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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 3 au 9 septembre 2008, numéro 730

 

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Sports

Omnisports . A la demande du président Moubarak, un comité d’enquête a été formé pour identifier les raisons de la mauvaise performance de la délégation olympique égyptienne, qui n’a pu décrocher qu’une seule médaille de bronze à Pékin.

L’après-JO soulève bien
des questions

Pourquoi cette faiblesse des athlètes égyptiens lors des derniers JO ? Comment l’un des pays les plus peuplés d’Afrique n’a-t-il remporté qu’une seule médaille tandis que d’autres tels que le Kenya ou l’Ethiopie en ont décroché plusieurs ? Aux derniers JO, l’Egypte a obtenu une seule médaille de bronze grâce au judoka Hicham Mesbah (-90 kg), alors qu’en 2004, elle en avait décroché 5 dont une en or. Un recul qui a poussé le président Hosni Moubarak à ordonner la création d’un comité d’enquête. Aussitôt, le premier ministre Ahmad Nazif a placé à sa tête Moufid Chéhab, ministre des Affaires juridiques. Ce comité regroupe 6 experts sportifs qui devront étudier tous les rapports élaborés afin de remonter aux origines des mauvais résultats égyptiens à Pékin. « Il ne s’agit pas de chercher à sanctionner quelqu’un, mais plutôt de juger le travail des Fédérations égyptiennes et du Comité égyptien olympique et de savoir où sont allées leurs promesses. Le comité doit aussi étudier les rapports du président de la délégation égyptienne et évaluer les financements qui ont été versés pour la participation égyptienne à Pékin », a déclaré Moufid Chéhab.

Depuis, les responsables impliqués s’échangent les accusations, remettant même la faute à l’atmosphère sportive en Egypte. Avec notamment la polémique qui a éclaté entre d’une part le Comité national du sport, présidé par Hassan Saqr, et d’autre part le Comité égyptien olympique et quelques Fédérations égyptiennes et clubs. Un débat provoqué par le nouveau règlement du Comité national des sports qui induit une ingérence gouvernementale dans ses activités. « Bien sûr que le débat sur ce projet a affecté la performance égyptienne à Pékin, car au lieu de se concentrer sur la participation égyptienne aux JO, tout le monde a été enlisé dans ce problème », souligne Mounir Sabet, président du Comité Egyptien Olympique (CEO).

Selon Hassan Saqr, le nouveau règlement doit bénéficier au sport égyptien, car il vise à remplacer des figures présentes depuis plus d’une dizaine d’années. Et les nouveaux responsables doivent être capables de renouveler la gestion des sports égyptiens. « Ces modifications sont dans l’intérêt du sport égyptien. J’étais obligé de mener ces modifications avant les élections des Fédérations qui ont lieu tous les 4 ans. Ces modifications n’ont été faites qu’après huit réunions tenues avec toutes les Fédérations sportives égyptiennes. De longues discussions ont eu lieu et la décision a été prise à plus de 90 % de voix des membres des conseils d’administration des fédérations. Il est impossible de prendre une décision avec 100 % d’approbation ».

Mais pour Sabet, c’est le Comité national du sport qui a le plus affecté le sport égyptien. « Durant ces 4 dernières années, le Comité égyptien olympique a perdu toute autorité sur les Fédérations nationales. A chaque fois que nous avons essayé d’évaluer les différentes fédérations, ces dernières refusaient car elles ne reçoivent plus leur budget du CEO mais du Comité national du sport. Contrairement à ce qui s’est passé avant les Jeux olympiques d’Athènes 2004. A l’époque, le CEO demandait des comptes aux fédérations, ce qui a beaucoup contribué au progrès du sport et a permis de remporter des médailles olympiques à Athènes », affirme Sabet.

