Ancien ministre français de la Culture
sous le président François Mitterrand, Jack Lang évoque
les rapports avec l’Egypte, l’Union pour la Méditerranée et les chances du
ministre égyptien de la Culture de remporter le poste de directeur de l’Unesco.
« Les ministres européens de la Culture
soutiennent Farouk Hosni à l’Unesco »
Paris,
De notre correspondant —
Al-ahram hebdo : La France a lancé en
juillet le projet de l’Union pour la Méditerranée. Comment voyez-vous l’avenir
de ce projet ?
Jack Lang : Le projet de l’Union pour la Méditerranée est l’un des meilleurs projets
politiques du président Nicolas Sarkozy. Il y tient beaucoup. C’est pourquoi il
a choisi son partenaire à la présidence de cette Union avec soin et
intelligence, en optant pour le président Moubarak, et ce en raison du poids
politique et civilisationnel de l’Egypte, mais aussi en estime du rôle
personnel de Moubarak dans la région. Il se peut tout à fait que ce projet
trébuche de point de vue politique à cause de l’ampleur des problèmes
politiques dont souffrent les pays du bassin méditerranéen que ce soit au Nord
ou au Sud. Cependant, il réussira sur les plans économique, écologique et
culturel, car ces dossiers touchent directement à la vie des populations. De
plus, les résultats du travail dans ces dossiers sont rapides et palpables. Sans
oublier que ces dossiers sont urgents comme le dossier écologique et celui de
l’énergie.
— Le conflit arabo-israélien n’est-il
pas l’une des plus grandes embûches sur la voie de la réussite de cette Union ?
— On
peut le croire de prime abord. Cependant, le président Sarkozy a réussi à
réunir sur la même table toutes les parties arabes, israélienne et européennes.
C’est déjà un bon début prometteur. Vous pouvez imaginer le contraire, quel
aurait été à ce moment l’état de l’Union ? Comment aurait-elle pu naître en
l’absence des dirigeants les plus éminents ? De toute façon, les Arabes et les
juifs sont des cousins germains, et le conflit arabo-israélien se terminera par
un règlement politique dans lequel l’Egypte ainsi que la France joueront un
rôle essentiel. Il n’y a pas d’autre choix. La voie est longue et obscure, mais
sa fin est connue. Pourquoi donc entrer dans des guerres, alors que nous savons
que tout le monde s’entendra à la fin. Regardez les relations franco-allemandes
et vous constaterez que les hostilités se terminent par une entente, que
l’entente conduit à une coopération et la coopération à une amitié.
— Comment voyez-vous aujourd’hui
l’Egypte, puisque vous la connaissez depuis plus de 30 ans ?
— J’ai
eu l’occasion de connaître l’Egypte de près lorsque j’occupais le poste de
ministre de la Culture sous le mandat de l’ancien président François Mitterrand
qui était un grand passionné de l’Egypte. J’ai eu l’occasion de connaître de
près le président Moubarak. J’ai ressenti en lui une énorme capacité d’écouter
les autres puis d’exécuter pratiquement et rapidement les idées et les projets.
De plus, son choix d’un ministre de la Culture dynamique et ambitieux a jeté
les ponts de la coopération culturelle entre l’Egypte et la France. D’où ma
grande amitié avec votre ministre de la Culture Farouk Hosni.
— Quelles sont les chances de l’Egypte
d’accéder à la présidence de l’Unesco, en la personne de son ministre de la
Culture Farouk Hosni ?
— La
victoire d’un candidat égyptien et arabe à ce poste serait une marque d’estime
à l’égard de l’Egypte et du monde arabe. En fait, le candidat égyptien possède,
en plus de l’héritage culturel de son pays, de nombreux talents personnels. Cependant,
le principal facteur en faveur de la victoire du candidat égyptien est le
soutien direct matériel et moral des présidents Moubarak et Sarkozy. Il existe
une unanimité parmi les ministres européens de la Culture autour de la personne
du ministre égyptien.
— A votre avis, quel est le rôle de
l’Unesco dans un monde traversé par les crises économiques et les oppositions
culturelles ?
— Le
rôle de l’Unesco devrait reposer sur deux piliers : la préservation du
patrimoine matériel universel de l’humanité et la mise en place d’un dialogue
positif entre les civilisations.
— Vous envisagez une bataille pour la
réforme du Parti socialiste. Qu’entendez-vous par là ?
— Le
Parti socialiste français est l’un des plus vieux partis socialistes du monde
et pas seulement de l’Europe. Sa création remonte au début du XXe siècle.
Cependant, il a vieilli et il a été atteint d’un certain ramollissement
idéologique après la mort de l’ancien président François Mitterrand. Puis il y
a eu les défaites électorales consécutives sous les mandats de Jacques Chirac
puis de Nicolas Sarkozy. Le parti socialiste est devenu le parti des perdants,
et c’est la pire image qu’un parti politique puisse donner de lui-même.
La
réforme veut d’abord dire qu’il faut changer les acteurs et donner la chance à
la jeune génération pour assumer la responsabilité et instaurer d’autres
politiques plus actives dans un monde unipolaire, un monde de la
mondialisation, de l’économie du marché, de l’énorme développement des moyens
de transport et des communications.
Or,
notre parti continue à raisonner selon la logique du train à vapeur.
— N’exagérez-vous pas un peu ?
— Ne
pensez-vous pas que le train qui fonctionne à l’électricité est plus
sophistiqué que le train à vapeur ? Bref, nous avons besoin de travailler à
l’allure des fusées.
Propos recueillis par
Ahmed Youssef