Feuilletons de ramadan .
Que ce soit sur les chaînes nationales ou satellites, de
gros moyens ont été déployés pour remporter la meilleure
audience. Des dizaines de scénarios dramatiques sont donc
proposés aux téléspectateurs, mais avec, cette année, une
programmation plus diversifiée et soucieuse de qualité que
les précédentes. En plus d’une flopée de vedettes. Tour
d’horizon.
Un festin de 30 jours
La
rivalité est habituellement à son apogée pendant le Ramadan
où producteurs et stars se bousculent pour se tailler la
part du lion dans la grille des feuilletons. Tous misent sur
les faveurs du public aux yeux rivés sur le petit écran lors
du mois sacré, avec au menu feuilletons, sitcoms, variétés
et émissions religieuses. « La grille des drames télévisés
du Ramadan sera cette année haute en couleur », déclare
Ahmad Anis, président de l’Union de la radio et de la
télévision égyptiennes. « La concurrence est féroce entre
les dizaines de chaînes de télévision locales ou régionales,
qui arrosent les téléspectateurs arabes d’un flot
ininterrompu d’images à travers le satellite arabe Arabsat
et égyptien Nilesat », estime-t-il. Les responsables de
Maspero reconnaissent aussi un trait dans la programmation
du mois sacré, à savoir la pluralité et la diversité, dans
un contexte de convivialité.
La télévision égyptienne, qui cherche à fidéliser son public
en répondant à son goût, en tenant compte de ses attentes et
de ses commentaires, a conçu un programme soucieux de la
qualité. Nombre d’indices l’attestent. « Nous respectons
scrupuleusement les habitudes de plusieurs téléspectateurs à
vouloir regarder exclusivement leur chaîne nationale durant
ce mois sacré », affirme Suzanne Hassan, présidente de la
Télévision égyptienne.
Plus exigeante en termes de qualité de produit « fini », la
télévision égyptienne a renouvelé son système de filtrage.
Dans cette perspective, en plus de la commission habituelle
de lecture qui avait pour mission de valider les projets, la
télévision impose depuis quelques années un nouveau filtre :
la commission de visionnage. Son rôle ? « Contrôler la
qualité du produit, traquer la banalité et vérifier si le
goût général a été bien respecté dans la réalisation des
projets », souligne le critique Ahmad Saleh.
Avec ces mesures qui s’annoncent draconiennes, plusieurs
satellites arabes ont décidé récemment de participer à la
production de certains feuilletons, surtout après le succès
de l’expérience lors du dernier Ramadan.
Des habitués de gros calibre au menu ? Bien sûr. Héros
inconditionnel des feuilletons du Ramadan, Nour Al-Chérif
retrouve cette année ses fans dans une nouvelle conjoncture,
avec le second volume d’Al-Dali. Il y campe un richissime
homme d’affaires en proie à l’impitoyable concurrence dans
l’univers mafieux et corrompu des magnats de la finance
internationale. Le feuilleton est réalisé par Youssef
Charafeddine d’après un scénario de Walid Youssef, et
regroupe une pléiade de grands acteurs tels que Sawsan Badr,
Salah Abdallah, Wafaa Amer, May Nour Al-Chérif et autres. A
suivre tous les jours à partir de 19h40 sur la Chaîne 2 de
la télévision égyptienne, en plus de plusieurs autres
diffusions sur les chaînes satellite Art, Panorama Drama et
Nile Drama.
A ce petit jeu, le grand maître pourra être sans conteste le
comédien Yéhia Al-Fakharani, qui revient cette année après
le grand succès rencontré de son dernier feuilleton Hamada
Ezzo. C’est à travers le personnage de Charaf Fath Al-Bab,
dans le feuilleton éponyme qu’il entend doper l’audimat.
Avec des cheveux parcimonieux et une barbe touffue, il
incarne un fonctionnaire modeste qui se trouve du jour au
lendemain accusé de malhonnêteté. Cela le pousse à troquer
la naïveté contre l’audace afin de juguler les malices de
ses farouches adversaires. L’œuvre écrite par Mohamad Galal
Abdel-Qawi et réalisée par la jeune Syrienne Racha Charbatji,
est interprétée également par Hala Fakher, Ahmad Khalil et
Mohamad Loutfi, et sera diffusée quotidiennement sur la
Chaîne 1 ainsi que sur Art.
Come-back des stars
On
assiste de même au retour de certaines stars au petit écran,
telle la comédienne Samira Ahmad, qui s’est éclipsée deux
ans depuis Zog ganab al-wazira (le mari d’excellence, Madame
la ministre). Elle occupe le devant de la trame dans le
feuilleton Guédar al-qalb (la paroi du cœur). Dans un
scénario rédigé par Ahmad Abdel-Rahmane et réalisé par Ahmad
Saqr, elle révèle la texture mitigée de la société
égyptienne à travers les personnages d’une simple mère de
famille, d’un fonctionnaire et d’un responsable arriviste,
partageant la vedette avec Samir Sabri, Mahmoud Qabil et
Ahmad Zaher. Le feuilleton est diffusé sur la chaîne
satellite égyptienne Al-Hayat.
