Al-Ahram Hebdo, Dossier |  Le trait d’union entre les époques
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 7 au 13 janvier 2009, numéro 748

 

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Dossier

Coptologie. Les érudits affirment que la géographie constitue l’élément stable d’un pays et qu’elle influe énormément sur sa culture et sa civilisation. C’est ainsi que l’art copte, qui dérive des périodes qui l’ont précédé, a constitué un lien avec l’avenir aussi.

 Le trait d’union entre les époques 

L’Egypte est l’un des pays favorisés par la grâce divine. Non seulement cette situation géographique en fait depuis toujours un carrefour, mais cela lui a aussi permis d’exercer une influence considérable sur les pays avoisinants.

A l’époque où les Grecs ont pénétré en Egypte, suivis par les Romains, cela n’a pas empêché sa civilisation de demeurer florissante. Les Grecs et les Romains se sont familiarisés avec la vie égyptienne. Ils ont édifié les sanctuaires des dieux égyptiens selon le style pharaonique.

Lorsque les Romains renoncèrent au paganisme pour embrasser le christianisme au début du quatrième siècle, ce fut le début de l’édification des églises. La civilisation en Egypte continua à prospérer.

Le mérite incontesté dans ce domaine revient à la Bibliothèque d’Alexandrie, en tant qu’université universelle fréquentée par nombre d’étudiants venus de toutes les contrées du monde.

Les coptes sont les descendants directs des Egyptiens de l’époque pharaonique, mais l’ancienne civilisation égyptienne ne s’est pas arrêtée avec la fin de l’ère pharaonique. La vie spirituelle, la langue, la religion, l’évolution scientifique et artistique continuèrent longtemps après. Malgré les influences gréco-romaines d’Alexandrie, ils établirent leur propre civilisation, et l’art copte fut le trait d’union entre les arts pharaonique, gréco-romain et islamique.

Malgré l’influence byzantine et islamique, l’art copte a atteint un niveau et une originalité qui forcent l’attention et l’admiration.

L’art copte est le témoignage d’un nouvel esprit qui naît de la vieille humanité. L’art copte est un art pur, simple et beau, il représente la vie religieuse et la vie quotidienne. Pour l’artiste copte, « la simplicité était une sorte de beauté ».

La sculpture sur pierre et sur bois, la céramique et l’orfèvrerie, ainsi que les objets de la vie courante qui, par la perfection de leur forme utilitaire ou leur décor, sont aussi des œuvres d’art, comme les tapisseries tissées en lin et laine, qui grâce à l’habilité de l’artisan des IIe et IIIe siècles, peuvent être regardées à l’endroit comme à l’envers.

Le Musée copte, fondé en 1908 et restauré en 1984, est totalement rénové pour fêter ses cent ans. Le 26 juin 2006, le président Moubarak en personne, entouré d’une centaine de personnalités, est venu l’inaugurer et l’admirer, car il est superbe. Tout y est parfaitement disposé. Sur 16 000 œuvres d’art, seules 1 200 pièces y sont mises en valeur.

Ce musée renferme une grande collection de fragments qui datent du IIe au Ve siècle. La grande majorité des pièces proviennent des donations de la communauté copte et le reste des anciens monastères.

Sous les coupoles et les dômes qui sont l’un des aspects les plus importants de l’architecture copte, on a pu retrouver des niches avec des représentations des saints, des stèles funéraires, des chapiteaux et des corniches en calcaire, ornés de fleurs d’acanthe et de feuilles de vigne. Les coptes sont les premiers à avoir évoqué, dans leurs fresques, la Vierge Marie et l’Enfant Jésus. Il est à noter que les artistes coptes représentent toujours la Vierge à la droite de Jésus, car le psalmiste a dit (Ps 45:10) : « A ta droite se tient la reine ». Par respect, elle est toujours peinte entièrement vêtue et la tête couverte de voile. Jésus, lui aussi, n’est jamais représenté nu, ni même à moitié nu.

Ils étaient passés maîtres dans le travail de l’ivoire, de l’os de l’ébène. Entre autres, il ne faut pas manquer de voir le fameux peigne tout en ivoire qui date du IVe siècle.

Il représente la résurrection de Lazare et la guérison de l’aveugle.

Les portraits sont universellement célèbres. Les personnages ont tous les yeux largement ouverts, les prunelles rondes placées tout près du nez, et ce nez qui se termine toujours de la même manière. Ce qui est frappant, c’est qu’ils donnent une impression de paix intérieure.

De la même époque, provient également du monastère de Saint-Jérémie, à Saqarrah, un majestueux ambon, dit « Chaire de Jérémie », Ve siècle.

La fresque de Baouit du monastère d’Apa Apollon, où figure le Christ en majesté, la Sainte Vierge au milieu des Apôtres, entourée par les Archanges.

Les exemples de boiseries confirment la maîtrise particulière des coptes dans le travail de ce matériau chaud et vibrant. Des portes et des clôtures d’iconostase, des panneaux où se lisent divers épisodes de la vie du Christ, des objets liturgiques, autel, croix et lutrins.

Les coptes ont créé un art original du tissage. Les motifs qui ornent les tissus ne sont plus brodés, mais tissés dans la trame de l’étoffe, dans les couleurs pourpre, noir, vert vif ou violet. Ils traitent des sujets bibliques, chrétiens et profanes.

Les tissus les mieux conservés proviennent d’Antinoe et d’Akhmim et sont datés du Ve siècle. Ils sont en lin, ce sont des fragments d’une écharpe, d’une tunique, d’un rideau. Les personnages sont disposés de telle façon que leurs mouvements sont parfaitement rendus. C’est ainsi qu’on ne se lasse pas de regarder le flûtiste, les danseuses, le lièvre, le centaure, saint Jonas et la baleine, etc.

Les tissus constituent une riche moisson qui met en lumière la diversité des techniques et des matières. Ils traitent des sujets bibliques et chrétiens et également des scènes de la vie quotidienne.

Isis Zaki (coptologue)

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