Al-Ahram Hebdo,Arts | Communiquer par le regard
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 Semaine du 7 au 13 janvier 2009, numéro 748

 

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Arts

Exposition. Dans la troisième exposition à l’occasion de ses 70 ans, où transparence et intensité interfèrent, Adli Rizkallah scande un hymne à l’amour et à la vie.

Communiquer par le regard

Pour fêter ses 70 ans, Adli Rizkallah a choisi le partage et la communication. A travers une originale, longue et continue rétrospective, il expose dans 8 galeries à la suite ses œuvres, en choisissant au gré de sa fantaisie pour chacune de ses expositions une série d’œuvres d’une période donnée. Il communique ainsi avec son public et livre à chaque fois une partie de son être et de son parcours artistique. Car pour ce peintre, la vraie communication passe avant tout à travers l’art. Dans ses multiples aquarelles, qui remontent à des périodes anciennes ou contemporaines, il se montre sous différents aspects, gardant à chaque fois une partie de lui-même pour la prochaine exposition. Mais en vérité, on n’a jamais fini de le connaître et il restera toujours une partie cachée de lui-même qu’il ne nous livrera pas et qu’on essayera de deviner dans les détours de ses touches de pinceaux fines et intenses à la fois qui forment ses compositions, d’une simplicité sans pareille qui décèlent les profondeurs et la complexité d’un peintre qui scande indéfiniment un hymne à la vie.

Dans l’exposition de la galerie Cordoba, la troisième de ce périple sur les chemins sinueux de l’art, les aquarelles de Rizkallah chantent à l’unisson cet amour intense de la vie, même s’il est quelquefois grave et émouvant, comme pour ces aquarelles qui montrent des groupements d’êtres humains parsemés et confondus aux palmiers de la Haute-Egypte, dont le peintre est originaire et qui l’a scellé à tout jamais. D’ailleurs, trois des expositions de ces festivités auront pour emplacement la Haute-Egypte, l’une à Tahta, ville de Tahtaoui, grand homme des lumières et ensuite à Louqsor et Assouan, comme une recherche et une reconnaissance des temps anciens. Mais sont-ils vraiment anciens ? Ces pleureuses pharaoniques, dont les traits sont émoussés et les corps planent dans l’espace en dehors des temps, sont profondément ancrées dans notre actualité. Fresques d’un temple pharaonique, hommage à Chadi Abdel-Salam, réalisateur de La Momie, le plus beau film du cinéma égyptien, ou encore femmes du sud de l’Egypte des temps modernes, fragiles et solides à la fois, les aquarelles de cette série dans leurs formes légères chantent la nature et l’être humain. Sous des couleurs versant dans le mauve et le lilas ou dans la couleur de la terre aride et rêche, avec des touches de vert qui éclairent le monde, les femmes de Adli Rizkallah défient les temps.

Car c’est de la femme qu’il en est question toujours et partout. A l’entrée de l’exposition, une aquarelle montre une pyramide, symbole récurrent chez Rizkallah, qui cache dans ses profondeurs des formes féminines et une autre le portrait d’une femme nue, donnent le ton de cette exposition, où l’on parle d’amour dans l’absolu et de la vitalité de la femme comme source incontournable de toute civilisation et de toute naissance. Dans la série des pyramides, petites ou grandes, envoûtantes et mystérieuses, on n’en finit pas de communiquer avec l’au-delà, en partant à la recherche des sens cachés dans l’espoir d’une renaissance continue du monde. Dans les pyramides de Rizkallah, symbole incontournable d’un rêve d’éternité des hommes, des formes se meuvent à l’intérieur. On croit y deviner le corps d’une femme, la fleur d’une fertilité potentielle, d’un je ne sais quoi sur le point de poindre. Petites et sinueuses, extrêmement fragiles, les formes élaborées et complexes ressortent comme autant de miniatures qu’on peut contempler dans leur individualité, en dehors de leur contexte. Lumineuses et sensuelles, elles épousent les formes diaphanes des pyramides qui n’ont rien à voir de puissant ou d’imposant.

Plus loin, ces mêmes formes se métamorphoseront en femmes nues. Elles s’élancent alors sans visages, en dehors des pyramides, comme des êtres à part entière, dont la féminité va conquérir le monde. Elles ne sont pas spécialement des symboles érotiques, mais plutôt des femmes jouissant d’une féminité qu’elles savent captivante et incontournable. A travers le regard du peintre et du partage, comme pour les êtres humains, elles s’accomplissent et se définissent. Dans des lignes sobres, Adli Rizkallah les peint de manière hachée, laissant au non-dit une partie importante. On ne sait pas qui elles sont, ni d’où elles viennent. Elles sont les formes éternelles du désir qui les modèle. Désir du peintre et désir des hommes à travers l’amour pour vaincre l’impossible.

Un impossible qui pourrait néanmoins être apprivoisé tout simplement à travers la senteur d’une fleur mythique et réelle à la fois. Dans leurs petits cadres, les fleurs et les végétaux de Adli Rizkallah, dans des formes fines et dansantes, se tiennent. Dans cette exposition où la nature est continuellement présente dans son infinie délicatesse, elle semble capable modestement de métamorphoser le monde, ou du moins de métamorphoser notre regard sur le monde. Message du peintre qui, sans grand débat, essaye de retrouver l’essence des choses. Adli Rizkallah avec une simplicité prodigieuse, nous accompagne à travers l’histoire et le temps, afin de retrouver la transparence de notre regard.

Soheir Fahmi

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A la galerie Cordoba, jusqu’au 15 janvier, de 10h à 22h (sauf le vendredi). 3 a, rue Dégla, bifurcation de la rue Gameat al-dowal al-arabiya, Mohandessine.

Tél. : 012 110 46 99

www.adlirizkallah.com

contact@adlirizkallah.com

 




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