Al-Ahram Hebdo,Monde | Chasse aux Tigres tamouls
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 Semaine du 7 au 13 janvier 2009, numéro 748

 

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Sri Lanka. L’armée de Colombo a intensifié cette semaine ses frappes contre les rebelles tamouls pour les neutraliser. Une mission qui ne semble pas facile malgré les défaites cuisantes subies par les Tigres ces derniers jours. 

Chasse aux Tigres tamouls 

Le nouvel an s’annonce très mal pour les rebelles tamouls du Sri Lanka. L’armée sri-lankaise semble être bien décidée à faire de 2009 l’année de l’élimination des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), au terme de 37 ans de conflit qui ont fait 70 000 morts. Cette semaine, les troupes de Colombo se sont emparées pour la première fois de Kilinochchi, la capitale politique des rebelles, avançant bien plus vers le nord de la ville pour tenter de reprendre la Passe des Eléphants, une zone stratégique prise par les rebelles en avril 2000. Selon le ministère de la défense, les troupes de Colombo ont également lancé, dimanche, un assaut final sur le district de Mullaittivu, dernière ville septentrionale aux mains des insurgés tamouls et qui abrite les infrastructures militaires des rebelles. « Nous continuons l’offensive dans la jungle de Mullaittivu où se cache le chef des Tigres, Velupillai Prabhakaranse. Nous le pourchasserons jusqu’au bout », a déclaré le général Jagath Dias.

En effet, la prise de Kilinochchi consacre une offensive lancée en mars 2007 et couronnée par « un coup de butoir ces dernières semaines », s’est félicité le chef de l’armée de terre, le général Sarath Fonseka. « C’est une victoire sans précédent pour l’ensemble de la nation », a affirmé le président sri-lankais, Mahinda Rajapakse, qui a espéré démanteler le « mini-Etat » tamoul, dans le nord du pays, le plus vite possible. « Pour la dernière fois, je dis aux LTTE de déposer les armes et de se rendre », a martelé le président. Sûr des résultats d’une mission qui semble toutefois « difficile », un officier de l’armée sri-lankaise a affirmé que l’élimination des Tigres « ne prendra pas plus d’une année », ajoutant que 1 500 rebelles avaient été tués depuis mars. Une hypothèse qui semble loin de se concrétiser puisque malgré ces dernières « défaites », l’épine des rebelles semble encore loin d’être cassée. Quelques heures seulement après la prise de leur capitale, un attentat suicide perpétré par les Tigres a fait deux morts et 36 blessés à Colombo. Samedi également, une forte explosion a été entendue dans une zone commerciale de la capitale, Colombo, selon la police. D’autres attentats beaucoup plus graves sont aussi à attendre les jours à venir, selon les experts.

Depuis 1972, les Tigres tamouls, hindouistes, luttent pour l’indépendance du nord et du nord-est du Sri Lanka, un pays peuplé à 75 % de Cinghalais bouddhistes. Au moins 70 000 personnes ont perdu la vie dans ce conflit, dont des milliers depuis le regain des violences fin 2005, après l’élection du président nationaliste Mahinda Rajapakse.

 

Une épine difficile à casser

Selon les experts, il est encore trop tôt de parler d’une fin des Tigres car la prise de localités tamoules symboles, comme Kilinochchi, ne signe pas la fin des rebelles. Mais elle constitue simplement une défaite cuisante après presque quatre décennies de conflit séparatiste — la plus longue guerre en cours en Asie — dans cette île de 20 millions d’habitants située au sud-est de l’Inde et qui fut colonie britannique jusqu’en 1948. Reconnaissant avoir perdu Kilinochchi, les Tigres ont défié samedi le gouvernement, en affirmant que l’armée est entrée « dans une ville fantôme car toute l’infrastructure civile et le quartier général des LTTE se sont déplacés vers le nord-est », ont déclaré les indépendantistes, ajoutant qu’ils ont perdu le moins d’hommes possible en défendant leur ville.

En effet, les Tigres tamouls forment l’un des mouvements de guérilla les plus redoutables et les mieux organisés au monde et ont, en 37 ans de conflit séparatiste, toujours déjoué les pronostics annonçant leur anéantissement. La guérilla, évaluée à 15 000 combattants, est tristement célèbre pour l’efficacité de ses commandos suicide, les Tigres noirs, qui multiplient les attentats depuis 1987. « C’est la seule organisation à avoir assassiné deux chefs de gouvernement et à avoir formé une branche navale capable de contrer une marine conventionnelle. Surtout les Tigres sont tenus responsables de l’assassinat du premier ministre indien Rajiv Gandhi en mai 1991 pour avoir soutenu le gouvernement de Colombo à l’époque contre les rebelles », expliquent les analystes.

Réalisant bien que la manière forte ne remportera aucun fruit avec des Tigres assez rudes, la communauté internationale a opté cette semaine pour la diplomatie. Samedi, les Etats-Unis et l’Union européenne ont appelé à l’ouverture d’un dialogue pacifique entre le gouvernement et les rebelles. « Le gouvernement sri-lankais semble avoir obtenu une victoire militaire. Mais, nous aimerions voir le gouvernement et l’opposition entamer des discussions pour répondre aux questions légitimes posées par les Tamouls », a déclaré le porte-parole du département d’Etat, Gordon Duguid. Bien que les LTTE soient considérés comme une organisation terroriste par les Etats-Unis et l’Union européenne, des agences onusiennes et des organisations humanitaires étrangères avaient encore un pied à Kilinochchi jusqu’en septembre 2008, date de leur retrait sous la pression de Colombo.

Malgré les appels internationaux au dialogue, il semble que cette île de 20 millions d’habitants sera toujours en proie au plus vieux conflit en Asie, où alternent combats et périodes d’accalmies depuis quatre décennies.

Maha Al-Cherbini

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