Exposition.
Dans la troisième exposition à l’occasion de ses 70 ans, où
transparence et intensité interfèrent, Adli Rizkallah scande
un hymne à l’amour et à la vie.
Communiquer par le regard
Pour
fêter ses 70 ans, Adli Rizkallah a choisi le partage et la
communication. A travers une originale, longue et continue
rétrospective, il expose dans 8 galeries à la suite ses
œuvres, en choisissant au gré de sa fantaisie pour chacune
de ses expositions une série d’œuvres d’une période donnée.
Il communique ainsi avec son public et livre à chaque fois
une partie de son être et de son parcours artistique. Car
pour ce peintre, la vraie communication passe avant tout à
travers l’art. Dans ses multiples aquarelles, qui remontent
à des périodes anciennes ou contemporaines, il se montre
sous différents aspects, gardant à chaque fois une partie de
lui-même pour la prochaine exposition. Mais en vérité, on
n’a jamais fini de le connaître et il restera toujours une
partie cachée de lui-même qu’il ne nous livrera pas et qu’on
essayera de deviner dans les détours de ses touches de
pinceaux fines et intenses à la fois qui forment ses
compositions, d’une simplicité sans pareille qui décèlent
les profondeurs et la complexité d’un peintre qui scande
indéfiniment un hymne à la vie.
Dans l’exposition de la galerie Cordoba, la troisième de ce
périple sur les chemins sinueux de l’art, les aquarelles de
Rizkallah chantent à l’unisson cet amour intense de la vie,
même s’il est quelquefois grave et émouvant, comme pour ces
aquarelles qui montrent des groupements d’êtres humains
parsemés et confondus aux palmiers de la Haute-Egypte, dont
le peintre est originaire et qui l’a scellé à tout jamais.
D’ailleurs, trois des expositions de ces festivités auront
pour emplacement la Haute-Egypte, l’une à Tahta, ville de
Tahtaoui, grand homme des lumières et ensuite à Louqsor et
Assouan, comme une recherche et une reconnaissance des temps
anciens. Mais sont-ils vraiment anciens ? Ces pleureuses
pharaoniques, dont les traits sont émoussés et les corps
planent dans l’espace en dehors des temps, sont profondément
ancrées dans notre actualité. Fresques d’un temple
pharaonique, hommage à Chadi Abdel-Salam, réalisateur de La
Momie, le plus beau film du cinéma égyptien, ou encore
femmes du sud de l’Egypte des temps modernes, fragiles et
solides à la fois, les aquarelles de cette série dans leurs
formes légères chantent la nature et l’être humain. Sous des
couleurs versant dans le mauve et le lilas ou dans la
couleur de la terre aride et rêche, avec des touches de vert
qui éclairent le monde, les femmes de Adli Rizkallah défient
les temps.
Car c’est de la femme qu’il en est question toujours et
partout. A l’entrée de l’exposition, une aquarelle montre
une pyramide, symbole récurrent chez Rizkallah, qui cache
dans ses profondeurs des formes féminines et une autre le
portrait d’une femme nue, donnent le ton de cette
exposition, où l’on parle d’amour dans l’absolu et de la
vitalité de la femme comme source incontournable de toute
civilisation et de toute naissance. Dans la série des
pyramides, petites ou grandes, envoûtantes et mystérieuses,
on n’en finit pas de communiquer avec l’au-delà, en partant
à la recherche des sens cachés dans l’espoir d’une
renaissance continue du monde. Dans les pyramides de
Rizkallah, symbole incontournable d’un rêve d’éternité des
hommes, des formes se meuvent à l’intérieur. On croit y
deviner le corps d’une femme, la fleur d’une fertilité
potentielle, d’un je ne sais quoi sur le point de poindre.
Petites et sinueuses, extrêmement fragiles, les formes
élaborées et complexes ressortent comme autant de miniatures
qu’on peut contempler dans leur individualité, en dehors de
leur contexte. Lumineuses et sensuelles, elles épousent les
formes diaphanes des pyramides qui n’ont rien à voir de
puissant ou d’imposant.
Plus loin, ces mêmes formes se métamorphoseront en femmes
nues. Elles s’élancent alors sans visages, en dehors des
pyramides, comme des êtres à part entière, dont la féminité
va conquérir le monde. Elles ne sont pas spécialement des
symboles érotiques, mais plutôt des femmes jouissant d’une
féminité qu’elles savent captivante et incontournable. A
travers le regard du peintre et du partage, comme pour les
êtres humains, elles s’accomplissent et se définissent. Dans
des lignes sobres, Adli Rizkallah les peint de manière
hachée, laissant au non-dit une partie importante. On ne
sait pas qui elles sont, ni d’où elles viennent. Elles sont
les formes éternelles du désir qui les modèle. Désir du
peintre et désir des hommes à travers l’amour pour vaincre
l’impossible.
Un impossible qui pourrait néanmoins être apprivoisé tout
simplement à travers la senteur d’une fleur mythique et
réelle à la fois. Dans leurs petits cadres, les fleurs et
les végétaux de Adli Rizkallah, dans des formes fines et
dansantes, se tiennent. Dans cette exposition où la nature
est continuellement présente dans son infinie délicatesse,
elle semble capable modestement de métamorphoser le monde,
ou du moins de métamorphoser notre regard sur le monde.
Message du peintre qui, sans grand débat, essaye de
retrouver l’essence des choses. Adli Rizkallah avec une
simplicité prodigieuse, nous accompagne à travers l’histoire
et le temps, afin de retrouver la transparence de notre
regard.
Soheir Fahmi