Omnisports .
A la demande du président Moubarak, un comité d’enquête a
été formé pour identifier les raisons de la mauvaise
performance de la délégation olympique égyptienne, qui n’a
pu décrocher qu’une seule médaille de bronze à Pékin.
L’après-JO soulève bien
des questions
Pourquoi
cette faiblesse des athlètes égyptiens lors des derniers JO
? Comment l’un des pays les plus peuplés d’Afrique n’a-t-il
remporté qu’une seule médaille tandis que d’autres tels que
le Kenya ou l’Ethiopie en ont décroché plusieurs ? Aux
derniers JO, l’Egypte a obtenu une seule médaille de bronze
grâce au judoka Hicham Mesbah (-90 kg), alors qu’en 2004,
elle en avait décroché 5 dont une en or. Un recul qui a
poussé le président Hosni Moubarak à ordonner la création
d’un comité d’enquête. Aussitôt, le premier ministre Ahmad
Nazif a placé à sa tête Moufid Chéhab, ministre des Affaires
juridiques. Ce comité regroupe 6 experts sportifs qui
devront étudier tous les rapports élaborés afin de remonter
aux origines des mauvais résultats égyptiens à Pékin. « Il
ne s’agit pas de chercher à sanctionner quelqu’un, mais
plutôt de juger le travail des Fédérations égyptiennes et du
Comité égyptien olympique et de savoir où sont allées leurs
promesses. Le comité doit aussi étudier les rapports du
président de la délégation égyptienne et évaluer les
financements qui ont été versés pour la participation
égyptienne à Pékin », a déclaré Moufid Chéhab.
Depuis, les responsables impliqués s’échangent les
accusations, remettant même la faute à l’atmosphère sportive
en Egypte. Avec notamment la polémique qui a éclaté entre
d’une part le Comité national du sport, présidé par Hassan
Saqr, et d’autre part le Comité égyptien olympique et
quelques Fédérations égyptiennes et clubs. Un débat provoqué
par le nouveau règlement du Comité national des sports qui
induit une ingérence gouvernementale dans ses activités. «
Bien sûr que le débat sur ce projet a affecté la performance
égyptienne à Pékin, car au lieu de se concentrer sur la
participation égyptienne aux JO, tout le monde a été enlisé
dans ce problème », souligne Mounir Sabet, président du
Comité Egyptien Olympique (CEO).
Selon Hassan Saqr, le nouveau règlement doit
bénéficier au sport égyptien, car il vise à remplacer des
figures présentes depuis plus d’une dizaine d’années. Et les
nouveaux responsables doivent être capables de renouveler la
gestion des sports égyptiens. « Ces modifications sont dans
l’intérêt du sport égyptien. J’étais obligé de mener ces
modifications avant les élections des Fédérations qui ont
lieu tous les 4 ans. Ces modifications n’ont été faites
qu’après huit réunions tenues avec toutes les Fédérations
sportives égyptiennes. De longues discussions ont eu lieu et
la décision a été prise à plus de 90 % de voix des membres
des conseils d’administration des fédérations. Il est
impossible de prendre une décision avec 100 % d’approbation
».
Mais pour Sabet, c’est le Comité national du sport qui
a le plus affecté le sport égyptien. « Durant ces 4
dernières années, le Comité égyptien olympique a perdu toute
autorité sur les Fédérations nationales. A chaque fois que
nous avons essayé d’évaluer les différentes fédérations, ces
dernières refusaient car elles ne reçoivent plus leur budget
du CEO mais du Comité national du sport. Contrairement à ce
qui s’est passé avant les Jeux olympiques d’Athènes 2004. A
l’époque, le CEO demandait des comptes aux fédérations, ce
qui a beaucoup contribué au progrès du sport et a permis de
remporter des médailles olympiques à Athènes », affirme
Sabet.
Disparition du projet « Champion olympique »
Outre les relations houleuses entre le CEO et le
Comité national du sport, l’instabilité des responsables des
sports est aussi pour quelque chose dans la
contre-performance égyptienne. A commencer par le ministère
de la Jeunesse, chargé des sports. En raison du changement
de ministre opéré à deux reprises, il a été difficile de
s’occuper au vrai sens du terme des sports. Ensuite, une
décision importante a été prise : scinder le ministère des
Sports en un Comité national de la jeunesse et un Comité
national du sport, présidé par Hassan Saqr. Ces changements
ont sans doute eu de mauvaises répercussions sur la
préparation des athlètes, surtout après l’arrêt du projet «
Champion olympique », à l’origine de la bonne performance
égyptienne et des 5 médailles olympiques en 2004. « Les
préparations des athlètes pour Pékin 2008 n’ont rien à voir
avec celles d’Athènes 2004. Surtout que le projet Champion
olympique, qui a eu un grand rôle dans la préparation des
médaillés olympiques, a été suspendu après Athènes 2004 et
plus précisément après le départ de l’ancien ministre
Alieddine Hilal. Cela a perturbé les préparations des
athlètes égyptiens, qui avaient le plus de chances de
remporter des médailles, surtout dans les sports individuels
», affirme Hassan Saqr. Les Fédérations nationales et par
conséquent les athlètes ont beaucoup regretté le retard des
financements de la part du Comité national du sport. Bien
plus, l’Egypte ne s’est pas donné la peine de travailler
assidûment pour préparer ses athlètes pendant les 4 ans qui
ont précédé l’événement. Le vrai travail n’a commencé que
trop tard, juste après la qualification olympique. « La
préparation n’a commencé qu’il y a six mois. Alors que tous
les pays entament leur période de préparation juste après la
fin des JO et pendant 4 ans. Le problème réside dans le
système égyptien », souligne le boxeur Mohamad Heikal (75
kg), éliminé du 1er tour à Pékin.
La grande défaite égyptienne, qui est la chute du
lutteur gréco-romain Karam Gaber, champion olympique 2004,
ne s’explique pas seulement par le manque de discipline de
l’athlète. Il faut se demander ce qui a permis à ce lutteur
de ne pas obéir à sa fédération et de mal préparer la
compétition.
Ainsi, les raisons s’enchevêtrent et ont fait rater le
train à nos sportifs. L’important maintenant est de se
rattraper avant qu’il ne soit encore une fois trop tard. «
Après les JO d’Athènes, nous avons perdu beaucoup de temps
et nous avons exagéré dans la manifestation de notre joie.
J’espère que nous agirons autrement cette fois-ci et que
nous ne perdrons pas trop de temps dans la tristesse. Il
faut que nous commencions à travailler vite, surtout que
l’Egypte regorge d’athlètes talentueux qui pourront
remporter des médailles si nous leur offrons une stable et
bonne préparation », conclut Abdel-Aziz Ghoneim, directeur
technique de la sélection égyptienne de boxe.
Doaa
Badr