Gaza.
C’est juste un répit qui est obtenu après trois semaines de
destruction israélienne. Y a-t-il eu vainqueur et vaincu ?
Impossible de l’établir, et un règlement durable reste
toujours hors de portée.
L’onde de choc
Il
a fallu à Israël 22 jours, provoquer la mort de 1 300
personnes et faire 5 300 blessés pour stopper son « Plomb
durci » à Gaza. Mais avec ces dommages, en majorité dans les
rangs des civils, ou ces destructions considérables de
l’infrastructure gazaouie, d’autres dégâts ne tarderont pas
à surgir. Beaucoup de protagonistes récolteront les
conséquences de ces jours et nuits terrifiants qu’ont vécus
les Palestiniens. Parce que sans faire état d’un
épouvantable pessimisme, tout le monde semble perdant. Il
faudrait peut-être laisser à l’Histoire cette mission de
juger, mais des résultats au moins sur le court terme se
profilent déjà.
Le premier fait évident avec un peu de calcul révèle que
depuis 1948, c’est-à-dire depuis la création même de l’Etat
d’Israël, celui-ci fait la guerre aux Arabes en moyenne tous
les 6 ans et demi, sans savoir à quoi cela mène si ce n’est
que davantage de complications et de haine.
Pour cette guerre contre Gaza, Israël se dit vainqueur. Si
l’on s’attache aux faits militaires, c’est le conflit où
Israël a enregistré le moins de dégâts, et le front
intérieur est resté uni derrière les chefs de guerre.
Ceux-ci l’avaient mené sous le titre « Changer la réalité à
Gaza ». Un titre qui s’est avéré assez large et flou pour
être fixé comme objectif à l’armée. Au lieu de battre à
plate couture le Hamas, comme cela était supposé, les
Israéliens ont alors annoncé qu’ils visaient « à arrêter les
tirs de roquettes palestiniennes sur leurs villes ». A ce
jour, et sauf ces destructions massives à Gaza, rien ne
prouve qu’une telle mission a été menée à bien. Jusqu’à
l’annonce par les factions palestiniennes d’une trêve d’une
semaine dans les opérations, des roquettes Qassam visaient
encore les territoires israéliens.
En fin de compte, l’armée israélienne a évité d’entrer en
profondeur dans la bande de Gaza et a attendu une sorte de
compromis, indirect avec le Hamas pour arrêter son
opération. Diplomatiquement, si ceci se définit comme
victoire, Israël a peut-être réussi à rallier une bonne
partie de la communauté internationale derrière sa cause. Il
n’est pas question ici de Washington, classiquement et
aveuglement loyal à Tel-Aviv, même si « l’accord offert de
très bon gré de Rice à Livni sur la lutte contre la
contrebande d’armes est certainement un point en faveur des
Israéliens », explique le spécialiste des affaires
israéliennes Emad Gad.
Par communauté internationale, on parle notamment d’une
Europe qui se disait objective (lire encadré page 4). « Une
Europe qui s’est montrée peu révoltée par l’action militaire
israélienne, si l’on compare avec la réaction européenne
lors la guerre au Liban en 2006 », explique Azmi Bechara,
ancien député israélien à la Knesset. Un comportement
traduisant moins une incompétence qu’une obsession
sécuritaire des Européens et qui nuira certes à leurs
efforts de conquérir la confiance des Arabes.
Israël veut soigner son image
Ce
repli européen n’a pourtant pas empêché Israël de paraître
une fois de plus comme un Etat colonial et sans cesse
brutal. Une dégradation de son image qui l’a poussé à lancer
une sorte d’« attaque » propagandiste pour la réparer. Six
ministres israéliens se rendront ainsi dans différentes
capitales européennes et devraient intervenir sur les télés
publiques. Le ministre de l’Intérieur, qui en fait partie,
affirme dans le Yediot Aharonot : « Je ne comprends pas
pourquoi le monde fait la leçon contre l’opération
israélienne. Personne ne devrait se plaindre à nous de la
destruction de Gaza (...) Ce n’est pas nous qui avons initié
cela. L’Europe et l’Otan l’ont fait au Kosovo, les
Américains l’ont fait à Fallujah ».
