Sri Lanka.
L’armée de Colombo a intensifié cette semaine ses frappes
contre les rebelles tamouls pour les neutraliser. Une
mission qui ne semble pas facile malgré les défaites
cuisantes subies par les Tigres ces derniers jours.
Chasse aux Tigres tamouls
Le nouvel an s’annonce très mal pour les rebelles tamouls du
Sri Lanka. L’armée sri-lankaise semble être bien décidée à
faire de 2009 l’année de l’élimination des Tigres de
libération de l’Eelam tamoul (LTTE), au terme de 37 ans de
conflit qui ont fait 70 000 morts. Cette semaine, les
troupes de Colombo se sont emparées pour la première fois de
Kilinochchi, la capitale politique des rebelles, avançant
bien plus vers le nord de la ville pour tenter de reprendre
la Passe des Eléphants, une zone stratégique prise par les
rebelles en avril 2000. Selon le ministère de la défense,
les troupes de Colombo ont également lancé, dimanche, un
assaut final sur le district de Mullaittivu, dernière ville
septentrionale aux mains des insurgés tamouls et qui abrite
les infrastructures militaires des rebelles. « Nous
continuons l’offensive dans la jungle de Mullaittivu où se
cache le chef des Tigres, Velupillai Prabhakaranse. Nous le
pourchasserons jusqu’au bout », a déclaré le général Jagath
Dias.
En effet, la prise de Kilinochchi consacre une offensive
lancée en mars 2007 et couronnée par « un coup de butoir ces
dernières semaines », s’est félicité le chef de l’armée de
terre, le général Sarath Fonseka. « C’est une victoire sans
précédent pour l’ensemble de la nation », a affirmé le
président sri-lankais, Mahinda Rajapakse, qui a espéré
démanteler le « mini-Etat » tamoul, dans le nord du pays, le
plus vite possible. « Pour la dernière fois, je dis aux LTTE
de déposer les armes et de se rendre », a martelé le
président. Sûr des résultats d’une mission qui semble
toutefois « difficile », un officier de l’armée sri-lankaise
a affirmé que l’élimination des Tigres « ne prendra pas plus
d’une année », ajoutant que 1 500 rebelles avaient été tués
depuis mars. Une hypothèse qui semble loin de se concrétiser
puisque malgré ces dernières « défaites », l’épine des
rebelles semble encore loin d’être cassée. Quelques heures
seulement après la prise de leur capitale, un attentat
suicide perpétré par les Tigres a fait deux morts et 36
blessés à Colombo. Samedi également, une forte explosion a
été entendue dans une zone commerciale de la capitale,
Colombo, selon la police. D’autres attentats beaucoup plus
graves sont aussi à attendre les jours à venir, selon les
experts.
Depuis 1972, les Tigres tamouls, hindouistes, luttent pour
l’indépendance du nord et du nord-est du Sri Lanka, un pays
peuplé à 75 % de Cinghalais bouddhistes. Au moins 70 000
personnes ont perdu la vie dans ce conflit, dont des
milliers depuis le regain des violences fin 2005, après
l’élection du président nationaliste Mahinda Rajapakse.
Une épine difficile à casser
Selon les experts, il est encore trop tôt de parler d’une
fin des Tigres car la prise de localités tamoules symboles,
comme Kilinochchi, ne signe pas la fin des rebelles. Mais
elle constitue simplement une défaite cuisante après presque
quatre décennies de conflit séparatiste — la plus longue
guerre en cours en Asie — dans cette île de 20 millions
d’habitants située au sud-est de l’Inde et qui fut colonie
britannique jusqu’en 1948. Reconnaissant avoir perdu
Kilinochchi, les Tigres ont défié samedi le gouvernement, en
affirmant que l’armée est entrée « dans une ville fantôme
car toute l’infrastructure civile et le quartier général des
LTTE se sont déplacés vers le nord-est », ont déclaré les
indépendantistes, ajoutant qu’ils ont perdu le moins
d’hommes possible en défendant leur ville.
En effet, les Tigres tamouls forment l’un des mouvements de
guérilla les plus redoutables et les mieux organisés au
monde et ont, en 37 ans de conflit séparatiste, toujours
déjoué les pronostics annonçant leur anéantissement. La
guérilla, évaluée à 15 000 combattants, est tristement
célèbre pour l’efficacité de ses commandos suicide, les
Tigres noirs, qui multiplient les attentats depuis 1987. «
C’est la seule organisation à avoir assassiné deux chefs de
gouvernement et à avoir formé une branche navale capable de
contrer une marine conventionnelle. Surtout les Tigres sont
tenus responsables de l’assassinat du premier ministre
indien Rajiv Gandhi en mai 1991 pour avoir soutenu le
gouvernement de Colombo à l’époque contre les rebelles »,
expliquent les analystes.
Réalisant bien que la manière forte ne remportera aucun
fruit avec des Tigres assez rudes, la communauté
internationale a opté cette semaine pour la diplomatie.
Samedi, les Etats-Unis et l’Union européenne ont appelé à
l’ouverture d’un dialogue pacifique entre le gouvernement et
les rebelles. « Le gouvernement sri-lankais semble avoir
obtenu une victoire militaire. Mais, nous aimerions voir le
gouvernement et l’opposition entamer des discussions pour
répondre aux questions légitimes posées par les Tamouls », a
déclaré le porte-parole du département d’Etat, Gordon Duguid.
Bien que les LTTE soient considérés comme une organisation
terroriste par les Etats-Unis et l’Union européenne, des
agences onusiennes et des organisations humanitaires
étrangères avaient encore un pied à Kilinochchi jusqu’en
septembre 2008, date de leur retrait sous la pression de
Colombo.
Malgré les appels internationaux au dialogue, il semble que
cette île de 20 millions d’habitants sera toujours en proie
au plus vieux conflit en Asie, où alternent combats et
périodes d’accalmies depuis quatre décennies.
Maha
Al-Cherbini