Al-Ahram Hebdo, Egypte | Expédition anti-fraude
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 Semaine du 3 au 9 septembre 2008, numéro 730

 

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Egypte

Construction . En décrétant la démolition des étages construits illégalement de 35 immeubles, le gouverneur de Guiza semble déclarer la guerre à la mafia de l’immobilier. Jusqu’à présent, les acheteurs sont les premières victimes de cette intransigeance.

Expédition anti-fraude

« Agir avant qu’une catastrophe ne survienne ». C’est le slogan de la campagne lancée par le gouverneur de Guiza, Sayed Abdel-Aziz, contre les constructions illégales. Dans une démarche qui se veut dissuasive, il a ordonné la démolition (survenue jeudi) de quatre étages illégalement construits d’un bâtiment qui en compte 14. Dans le même quartier, 34 bâtiments attendent leur tour. Il s’agit d’un projet d’habitation en phase de commercialisation et non encore habité. Des pancartes seront affichées sur les entrées de ces bâtiments afin d’avertir les clients potentiels qui veulent y louer ou acheter un appartement.

D’après le gouverneur, ce n’est que la première phase de la campagne. Celle-ci ne concerne pas uniquement les constructions qui dépassent la hauteur autorisée, mais aussi les bâtiments non conformes aux normes de construction. Le gouvernorat de Guiza sera subdivisé en quatre zones lesquelles seront placées chacune sous la direction d’un comité d’ingénieurs et spécialistes de l’immobilier. Pendant six mois, ces derniers vont s’atteler au recensement de tous les bâtiments du gouvernorat, et désigner ceux qui ont besoin d’être évacués, restaurés ou démolis. Ainsi, chaque immeuble à Guiza sera muni d’un « dossier » précisant son historique, son état actuel et toutes sortes d’informations le concernant. Des informations qui seront disponibles, sur demande, pour les citoyens intéressés par l’achat ou la location d’un appartement.

Parallèlement, le gouverneur annonce une politique de lutte contre la corruption. « Des mesures administratives ont été prises contre 180 fonctionnaires qui ont facilité aux entrepreneurs l’obtention d’autorisations pour construire des étages contrevenants », assure Abdel-Qader Al-Gayyar, secrétaire adjoint du gouverneur de Guiza. Selon lui, cette campagne est un coup dur à la mafia immobilière composée d’un réseau d’entrepreneurs et de fonctionnaires qui font tout pour contourner les lois. Il énumère un certain nombre de pratiques auxquelles les entrepreneurs ont recours. Depuis l’abus de pouvoir, jusqu’à la falsification de documents en passant par la distribution des pots-de-vin. « D’autres moyens détournés existent. L’un d’eux consiste à donner de fausses adresses à la municipalité. Celle-ci se trouve alors dans l’impossibilité de faire parvenir au constructeur l’ordre d’arrêter les travaux. Il suffit alors au propriétaire de nier devant le tribunal avoir pris connaissance d’un tel ordre », poursuit Al-Gayyar. « Tout cela a fait que les contraventions sont devenues flagrantes », reconnaît-il.

Les démolitions entamées cette semaine ont cependant suscité la colère parmi ceux qui ont versé des acomptes et des échéances en vue d’acquérir un appartement ... qui n’existera jamais. De son côté, le gouvernorat ne se sent pas responsable de leur verser la moindre compensation. « Il appartient à l’acheteur de se renseigner sur l’état de l’immeuble où il veut habiter », déclare Hussein Kazem, responsable au Conseil municipal de Guiza. Pour leur part, les acheteurs n’ont pas tardé à recourir à la justice pour intenter des procès contre l’entrepreneur et le propriétaire de ces projets d’habitation. « J’ai payé 350 000 L.E. pour acheter un appartement. Maintenant, il va falloir passer des mois et des années dans des litiges devant les tribunaux pour obtenir un remboursement ... Et qui sait si jamais je l’obtiendrais. Le gouvernorat ne fait pas son travail et nous fait payer le prix de son laxisme », lâche Hossam Adli, qui comptait les jours avant de pouvoir déménager vers son nouvel appartement, aujourd’hui démoli. L’intransigeance reste cependant le mot d’ordre au gouvernorat de Guiza. « Que les habitants se débrouillent avec l’entrepreneur. Ils savaient très bien avant d’acheter que la construction de ces étages était illégale. Cependant, ils ont acheté, car les appartements y sont moins chers », ajoute Kazem.

Si cette politique est vraiment poursuivie, le vrai problème sera dans le cas des immeubles déjà habités. Surtout qu’ils n’est pas rare que les habitants refusent d’évacuer leur immeuble, même s’ils risquent de s’effondrer à tout moment. A Guiza comme au Caire ou toute autre ville, des centaines d’habitants continuent à vivre dans des bâtiments délabrés malgré les avertissements des municipalités. Mais pour le moment, la conséquence directe de cette politique « stricte » sera sans doute la montée des prix de l’immobilier, déjà exorbitants. « Car les entrepreneurs frauduleux voudront compenser les pertes occasionnées par l’application de la loi et le respect des normes », explique Kamal Riyad, urbaniste l

Mirande Youssef

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