Ghana. Dans le
calme, l’opposition a remporté les élections présidentielles et les
législatives, mettant fin à huit ans de pouvoir du président sortant John
Kufuor.
Un exemple à suivre
Avec à
peine un demi-point de pourcentage, l’opposant John Atta-Mills, 64 ans, a été
proclamé vainqueur de la présidentielle au Ghana, samedi dernier. Peu après sa
victoire, il a tendu la main à son adversaire, qui a reconnu sa défaite et
appelé à l’unité de la nation. Ce vote met fin à huit ans de pouvoir du Nouveau
Parti Patriotique (NPP) et consacre le Congrès national démocratique (NDC), qui
avait déjà fait basculer la majorité du Parlement en sa faveur lors des
législatives du 7 décembre 2008. Ainsi, la nation d’Afrique de l’Ouest de 23,5
millions d’habitants sera désormais dirigée par le NDC. Par ailleurs, John
Atta-Mills a obtenu 50,23 % des suffrages contre 49,77 % à Nana Akufo-Addo,
selon les résultats officiels.
Déjà,
il a annoncé qu’il œuvrerait pour l’unité du son pays. « Je veux assurer aux
Ghanéens que je serai un président pour tous. Il n’y aura pas de
discrimination. L’élection est terminée, nous avons désormais un Ghana »,
a-t-il lancé en appelant son adversaire Nana Akufo-Addo « de travailler
ensemble pour construire un Ghana meilleur pour tous ». Les enjeux étaient de
taille dans cette course à la présidentielle car du pétrole a récemment été
découvert dans ce pays.
En
première réaction, Akufo-Addo a affirmé que « Le professeur Mills et moi-même
avons l’obligation de générer une continuité et un consensus et je m’engage à
jouer le rôle qui m’incombe. Notre nation est à la croisée des chemins et nous
devons travailler ensemble pour la construire dans la paix », a-t-il déclaré. De
sa part, Nana Akufo-Addo, un juriste âgé de 64 ans, avait remporté le premier
tour de la présidentielle le 7 décembre, mais sans obtenir de majorité absolue.
« La victoire de l’opposition est une victoire pour la démocratie », s’est
exclamé Sekou Nkrumah, membre du NDC et fils du premier président Kwame
Nkrumah, père de l’indépendance ghanéenne en 1957. « Après huit ans
d’égarement, le NDC est de retour pour construire un meilleur Ghana », a-t-il
déclaré. Le NDC avait aussi gouverné pendant huit ans avant l’arrivée au
pouvoir en 2000 de John Kufuor. Ce dernier a appelé au calme et au respect des
résultats finaux quels qu’ils soient plusieurs fois au cours de la campagne
électorale et au cours des élections.
En
effet, les deux partis, qui étaient en lice, ont chacun fait état
d’irrégularités dans les bastions adverses lors des opérations de vote du
second tour. Mais samedi, le président de la commission électorale a déclaré
que celle-ci n’avait « pas estimé que les preuves fournies étaient suffisantes
pour invalider les résultats ». En revanche, Theodore Dzeble, porte-parole de
la Coalition d’observateurs des élections (CODEO, 34 organisations), a tempéré
ces déclarations en estimant que tous les partis ont accepté les résultats
définitifs. En effet, le Ghana a été loué pour la tenue de cette élection qui
s’est déroulée dans le calme et l’ordre, selon de nombreux observateurs. A
l’issue du scrutin globalement perçu comme exemplaire à l’échelle de l’Afrique,
où les élections sont souvent marquées par des violences. En effet, l’année
2008 notamment marquée par des violences post-électorales au Kenya, au Zimbabwe
et la crise gouvernementale au Côte d’Ivoire, le Ghana montre que l’Afrique
peut aussi se révéler capable d’une alternance pacifique. « La victoire de John
Atta-Mills et la conduite du peuple ghanéen sont un exemple rare de démocratie
à l’œuvre en Afrique », a ainsi estimé le premier ministre kényan, Raila
Odinga, dans un communiqué. Le Kenya a été secoué par des violences
post-électorales qui ont fait plus de 1 500 morts après la présidentielle de
décembre 2007, avant la signature d’un accord de partage du pouvoir.
Une
autre exception en Afrique. Le président sortant John Kufuor, 70 ans, passera
le pouvoir à son successeur au terme de deux mandats de quatre ans, la limite
constitutionnelle, sans jamais avoir cherché à s’accrocher au pouvoir. A cet
égard, les dirigeants africains et occidentaux ont félicité le Ghana pour le
déroulement de son élection présidentielle, qui tranche avec les violences et
les malversations, souvent observées lors des scrutins sur le continent noir.
Maha Salem