Al-Ahram Hebdo, Arts | A l’école, rien ne va !
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 7 au 13 janvier 2009, numéro 748

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Arts

Cinéma. Dans la comédie Ramadan Mabrouk Aboul-Alamein Hammouda de Waël Ihsane, Héneidi fait une critique des aberrations du système éducatif.

A l’école, rien ne va !

Le film interroge un des principaux espaces où se joue la question de la formation des générations à venir, l’école. Il le fait avec des moyens de cinéma, notamment grâce au trajet accompli par et avec Mohamed Héneidi, protagoniste de la situation réelle qui inspire le film. Ramadan (Héneidi), professeur de langue arabe dans un lycée de la campagne, fonce avec son vélo vers le début de l’année scolaire. Il y a dans cette étonnante composition de spontanéité et de maîtrise, de proximité et de retenue, un équilibre contrôlé entre l’objectif et le subjectif. Les quatre côtés du cadre serrent la figure de notre héros, excluant toute autre chose. Manière d’affirmer que le film n’acceptera pas la moindre intrusion, notamment idéologique. Et par la même occasion qu’il serait question de porter au jour la psychologie du professeur. Il renvoie le proviseur et les autres professeurs à leur faiblesse et leur opportunisme, qui leur font accepter les cadeaux et les dons des parents d’élèves en échange de privilèges accordés à ceux-ci.

On a l’impression que Ramadan détient un projet imbattable, celui d’apprendre sans failles une langue arabe correcte à ses élèves. Pour son fonctionnement, il a dû chausser des lunettes imposantes et tenir un bâton en caoutchouc pour intimider les réticents. Il fallait au moins cela pour se risquer à chercher entre les murs de l’école le double de la société, la preuve de son échec, ou le rêve d’une alternative. Car l’école est le thème des thèmes. c’est à la fois le lieu public par excellence, le premier que l’on rencontre dans nos vies.

Dès les premiers plans, fonctionne le projet infernal du professeur d’arabe. Le premier cours travaille déjà comme on dit l’autoportrait. Les élèves transis de peur sous le claquement du bâton du prof apprennent bon gré mal gré la poésie arabe classique. Pour Ramadan, celle-ci mérite qu’on s’y penche pour maîtriser la langue et surtout la grammaire. Paradoxalement, dans les écoles privées et modernes de la capitale, les parents d’élèves, hauts fonctionnaires ou appartenant à l’élite, vaquent à leurs loisirs, désertant l’enseignement. C’est l’occasion pour le film de faire la caricature des instituteurs de ces écoles incapables d’assurer leur fonction. La prestation de Farid (Edouard) l’atteste. Il attend on ne sait quel miracle pour accéder à sa classe.

Grâce à la comparaison ente les écoles situées dans la campagne et celles des villes, le film gagne en termes de modulation d’allure, de vitesse et d’accents. Cette façon de disparaître avec un registre et de réapparaître plus loin avec d’autres personnages, un autre contexte, permet de contrebalancer le vitalisme de Ramadan sur son terrain : la parole, la discussion, la dispute. Un élément perturbateur de sa classe, Ramzi, le fils du ministre de l’Education, est expédié par son père à l’école de Ramadan pour apprendre la discipline. Ce dernier a sa méthode, et le film ne cesse de lui donner raison. Il part de ce qui désintéresse Ramzi, parler l’arabe, pour le faire revenir à son programme de langue arabe. Il est confirmé dans son optimiste bon sens et alors promu et muté en ville. Le changement de registre permet à Ramadan de faire une autocritique.

Le cinéaste profite des disputes entre le prof Ramadan et ses nouveaux élèves pour enregistrer la naissance d’un espace ouvert par les oppositions dialectiques, matérielles entre professeur et élèves. Ramadan est confronté à l’univers ludique des étudiants, habité par les idoles de la chanson, les loisirs, l’insouciance. Ces éléments exercent sur lui à la fois un attrait et une pression, qui s’opposent à lui presque physiquement. Les élèves sont épris d’une star de la chanson, Naglaa (Sérine Abdel-Nour), et s’échangent ses photos séduisantes qui les détournent de leurs études. N’oublions pas que l’exposition d’une pédagogie est au centre du travail de Ramadan. Il met au point des stratégies pour contrecarrer l’échec scolaire et éliminer les tentations de l’univers extérieur à l’école. Une aventure s’esquisse. Il essaye d’écarter la chanteuse Naglaa de l’imaginaire de ses élèves. Mais il succombe à son charme, et se mêle au ballet des amours jeunes et est laissé dans l’isolement de ses résolutions. Ce repli donne à tout davantage de relief. Une sorte de tempérance, de juste milieu œuvre ici. Non qu’il en soit fait l’éloge de la manière dont Ramadan met en veilleuse certaines règles, habitudes et discipline qui agaçaient ses élèves, mais qu’il était nécessaire de trouver un équilibre entre l’impétuosité de la discipline et des enjeux plus terre à terre. Il semble tourner en rond et cela creuse en lui une gravité qui vient rehausser son jeu avec brio. Architecte d’un néo-burlesque, critique du monde éducatif, il fait prévaloir largement la ligne pédagogique sur le comique de la situation.

Le film soutient le paradoxe voulant que l’apparent éparpillement, la déroute et le délai posé entre une situation et sa résolution laissent une impression de resserrement du romanesque. Ramadan gagne en simplicité ce qu’il perd en afféteries. Le changement de registre profite à sa façon de réembrayer en douceur sur ce qui lui apporte beaucoup : l’altruisme et la bienveillance vis-à-vis de ses élèves dont il veut construire un avenir sûr et solide. C’est exactement là que s’inscrit sa mission. Plutôt que de proposer, inventer un programme d’enseignement pour des millions d’étudiants, le cinéma invite à réfléchir sur la réelle tâche de l’enseignant. C’est peut-être là sa méthode de cinéma citoyen.

Amina Hassan

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.