Inde-Pakistan.
New Delhi dit avoir des preuves accablantes sur
l’implication d’Islamabad dans les attentats de Bombay. De
quoi envenimer les relations déjà extrêmement tendues entre
les deux puissances nucléaires.
Sur le qui-vive
Les relations entre l’Inde et le Pakistan sont toujours sur
une mauvaise pente. Lundi matin, New Delhi a lancé une
grande offensive diplomatique en soumettant à Islamabad des
preuves « accablantes » de l’implication d’« éléments
pakistanais » du mouvement Lashkar-e-Taïba, groupe islamiste
pakistanais, dans les attentats de Bombay qui ont fait 172
morts en Inde fin novembre. New Delhi s’apprête également à
présenter ces preuves à la communauté internationale et le
ministre indien de l’Intérieur, Palaniappan Chidambaram,
devrait se rendre cette semaine aux Etats-Unis pour y
présenter ces preuves irréfutables montrant que « le complot
s’est tramé au Pakistan et que lorsque l’opération a
commencé à Bombay, elle était organisée et contrôlée depuis
le Pakistan », a annoncé dimanche le ministre de
l’Intérieur. « Nous attendons que le gouvernement
pakistanais poursuive rapidement son enquête au Pakistan, en
partage les conclusions avec nous afin de traduire les
responsables en justice », a annoncé le ministre indien des
Affaires étrangères, Pranab Mukherjee. Selon les experts,
New Delhi, largement soutenue par la communauté
internationale et sous le choc de son « 11 septembre », va
toujours maintenir la pression sur Islamabad.
Dans une tentative de prouver à New Delhi le sérieux de sa
lutte antiterroriste, Islamabad avait arrêté, le mois
dernier, des dizaines de membres ou proches du
Lashkar-e-Taïba et a demandé depuis cinq semaines à l’Inde
de ne pas lui dicter sa conduite dans la lutte contre le «
terrorisme » islamiste. Tenant à réfuter les accusations
indiennes, le chef de la diplomatie pakistanaise a affirmé
lundi que les accusations du ministre indien de l’Intérieur
relèvent de la pure « spéculation », ajoutant pourtant que
son pays examinait les preuves que l’Inde lui a présentées
sur l’implication présumée d’éléments pakistanais.
A cause des attentats de Bombay perpétrés du 26 au 29
novembre contre la mégalopole symbole de la puissance
économique indienne, les deux puissances nucléaires d’Asie
du Sud ont de facto gelé leur laborieux processus de paix
réamorcé en janvier 2004. Toutefois, relèvent experts et
diplomates, elles ne peuvent pas, pour l’instant, courir le
risque d’une nouvelle guerre.
Soucieux de calmer la situation tendue entre les deux frères
ennemis le plus vite possible, le secrétaire d’Etat
américain adjoint pour l’Asie du Sud, Richard Boucher, est
arrivé lundi à Islamabad pour évoquer avec les dirigeants
pakistanais les tensions entre leur pays et l’Inde, à la
suite des attentats de Bombay. Lors de ses discussions avec
le président Asif Ali Zardari, le premier ministre Yousuf
Raza Gilani et le ministre des Affaires étrangères Shah
Mehmood Qureshi, M. Boucher a discuté des relations
indo-pakistanaises, très tendues depuis les attentats de
Bombay et a également évoqué la coopération du Pakistan à la
« guerre contre le terrorisme » que mènent les Etats-Unis
dans les zones pakistanaises frontalières de l’Afghanistan,
considérées comme un repaire des rebelles talibans et
d’autres insurgés. Washington accuse régulièrement son allié
pakistanais de ne pas en faire assez contre ces rebelles.
Plusieurs responsables américains, dont la secrétaire d’Etat
Condoleezza Rice et son adjoint John Negroponte, se sont
rendus récemment dans la région pour tenter d’apaiser les
tensions entre les deux pays après les attentats de Bombay.
Maha
Al-Cherbini