Quant au comédien Salah Al-Saadani, il marque un retour
clinquant dans Adda al-nahar (le jour est achevé) renouant
avec le succès qui l’a classé comme une des meilleures
vedettes du mois de jeûne pour son rôle dans le feuilleton
Layali Al-Helmiya (les nuits du quartier Al-Helmiya).
Le feuilleton qui a coûté la bagatelle de 15 millions de L.E.
offre à Al-Saadani la chance de fédérer les spectateurs
autour de sa prestation de qualité sous la férule du fameux
tandem, le réalisateur Ismaïl Abdel-Hafez et l’écrivain
Mohamad Safaa Amer.
L’œuvre, dont les événements se déroulent pendant les années
soixante, jette la lumière sur les mutations économiques et
sociales dont a témoigné cette époque, surtout après la
défaite de 1967. Le feuilleton, du genre sérieux, est
interprété également par Afaf Choaib, Menna Fadali et Nicole
Saba et diffusé sur Nile Drama et Al-Hayat.
Parmi les grandes surprises de cette grille de Ramadan 2008,
on déniche le feuilleton Asmahane, relatant la biographie et
la carrière artistique de la fameuse chanteuse syrienne
Asmahan, sœur du fameux Farid Al-Atrach, et dont la mort
prématurée a soulevé de fortes interrogations. Après cinq
ans de négociations et de délibérations avec la famille Al-Atrach,
c’est la Syrienne Solaf Fawakherji qui a été choisie pour
concrétiser celle qui a été baptisée « chanteuse des rêves
», avec un bouquet de comédiens égyptiens et syriens. Cette
biographie riche d’enseignements et d’images est à suivre
tous les jours sur Orbit, Art et MBC.
Mais ce n’est certes pas la seule biographie à suivre au
cours du Ramadan, puisque le jeune comédien Magdi Kamel, un
des nouveaux espoirs qui s’affichent, incarne le personnage
de l’ancien président égyptien, feu Gamal Abdel-Nasser, dans
un feuilleton éponyme, rédigé par Yousri Al-Guindi et
réalisé par Bassel Al-Khatib, avec la participation de
Sawsan Badr, Salah Abdallah et Mohamad Wafiq.
Cieux plus cléments
Aussi, pour préserver indépendance vis-à-vis des programmes
préconçus de la télévision nationale, le téléspectateur peut
rejoindre d’autres cieux cathodiques plus cléments,
méprisant moins leur intelligence, et autres exigences de
qualité. Côté grand zapping sur les chaînes panarabes, la
destination privilégiée de la « zapette » pourrait être
cette année Dubai TV, diffusant le feuilleton Fi aiden amina
(entre de bonnes mains). Un feuilleton dramatique et social
dont les échos seront sans doute nombreux. Réalisé par le
Jordanien Mohamad Azizéya, le feuilleton s’interroge sur la
condition des enfants en Egypte parmi d’autres problèmes
quotidiens dans les différentes couches de la société arabe.
Citons également d’autres titres susceptibles de se créer
une bonne part d’audience dans la grille dramatique du
Ramadan sur les satellites arabes, tels Nassim Al-Roh
interprété par le jeune comédien Moustapha Chaabane, de
retour à la télévision après trois ans d’absence depuis son
œuvre Al-Amil 1001 (l’agent 1001), Bent men al-zaman dah
(une fille de cette génération), joué par Dalia Al-Béheiri
et Bassem Al-Samra, jetant la lumière sur le monde des
enfants de la rue, ainsi que Qalb mayet (cœur dur) avec
Ghada Adel et Chérif Mounir, et Baad al-fouraq (après la
rupture) avec un Khaled Saleh, encensé pour ses derniers
succès, et une Hind Sabri qui s’affiche pour la première
fois dans un drame télévisé. Finalement, il y a Tayara waraq
(cerf-volant) interprété par Mervat Amin, en plus de
Rommanat al-mizane (point de support), avec lequel Poussy
fait son come-back sur les satellites arabes.
« Beaucoup d’efforts ont été consentis pour la préparation
de ce menu que nous essayerons d’offrir dans les meilleures
conditions possibles tout en espérant qu’il trouvera un écho
favorable », a déclaré Oussama Al-Cheikh, responsable des
chaînes spécialisées Al-Nil à la télévision égyptienne. «
Notre souci est de présenter à notre public de bons
programmes qui puissent susciter son intérêt et le fidéliser
à nos chaînes ».
Enfin, les mordus d’œuvres religieuses trouveront
satisfaction avec le feuilleton Abdel-Halim Mahmoud, une
troisième biographie, retraçant la carrière de l’ancien
grand imam de l’institution islamique Al-Azhar. C’est
naturellement le comédien Hassan Youssef, rodé aux rôles de
guides spirituels, surtout après le grand succès rencontré
dans son ancien feuilleton sur la vie de l’imam Mohamad
Métoualli Al-Chaarawi, qui interprète cette personnalité
d’envergure.
Bref, grand moment de consommation télévisuelle, Ramadan
fait souffler un peu d’air frais dans les programmes des
satellites arabes. Mais reste à ne pas oublier que Ramadan,
c’est également un temps béni pour les feuilletons qui, sous
couvert de franche rigolade, se permettent de faire passer
bien des messages. Pour la plus grande joie des uns, et le
franc scepticisme des autres l
Yasser Moheb