Islam .
Le Centre d’Oxford pour les études islamiques à l’Université
du même nom, fondé en 1985 et parrainé par le prince de
Galles, fait peau neuve avec la construction d’un énorme
centre-mosquée. Sa devise : maintenir le dialogue. Entretien
avec son fondateur, l’Anglais David
Browning.
« Le modèle du collège d’Oxford est arrivé via l’Andalousie
et le monde musulman »
Al-Ahram
Hebdo : Quel est l’objectif principal du Centre d’Oxford
pour les études islamiques ?
David Browning :
Depuis le début en 1985, l’objectif du centre était clair
comme centre indépendant de l’Université d’Oxford, nous
sommes une institution académique islamique, la première du
genre depuis 9 siècles, installée à l’Université d’Oxford.
Et nous nous engageons à offrir des bourses d’études,
assurer une meilleure entente culturelle au niveau de la
civilisation islamique et les sociétés musulmanes
contemporaines. Nous croyons que la réalisation de cet
objectif doit être la participation des étudiants venant de
tous les coins du monde musulman. Cela nous permet de jeter
des ponts entre l’Occident et le monde musulman et entamer
ainsi le dialogue dont nous avons tous besoin à l’heure
actuelle entre les Occidentaux et la tradition islamique.
— Quelle influence pourrait avoir le déplacement du centre
du plein cœur d’Oxford vers la banlieue avec la construction
de la grande mosquée-institution en cours ?
— Nous avons commencé en 1985 à Woodenhate, où le centre
était né, le Conseil des curateurs avait l’intention dès le
départ de trouver un chez soi permanent au Centre d’Oxford.
Le bâtiment géant qui est actuellement sous construction, je
pense qu’il serait une addition positive à l’héritage
architectural de cette ville. Celle-ci est basée sur l’idée
essentielle de l’Oxford College dont certains gens oublient
qu’elle vient originellement du monde islamique. Le bâtiment
va comprendre la résidence de la communauté des chercheurs
avec les facilités d’une librairie, une salle d’expositions,
salle de séminaires, restaurant, etc. d’une manière —
j’espère — qui serait un point de rencontre qui attire les
chercheurs du monde musulman comme non musulman. Cela nous
fait remonter au modèle du collège traditionnel qui doit ses
lettres de noblesse au monde islamique où les enseignants et
les enseignés vivent et travaillent ensemble dans une
communauté collégiale. Nous avons également des bourses
d’études pour visiteurs et un programme qui permet aux
maîtres, chercheurs et aux étudiants de venir passer un
certain temps au Collège d’Oxford. Ainsi, le nouveau
bâtiment permettra l’échange dans une ambiance communautaire
où réside le chercheur malaysien, par exemple, côte à côte
avec le chercheur marocain.
— Vous citez le modèle traditionnel du collège comme
structure originaire du monde musulman, comment
expliquez-vous cela ?
— Quand nous avons initialement proposé la construction de
ce bâtiment au Centre d’Oxford, c’était intéressant de
trouver une minorité qui s’est rendue compte que nous
introduisons un style de construction linéaire à Oxford.
L’idée même du Collège d’Oxford est arrivée ici via
l’Andalousie à travers les madrassas. Ainsi, nous nous
inspirons du modèle du cercle, de l’unité qui englobe les
différences, nous espérons retrouver l’achèvement du cercle
et aboutir à cette harmonie entre l’Occident et le monde
musulman. Un objectif qui est basique pour le Centre
d’Oxford pour les études islamiques.
— Premier centre depuis 9 siècles en Grande-Bretagne habitée
par 4 millions de musulmans, comment le centre renforce-t-il
des liens avec d’autres structures islamiques à l’intérieur
du pays, surtout à la suite des efforts déployés après le
7/7 ?
— J’aimerais souligner que ce centre est principalement une
institution académique dont les portes sont ouvertes à
quiconque. Notre objectif principal est de stimuler la
recherche, notamment interdisciplinaire, les relations
internationales, l’anthropologie, l’économie et l’Histoire
afin d’encourager les études sérieuses dans les domaines de
la culture et la civilisation islamiques et de la société
musulmane contemporaine. Et nos portes sont ouvertes à tout
le monde, musulmans et non musulmans, pour avoir la volonté
d’apprendre sur l’islam et les sociétés musulmanes.
— Ne pensez-vous pas que le rôle académique n’empêche pas de
prendre part dans les événements en cours, notamment
politiques ?
— Tout à fait, mais ce qui compte pour nous, c’est d’aboutir
au niveau local à travers l’université. Nous souhaitons
introduire des perspectives fraîches grâce au nombre de
disciplines académiques dont nous disposons. Atteindre le
niveau national, nous sommes une académie à Oxford et donc
nous avons la responsabilité face à la nation. Comme exemple
en 2005, en coopération avec le prince de Galles, qui est
aussi le patron du centre, nous organisons une école d’été
tous les ans pour les jeunes Anglais musulmans, hommes et
femmes, qui ont manifesté des facultés de leaders dans leurs
carrières que ce soit dans la ligne gouvernementale,
académique ou le monde des affaires. Et nous invitons des
groupes de jeunes Anglais musulmans de tous les coins du
pays pour une résidence d’école d’été pour apprendre plus
sur le pays dont ils sont les citoyens. Mais aussi pour
avoir un réseau et montrer l’un à l’autre quelques défis et
opportunités. Et finalement, le niveau international de
notre perspective au centre, c’est le programme
international de fellowship et de visiteurs pour encourager
les recherches provenant du monde musulman. Venir et passer
une période au centre et surtout renforcer le dialogue qui
est le plus important. Cette année, nous développons aussi
un programme de leadership pareil à celui des Jeunes
musulmans à une échelle globale et inviter hommes et femmes
qui ont les facultés de direction et les réunir à Oxford
dans le cadre d’une école d’été. Ce sont les leaders de
demain.
— Et toutes les attaques contre l’islam qui inondent des
médias en manque de connaissance de la religion, quelle
attitude vous prenez pour les corriger ?
— J’ai eu le privilège pour les 20-25 ans passés d’apprendre
tout ce que je connais de l’islam à travers des musulmans.
J’ai passé ces années en faisant toujours le voyage vers des
sociétés musulmanes à travers le monde. Cette expérience m’a
permis de savoir les grandes valeurs de l’islam qui sont la
modération et la tolérance. Avec cette expérience, j’ai vu
de nombreux modèles de médias dans ce pays, la manière avec
laquelle ils rapportent les nouvelles de l’islam et des
musulmans, et j’ai constaté combien c’est difficile de le
reconnaître. Il existe des stéréotypes incroyables sur
l’islam, il existe un énorme manque de compréhension. Sans
doute, tout le monde sait que dans toute religion, il existe
l’extrémiste et le modéré. On doit tout simplement relire
l’histoire récente de l’Irlande pour le constater. Ceci, on
le trouve partout, mais cela ne représente pas un aspect
commun chez les musulmans. Nous avions invité des
personnalités au centre, comme le Cheikh d’Al-Azhar,
l’archevêque de Canterburry. Comme institution islamique,
les barrières entre religion, politique et économie ne
peuvent pas être bannies .
Propos recueillis par
Dina Kabil