Métamorphose
Le leader radical chiite iraqien Moqtada Sadr, bête
noire des Américains, a annoncé le 28 août un arrêt
définitif des opérations de sa puissante milice, l’Armée
du Mahdi, alors que Washington et Bagdad sont proches
d’un accord sur la présence américaine en Iraq après
2008.
La décision de Sadr prolonge la trêve qui allait expirer
fin août. Depuis un an, le jeune leader chiite évite la
confrontation directe entre ses 60 000 miliciens et les
soldats américains et iraqiens. En août 2007, il avait
montré le poids de sa parole lorsqu’il avait appelé ses
combattants à une trêve unilatérale, respectée à
l’exception de combats au printemps à Bassorah et dans
son fief de Sadr City, à Bagdad. Le 8 août, son
porte-parole avait annoncé un démantèlement possible de
l’Armée du Mahdi à condition que l’accord négocié
actuellement entre Washington et Bagdad mentionne un
retrait total des troupes américaines d’Iraq. Le mandat
de l’Onu pour la coalition expire le 31 décembre
prochain et l’Iraq et les Etats-Unis cherchent à signer
un accord à long terme régissant leurs relations. Les
négociations sur le Sofa (Status of Forces Agreement)
avaient commencé en février et devaient s’achever fin
juillet, mais la complexité des questions et les
divergences, notamment sur un calendrier de retrait des
troupes américaines, retardent sa conclusion.
L’ordre de Moqtada Sadr intervient après l’annonce en
juin d’une vaste réorganisation de l’Armée du Mahdi.
L’objectif annoncé à l’époque était de démilitariser son
« armée » en créant une unité « spéciale » chargée de
combattre l’« occupant » américain exclusivement, alors
que le gros de ses miliciens devrait désormais jouer un
rôle social au sein de la population.
Cette réforme pourrait à terme conduire à l’émergence
d’un groupe sur le modèle du mouvement islamiste
palestinien, le Hamas, ou du mouvement chiite libanais,
le Hezbollah. Un programme culturel a été ainsi créé
pour l’Armée du Mahdi, sous l’appellation Al-Moumahidoun
(en référence au Mahdi, le « Guide » attendu par les
chiites).
Créée en 2003, l’Armée du Mahdi est considérée comme la
plus puissante des milices iraqiennes. En 2004, de
violents combats avaient opposé ses miliciens aux
troupes américaines dans la ville sainte de Najaf.
Défaits, les combattants chiites avaient établi leur
réputation d’hommes prêts à tous les sacrifices. L’Armée
du Mahdi, généralement présente dans toutes les régions
chiites d’Iraq, est particulièrement implantée dans son
bastion de Sadr City, dans le nord-est de Bagdad .