Chanson.
Après 3 ans d’absence, le chanteur Ali Al-Haggar fait son
come-back. Il vient de lancer son nouvel album, Hawwa wa
Adam (Eve et Adam).
Al-Haggar fait peau neuve
Ali
Al-Haggar appartient à ce genre de chanteurs réputés pour
leur style purement oriental. Tout de même, il prend le
risque de changer de peau pour suivre les changements de
rythmes et de goûts.
L’album Hawwa wa Adam (Eve et Adam) s’inscrit dans cette
lignée. Douze titres regroupant les grands noms de musiciens
et paroliers.
Dès la première chanson, Qalb al-habib (le cœur du
bien-aimé), Ali Al-Haggar nous surprend. Une chanson au
rythme dansant, plus ou moins rapide, étrange pour le
chanteur. Composée par Chérif Tag et arrangée par Adnane
Al-Chami, elle penche vers le pop.
Deux
noms, ayant participé à cet album, sont à retenir : Ammar
Al-Chéreï, qui a composé la chanson, prêtant son titre à
tout l’album, Eve et Adam, et la chanson Enti teleatili
ménein (d’où sors-tu ?), dont les paroles sont signées par
Sayed Higab. Deux chansons qui ne sont pourtant pas à la
hauteur des anciens succès du tandem. Il y a également le
nom de Nabil Khalaf qui a signé les paroles de six chansons
de l’album. Les paroles se distinguent par leur simplicité,
ainsi que par leur convenance au chant d’Al-Haggar, basé
essentiellement sur l’émotion.
Mélodique avant tout, l’album tire sa particularité des
expérimentations des rythmes et du savoureux mélange de pop
avec des airs orientaux, mais surtout de ses belles paroles.
La
musique est donc variée, mais reste toujours apte à créer un
ensemble non bancal, comme un livre, un recueil de poésie.
Elle s’appuie sur cette simplicité naturelle du chanteur,
visant à créer un univers complètement serein, chaleureux et
romantique.
L’album
est donc partagé entre textes sérieux et morceaux plus
dansants. L’innovation se présente sous différents aspects :
on passe d’une guitare à quelques notes de piano, de
saxophone et de violon pour ensuite s’attaquer à des
sonorités plus ou moins jazzy ou folk.
Mais,
pour les nostalgiques de ses airs sentimentaux, il faut
attendre jusqu’à la sixième chanson de l’album, Alachan
bakhaf (parce que j’ai peur), pour trouver leur bonheur. Une
merveilleuse perle, ou plutôt la cerise qui caractérise le
gâteau! C’est à partir de cette chanson qu’on peut retrouver
le goût et le style caractéristiques d’Al-Haggar.
Evidemment, la douceur, la vigueur et le charme habituels de
la voix sont toujours présents, également dans Al-qalb
taaban (le cœur souffre), écrite par Nasser Rachwan et
composée par Amir Abdel-Méguid, et dans Dafa al-ahzan (chaleur
des chagrins), écrite par Achraf Amer et mise en musique par
Ahmad Al-Haggar, chanteur, compositeur et frère aîné de Ali.
Machghoul begheirek (épris d’une autre) n’est pas sans
rappeler la force de la voix d’Al-Haggar qui demeure l’une
des plus sensibles et des plus mûres.
Al-Haggar
nous parle, nous séduit, nous distrait, nous envoûte.
Joviale ou plus mélancolique, sa voix semble communiquer
toujours un message positif, l’espoir d’un chanteur sincère.
Mais
l’autre perle rare de cet album est peut-être cette
reprise de sa toute première chanson single, dont la musique
lui a été offerte par le grand compositeur, feu Baligh Hamdi
dans les années 1980 : Ala ad ma habbeina (autant qu’on a
aimé) ; une vraie délectation, écrite par Salah Jahine ! Il
reprend l’ancien succès de la chanson en lui imprégnant un
rythme plus moderne. Il suffit d’écouter cet opus avec le
nouvel arrangement d’Achraf Mahrous, pour savoir d’emblée
que l’on a affaire à l’une des chansons qui défient le
temps. Pratiquement immortelle.
Une
autre grande réussite de cet album, c’est de ne pas donner
l’impression d’être hybride ou métissé, même s’il l’est
quelque part. Peut-être parce que Ali Al-Haggar porte les
chansons en lui comme une seconde peau. Et l’harmonie de ce
disque est telle qu’on en arrive à oublier que la chanson de
Jahine ou celle de Fouad Haddad, Al-Arousa, ont été écrites
à plus de 20 ans d’intervalle.
Finalement, voguant allègrement d’un genre musical à un
autre, cet album provoque une adhésion inévitable de la part
de l’auditeur, qui se voit ainsi transporté dans divers
mondes remplis d’exotisme mêlé à beaucoup d’authenticité.
C’est ce qui a caractérisé plus de 25 ans de carrière.
Yasser Moheb