Disparition du projet « Champion olympique »

Outre les relations houleuses entre le CEO et le Comité national du sport, l’instabilité des responsables des sports est aussi pour quelque chose dans la contre-performance égyptienne. A commencer par le ministère de la Jeunesse, chargé des sports. En raison du changement de ministre opéré à deux reprises, il a été difficile de s’occuper au vrai sens du terme des sports. Ensuite, une décision importante a été prise : scinder le ministère des Sports en un Comité national de la jeunesse et un Comité national du sport, présidé par Hassan Saqr. Ces changements ont sans doute eu de mauvaises répercussions sur la préparation des athlètes, surtout après l’arrêt du projet « Champion olympique », à l’origine de la bonne performance égyptienne et des 5 médailles olympiques en 2004. « Les préparations des athlètes pour Pékin 2008 n’ont rien à voir avec celles d’Athènes 2004. Surtout que le projet Champion olympique, qui a eu un grand rôle dans la préparation des médaillés olympiques, a été suspendu après Athènes 2004 et plus précisément après le départ de l’ancien ministre Alieddine Hilal. Cela a perturbé les préparations des athlètes égyptiens, qui avaient le plus de chances de remporter des médailles, surtout dans les sports individuels », affirme Hassan Saqr. Les Fédérations nationales et par conséquent les athlètes ont beaucoup regretté le retard des financements de la part du Comité national du sport. Bien plus, l’Egypte ne s’est pas donné la peine de travailler assidûment pour préparer ses athlètes pendant les 4 ans qui ont précédé l’événement. Le vrai travail n’a commencé que trop tard, juste après la qualification olympique. « La préparation n’a commencé qu’il y a six mois. Alors que tous les pays entament leur période de préparation juste après la fin des JO et pendant 4 ans. Le problème réside dans le système égyptien », souligne le boxeur Mohamad Heikal (75 kg), éliminé du 1er tour à Pékin.

La grande défaite égyptienne, qui est la chute du lutteur gréco-romain Karam Gaber, champion olympique 2004, ne s’explique pas seulement par le manque de discipline de l’athlète. Il faut se demander ce qui a permis à ce lutteur de ne pas obéir à sa fédération et de mal préparer la compétition.

Ainsi, les raisons s’enchevêtrent et ont fait rater le train à nos sportifs. L’important maintenant est de se rattraper avant qu’il ne soit encore une fois trop tard. « Après les JO d’Athènes, nous avons perdu beaucoup de temps et nous avons exagéré dans la manifestation de notre joie. J’espère que nous agirons autrement cette fois-ci et que nous ne perdrons pas trop de temps dans la tristesse. Il faut que nous commencions à travailler vite, surtout que l’Egypte regorge d’athlètes talentueux qui pourront remporter des médailles si nous leur offrons une stable et bonne préparation », conclut Abdel-Aziz Ghoneim, directeur technique de la sélection égyptienne de boxe.

Doaa Badr

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3 questions à

Essam Abdel-Moneim, membre du comité d’enquête.

« Ceux qui gèrent les sports ont l’esprit borné »

Al-Ahram Hebdo : Comment jugez-vous la performance égyptienne aux Jeux olympiques de Pékin ?

Essam Abdel-Moneim : Ma situation est maintenant un peu délicate pour me prononcer sur la question, car je suis en même temps journaliste et les réunions du comité sont confidentielles. Mais je peux vous dire que je la juge très mauvaise en sachant que les Fédérations égyptiennes ont reçu tout ce dont elles avaient besoin.

— Quelle est selon vous la cause de ce mauvais résultat ?

— Il existe une défaillance au niveau de la gestion. L’administration n’arrive pas à profiter des moyens des Fédérations égyptiennes, du Comité égyptien olympique et du Comité national du sport. De plus, il existe un manque de compétence. Ceux qui gèrent actuellement les sports ont l’esprit borné, car depuis des années, ce sont les mêmes qui occupent les postes et ils n’arrivent pas à insuffler de nouvelles méthodes d’administration. S’ajoute à cela la non-coopération entre le Comité national du sport d’une part et le Comité égyptien olympique d’autre part.

— Alors comment l’Egypte pourra-t-elle remédier à cette situation ?

— Le problème n’est pas dans le sport égyptien, mais dans les personnes qui gèrent les sports. Il faut changer l’administration en recrutant de nouvelles figures. Le nouveau règlement des sports vise à réaliser cela en offrant l’opportunité aux jeunes et aux nouvelles têtes de gérer le sport. Ceux qui attaquent le nouveau règlement ne sont pas objectifs, ils veulent juste garder leur place. Parfois, l’ingérence gouvernementale à du bon dans le sport. La Chine qui a ébloui le monde entier par l’organisation des JO est un pays communiste qui ne gère pas le sport selon un système démocratique. L’Egypte possède des athlètes talentueux capables de décrocher des médailles olympiques s’ils travaillent dans une atmosphère saine avec un bon système de gestion. Et c’est cela que nous essayons de faire dans le futur.

Propos recueillis par D. B.

 




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