Cette performance jugée ternie sur la scène diplomatique,
c’est apparemment Tzipi Livni qui en assumera les
conséquences. Car elle a échoué à convaincre l’allié
américain d’opposer son veto à une résolution du Conseil de
sécurité demandant un arrêt immédiat de la guerre. C’est un
coup sévère au parti Kadima, estiment les analystes. Et du
coup, le grand bénéficiaire est le Travailliste Ehud Barak
qui était en chute libre dans les sondages. L’ex-premier
ministre du Likoud, Benyamin Netanyahu, reste pourtant le
favori des sondages à l’approche des élections.
Chez les Palestiniens, les pertes ne sont pas moins graves.
Abou-Mazen, le président palestinien, est l’un de ces grands
perdants. Il est apparu comme incapable de représenter et de
protéger son peuple contre cette guerre. De la Cisjordanie
où il siège, il a ordonné aux forces de sécurité de contenir
les rassemblements pro-Gaza. Il a encore rejeté l’idée de
cesser la coopération sur la sécurité avec Israël ou de
suspendre les pourparlers de paix, déjà en panne.
Il est d’autant plus affaibli qu’une controverse sur
l’expiration de son mandat a éclaté en pleine offensive
israélienne. Sa survie politique reste ainsi tributaire de
la formation d’un gouvernement d’union nationale avec le
Hamas. Une réconciliation interpalestinienne serait ainsi
rapidement mise en marche sous médiation égyptienne,
estiment les observateurs. Sauf si l’improbable scénario
d’une destruction totale du Hamas se confirme après le
retrait des troupes israéliennes. Parce qu’en dépit de ce «
Plomb durci », peu d’indices confirment un affaiblissement
radical du mouvement palestinien. Tout comme le Hezbollah au
Liban, le Hamas est un parti politique qui dispose d’une
assise populaire importante. Emad Gad affirme pourtant que
le Hamas « a enregistré des pertes énormes en dépit du
discours de victoire lancés par ses chefs ». Gad évoque même
une division au sein du mouvement entre « les radicaux et
les moins radicaux ». Une division qui, estime-t-il,
affaiblirait le mouvement et encouragerait d’autres factions
à l’évincer. L’éclatement de nouveaux affrontements
interpalestiniens en serait une conséquence. « Les choses
tourneront autrement au cas où le Hamas se relèverait de
cette frappe en reprenant le contrôle de la situation et en
mettant en marche les institutions », précise Gad. Le numéro
deux du Hamas, Moussa Abou-Marzouq, affirme ainsi que « le
mouvement est en bon état aussi bien que ses dirigeants et
ses membres et encore plus sa volonté ». Ramadan Cheleh,
dirigeant du Djihad, affirme pourtant que la résistance «
reste en faveur du maintien du Hamas au pouvoir ».
L’Egypte en action
La plus importante onde de choc dans ce cas serait à
destination de l’Egypte. Son initiative avait subi un coup
dur, avec l’annonce d’un cessez-le-feu unilatéral du côté
israélien. C’est pourquoi à partir de demain, les Egyptiens
accueillent des Palestiniens et des Israéliens pour éviter
un nouvel éclatement, au moins dans un futur proche, et pour
œuvrer aussi à une reprise des pourparlers de paix. La paix,
elle aussi, est une importante perdante dans cette guerre et
si elle n’est pas sauvée, c’est toute la stabilité de la
région qui est en danger. Israël vient de confirmer une fois
de plus qu’il n’est pas un partisan de la paix. Il n’a pas
voulu le faire avec les nationalistes laïques, ni avec
Arafat neutralisé et encore moins avec le Hamas. Sinon
comment expliquer que pendant les 6 mois de trêve décrétée
entre les factions palestiniennes et Israël, la paix n’a pas
bougé d’un pouce.
Samar
Al-Gamal