Al-Ahram Hebdo, Egypte | Le compte à rebours a déjà commencé
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 7 au 13 janvier 2009, numéro 748

 

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Egypte

Port-Saïd. La décision du président Moubarak de maintenir ce gouvernorat comme zone de libre-échange pour 3 années supplémentaires a réjoui les commerçants. Reportage.

Le compte à rebours a déjà commencé

A l’entrée de la ville de Port-Saïd, les banderoles couvrent les rues et les façades des bâtiments. Cela ressemble un peu à une campagne électorale, mais cela exprime la joie des commerçants par rapport à la bonne nouvelle : « Les citoyens de Port-Saïd vous remercient », « Grâce à vous, le gouvernorat revit », « Vous avez sauvé les citoyens », « La bonne décision au bon moment », etc. En fait, ces banderoles sont des messages de remerciements et de gratitude envoyés par les citoyens de Port-Saïd au président Moubarak. Celui-ci a décidé, la semaine dernière, de prolonger le statut du gouvernorat en tant que zone franche pour 3 années supplémentaires. En principe, c’est en ce janvier 2009 que les habitants de Port-Saïd devraient profiter de cet avantage exceptionnel dont ils ont joui pendant plusieurs décennies. Ahmad Nazif explique que le président a pris en considération la crise financière et a décidé d’accorder plus de temps aux commerçants de ce gouvernorat pour adapter leurs activités à cette nouvelle situation. 

Les citoyens ont vécu dans une inquiétude continuelle ces deux derniers mois en attendant la décision finale : Va-t-on fermer ou maintenir la zone franche ? « L’activité commerciale était perturbée et personne ne pouvait prévoir le sort de cette ville et de ses habitants, qui depuis les années 1970 dépendent du commerce comme principale activité », explique le vieux Mahmoud, propriétaire d’un magasin de prêt-à-porter. « Nous pouvons maintenant dormir tranquilles et reprendre notre travail sans craindre le chômage au moins pendant 3 ans », jubile Achraf, commerçant de produits de beauté et de cosmétiques importés, une activité que sa famille exerce de père en fils. 

C’est après la guerre de 1973 que l’ancien président Anouar Al-Sadate décide de créer à Port-Saïd une zone franche afin d’attirer les millions d’habitants qui avaient fui la ville pendant les guerres successives de 1956 et 1967.  Ceci a relancé l’activité économique et résorbé le chômage dans la ville.

Aujourd’hui, la majorité des jeunes de Port-Saïd ne connaissent d’autre métier que le commerce. Une fois leurs études terminées, ils s’engagent directement dans des activités commerciales, notamment le prêt-à-porter. Voire, beaucoup de fonctionnaires travaillent comme fripiers pour améliorer leurs revenus.

Mais la contrebande des marchandises exonérées de taxes  douanières dans les autres gouvernorats a commencé à peser sur l’industrie nationale. Le gouvernement a donc envisagé la levée progressive de cet avantage en limitant chaque année le quota d’importation de ce gouvernorat.

Mais cette menace qui pointait à l’horizon était déjà accompagnée de la perte d’un autre avantage. En fait, depuis 1985, l’Egypte a imposé des restrictions sur l’importation. C’était pratiquement le seul endroit où l’on pouvait trouver toutes sortes de marchandises importées, à commencer par le chocolat suisse jusqu’aux équipements domestiques et appareils électroménagers japonais. Mais depuis quelques années, avec la libéralisation progressive de l’économie, les importateurs ont repris du souffle, et du coup, Port-Saïd a perdu un avantage précieux.

« C’est vrai que la situation s’est détériorée et que le nombre de nos clients des autres gouvernorats a diminué sensiblement, mais ces trois ans vont au moins nous permettre de survivre, mieux vaut une soupe modeste que mourir de faim », affirme Sayed, un commerçant de prêt-à-porter.

Beaucoup d’habitants ont du mal à imaginer leur avenir au-delà de ces trois ans. « J’ai cinquante ans et je ne sais pas comment à cet âge je peux me lancer dans une nouvelle activité professionnelle », s’inquiète Maher Ali, également propriétaire d’un magasin de vêtements.  Il ajoute que certains de ses collègues ont converti leurs magasins en cybercafés et échoppes de téléphones portables ... « Mais est-ce qu’on va tous faire de même ? ».

De son côté, le gouvernement a conçu un plan pour les préparer à la suppression de la zone franche à l’avenir. Il consiste à créer un certain nombre d’usines et à promouvoir l’activité touristique pour permettre aux jeunes de trouver des débouchés. Mais jusqu’à maintenant, peu a été réalisé.

Mais il se trouve que les vrais bénéficiaires sont les habitants des gouvernorats voisins. « Les usines n’absorbent qu’une main-d’œuvre très limitée, une affaire de quelques centaines, les autres viennent du Caire ou d’Ismaïliya », se plaint Ahmad Rabie, un jeune diplômé, qui travaille comme vendeur dans un magasin de vêtements importés de Syrie. Il explique que les compétences requises font défaut aux jeunes Port-Saïdis qui n’ont jamais rien exercé en dehors du commerce.

« A vrai dire, Port-Saïd ne possède pas de vrai potentiel touristique ou agricole et je pense que trois ans ne sont pas suffisants  pour développer une base industrielle », estime Al-Badri Farghali, ancien député de gauche et militant du mouvement ouvrier de Port-Saïd, sa ville natale. 

Il  appelle le gouvernement pour intensifier ses efforts afin que le développement escompté ait lieu.  « C’est impossible d’installer des projets industriels sans l’intervention  directe du gouvernement en comptant uniquement sur les initiatives personnelles », juge-t-il.  Pour lui, l’atout c’est les réserves de gaz naturel. « Port-Saïd possède 70 % des réserves nationales en gaz naturel. Ceci peut donner lieu à une activité industrielle prometteuse dans le domaine des engrais chimiques et d’autres industries complémentaires », propose Farghali.

Un autre Port-Saïdi, le député wafdiste Moustapha Cherdi, est du même avis. « Nous attendons du gouvernement de nous annoncer des projets réalisables avec des plans d’action bien précis pour nous rassurer sur l’avenir de nos enfants. Sinon, trois ans après, on risque de se retrouver dans la même crise », dit Cherdi.

Sabah Sabet

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