

Amende allant à 5 000 L.E.

A Moharram Bey se trouve la fourrière en question, environ 3 000 véhicules de toutes sortes (véhicules privés, taxis, voitures de tourisme) sont stationnés en attendant d’être récupérés par leurs propriétaires. « C’est injuste. Le gouvernorat nous soumet à une véritable torture. Nous confisquer nos véhicules de la sorte, c’est illégal ! », lance Tareq, un jeune citoyen d’Alexandrie dont le véhicule a été réquisitionné. Pour le récupérer, il doit se rendre au gouvernorat et s’acquitter d’une amende de 400 L.E. pour stationnement interdit et obstruction de la circulation. L’amende peut dans d’autres cas s’élever à 5 000 L.E. Comme Tareq, d’autres Alexandrins sont venus prendre des nouvelles de leurs voitures embarquées. Et la colère monte. « Ma voiture a été endommagée. Le gouvernorat va-t-il me payer la réparation ? », s’interroge Hanane, habitante d’Alexandrie. Quant à Mohamad, chauffeur de taxi, il ne travaille plus depuis qu’on a réquisitionné son véhicule il y a 3 semaines. « Le gouvernorat n’a pas le droit de nous confisquer nos voitures de la sorte. C’est un calvaire de les récupérer, et pendant ce temps on ne peut pas travailler », affirme Mohamad.

Thérapies de choc

Ils étaient plusieurs dizaines de citoyens à venir manifester ici il y a quelques jours. Certains affirment vouloir déposer plainte contre le gouvernorat. Les citoyens ont d’ailleurs été exacerbés par cet incident survenu il y a quelques semaines, où un chauffeur de toc-toc s’était immolé lorsqu’un officier de police a réquisitionné son véhicule car il circulait en sens interdit. Malgré tout, le gouvernorat d’Alexandrie se veut ferme, sans aucune intention de revenir sur sa décision. « Les gouverneurs peuvent émettre des décrets administratifs qui ont force de loi, à condition que ces décrets ne soient pas en contradiction avec la loi. Ainsi, la décision du gouverneur d’Alexandrie est tout à fait légale », affirme le responsable du gouvernorat. Et d’expliquer que d’autres gouvernorats comme Assiout et le Sud-Sinaï appliquent des mesures similaires pour faire face au désordre du trafic. Selon lui, la circulation a d’ailleurs commencé à s’améliorer à Alexandrie. « Par exemple, il y a beaucoup moins de stationnements interdits car les gens ont peur de se faire embarquer leurs véhicules », affirme-t-il. Succédant au populaire Abdel-Salam Al-Mahgoub comme gouverneur d’Alexandrie, Adel Labib est connu pour ses thérapies de choc. Il y a quelques mois, il a pris la décision de raser les étages contrevenants des immeubles, ce qui a entraîné une hausse des prix de l’immobilier. « C’est la seule façon d’avancer », commente un responsable du gouvernorat.

Samar Zarée 

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