Biennale du Caire.
L’Espagne est l’invitée d’honneur de cette 11e édition dont
le thème principal est l’Autre. Une participation qui met en
évidence les grands noms de l’art contemporain aussi bien
que les jeunes favorisant les installations et la vidéo.
L’Autre vu par les Espagnols
L’autre,
cet exotique, cet inconnu est toujours mystérieux. On pense
à lui, on essaye de lui parler, de communiquer avec lui … Un
moyen d’affirmer sa présence. A la Biennale internationale
du Caire, « l’Autre », thème de cette onzième édition,
initie les artistes à s’exprimer. Faut-il penser à l’Autre
comme récepteur ou comme artiste, ou comme étranger ?
Les
artistes espagnols, invités d’honneur de cette édition,
évoquent l’Autre au sens universel. « L’Espagne participe
toujours aux diverses manifestations culturelles organisées
en Egypte : expositions, ateliers de formation, échange
artistique, etc. », dit Ihab Al-Labbane qui était derrière
le choix de l’Espagne comme invitée d’honneur. Il ajoute : «
On a voulu révéler au public cairote les différents artistes
espagnols ainsi que les récentes tendances d’art
contemporain répandues dans ce pays. Un atelier de média et
de vidéo fut aussi tenu par les artistes au début de la
biennale afin d’initier les jeunes Egyptiens à mieux
approcher ces techniques ».
A
l’entrée du Palais des arts, des journaux, une théière, un
miroir, une chaise, une table, etc. Tous sont suspendus. Il
s’agit d’une large installation signée Pamen Preira et
intitulée « Les miroirs réflecteurs ». L’artiste récupère
des éléments de la vie quotidienne et monte tout un projet
que l’artiste appelle « l’énergie unificatrice ». Les
meubles et la vaisselle suspendus dégagent une énergie
latente. A travers le miroir et la vaisselle en acier, on
voit l’image de l’Autre qui se reflète. Une certaine
nostalgie de la vie sereine et de la maison au sens propre
se fait ressentir, pense-t-on à l’autre ou à soi-même ?
L’artiste Bernardi Roig utilise plusieurs supports dans son
œuvre « La lumière de l’obscurité ». De grands tableaux pour
des silhouettes en noir devant des femmes en habits
aristocratiques du Moyen-Age. Ensuite, on passe à une vidéo
où deux hommes chauves en blanc se disputent. D’un autre
côté, une statue en blanc regarde curieusement par un trou
lumineux. Une quatrième statue est entourée de lampes
fluorescentes, comme si elle était enchaînée.
Face à
toutes ces lumières, ces technologies, le blanc devient un
signe d’un certain aveuglement. L’homme est si fragile face
aux conflits, aux technologies et aux mystères … Il a perdu
une partie de son humanité : la perspicacité et la
clairvoyance. Il devient simplement un Autre, une silhouette
qui n’a rien à voir avec l’homme d’autrefois. Le contraste
est bien clair à travers les toiles.
Les
photos d’Ouka Leele nous transmettent une ambiance du passé,
un jeu de contraste. C’est l’Autre en photographie. Ce jeu
est de mise à travers un autoportrait de la photographe
derrière sa caméra et des mains masculines l’entourant. Sur
une autre photo, des modèles posent dans la nature, un air
familial du passé s’oppose à la sobriété et la sécheresse
des arbres.
Loin de
ces grands artistes d’Espagne, au centre Al-Guézira des
arts, l’Autre prend une dimension plus individuelle et
intime ; il devient très médiatisé. « Résultant d’un
atelier, tenu en novembre dernier au centre Al-Guézira,
regroupant des jeunes Egyptiens et Espagnols, on a fait une
sélection parmi les artistes pour participer à une
exposition se déroulant pendant la biennale », ajoute Al-Labbane.
Avec cinq jeunes artistes d’Espagne, l’Autre se manifeste
par des jeux vidéo.
La femme
musulmane est pour Anja Krakowski un Autre porteur de
clichés et de stéréotypes. Elle se résume par son voile.
Faisant une recherche aléatoire sur Internet, elle reproduit
les photos, les discours de ces femmes. Ainsi,
présente-t-elle une installation en plastique, soit un
chemin de fer et un wagon où elle place les enregistrements
nécessaires et mêle les propos arabes et espagnols à ce
sujet.
La femme
est toujours omniprésente. Les vidéos d’Olga Diego et
Eugenia Funes représentent la femme comme une victime de la
violence, de la persécution et des préjugés.
Quant à
Teresa Lanceta, sa vidéo représente des cadres et des
séquences successives de tapisserie manuelle, un travail
effectué aussi par une femme.
Cayetano
Ferrandez traduit dans sa vidéo le slogan répandu de la
gauche « La liberté ou la mort » à travers un corps attaché
par une corde. Avec le mouvement de la cordsae, le corps
bouge afin de retrouver sa liberté. Dès que la corde
suspendue tombe par terre, le corps devient inerte. Une idée
simple et touchante.
May
Sélim