Construction .
En décrétant la démolition des étages construits
illégalement de 35 immeubles, le gouverneur de Guiza semble
déclarer la guerre à la mafia de l’immobilier. Jusqu’à
présent, les acheteurs sont les premières victimes de cette
intransigeance.
Expédition anti-fraude
«
Agir avant qu’une catastrophe ne survienne ». C’est le
slogan de la campagne lancée par le gouverneur de Guiza,
Sayed Abdel-Aziz, contre les constructions illégales. Dans
une démarche qui se veut dissuasive, il a ordonné la
démolition (survenue jeudi) de quatre étages illégalement
construits d’un bâtiment qui en compte 14. Dans le même
quartier, 34 bâtiments attendent leur tour. Il s’agit d’un
projet d’habitation en phase de commercialisation et non
encore habité. Des pancartes seront affichées sur les
entrées de ces bâtiments afin d’avertir les clients
potentiels qui veulent y louer ou acheter un appartement.
D’après le gouverneur, ce n’est que la première phase de la
campagne. Celle-ci ne concerne pas uniquement les
constructions qui dépassent la hauteur autorisée, mais aussi
les bâtiments non conformes aux normes de construction. Le
gouvernorat de Guiza sera subdivisé en quatre zones
lesquelles seront placées chacune sous la direction d’un
comité d’ingénieurs et spécialistes de l’immobilier. Pendant
six mois, ces derniers vont s’atteler au recensement de tous
les bâtiments du gouvernorat, et désigner ceux qui ont
besoin d’être évacués, restaurés ou démolis. Ainsi, chaque
immeuble à Guiza sera muni d’un « dossier » précisant son
historique, son état actuel et toutes sortes d’informations
le concernant. Des informations qui seront disponibles, sur
demande, pour les citoyens intéressés par l’achat ou la
location d’un appartement.
Parallèlement, le gouverneur annonce une politique de lutte
contre la corruption. « Des mesures administratives ont été
prises contre 180 fonctionnaires qui ont facilité aux
entrepreneurs l’obtention d’autorisations pour construire
des étages contrevenants », assure Abdel-Qader Al-Gayyar,
secrétaire adjoint du gouverneur de Guiza. Selon lui, cette
campagne est un coup dur à la mafia immobilière composée
d’un réseau d’entrepreneurs et de fonctionnaires qui font
tout pour contourner les lois. Il énumère un certain nombre
de pratiques auxquelles les entrepreneurs ont recours.
Depuis l’abus de pouvoir, jusqu’à la falsification de
documents en passant par la distribution des pots-de-vin. «
D’autres moyens détournés existent. L’un d’eux consiste à
donner de fausses adresses à la municipalité. Celle-ci se
trouve alors dans l’impossibilité de faire parvenir au
constructeur l’ordre d’arrêter les travaux. Il suffit alors
au propriétaire de nier devant le tribunal avoir pris
connaissance d’un tel ordre », poursuit Al-Gayyar. « Tout
cela a fait que les contraventions sont devenues flagrantes
», reconnaît-il.
Les démolitions entamées cette semaine ont cependant suscité
la colère parmi ceux qui ont versé des acomptes et des
échéances en vue d’acquérir un appartement ... qui
n’existera jamais. De son côté, le gouvernorat ne se sent
pas responsable de leur verser la moindre compensation. « Il
appartient à l’acheteur de se renseigner sur l’état de
l’immeuble où il veut habiter », déclare Hussein Kazem,
responsable au Conseil municipal de Guiza. Pour leur part,
les acheteurs n’ont pas tardé à recourir à la justice pour
intenter des procès contre l’entrepreneur et le propriétaire
de ces projets d’habitation. « J’ai payé 350 000 L.E. pour
acheter un appartement. Maintenant, il va falloir passer des
mois et des années dans des litiges devant les tribunaux
pour obtenir un remboursement ... Et qui sait si jamais je
l’obtiendrais. Le gouvernorat ne fait pas son travail et
nous fait payer le prix de son laxisme », lâche Hossam Adli,
qui comptait les jours avant de pouvoir déménager vers son
nouvel appartement, aujourd’hui démoli. L’intransigeance
reste cependant le mot d’ordre au gouvernorat de Guiza. «
Que les habitants se débrouillent avec l’entrepreneur. Ils
savaient très bien avant d’acheter que la construction de
ces étages était illégale. Cependant, ils ont acheté, car
les appartements y sont moins chers », ajoute Kazem.
Si cette politique est vraiment poursuivie, le vrai problème
sera dans le cas des immeubles déjà habités. Surtout qu’ils
n’est pas rare que les habitants refusent d’évacuer leur
immeuble, même s’ils risquent de s’effondrer à tout moment.
A Guiza comme au Caire ou toute autre ville, des centaines
d’habitants continuent à vivre dans des bâtiments délabrés
malgré les avertissements des municipalités. Mais pour le
moment, la conséquence directe de cette politique « stricte
» sera sans doute la montée des prix de l’immobilier, déjà
exorbitants. « Car les entrepreneurs frauduleux voudront
compenser les pertes occasionnées par l’application de la
loi et le respect des normes », explique Kamal Riyad,
urbaniste l
Mirande Youssef