Hôtellerie .
Un accord a été trouvé entre le propriétaire saoudien du
Grand Hyatt et le ministère du Tourisme concernant la vente
de boissons alcoolisées. Celles-ci seront vendues uniquement
au restaurant et à titre privé dans les chambres.
Difficile compromis
Dimanche dernier était la fin du délai donné au propriétaire
saoudien de l’hôtel Grand Hyatt, sur la corniche du Nil,
pour annuler sa décision d’interdire les boissons
alcoolisées au sein de l’hôtel. Finalement, un compromis a
été trouvé entre la chaîne américaine Hyatt, gestionnaire de
l’hôtel, et son propriétaire, Abdel-Aziz Ibrahim, stipulant
le retour des boissons alcoolisées à l’hôtel ; l’alcool
pouvant être servi de nouveau, mais seulement au quarantième
étage dans le restaurant panoramique. L’alcool reste exclu
des onze autres restaurants, de la galerie gourmande, des
terrasses et cafés, ainsi que des mini-bars des 716 chambres
et suites, les clients pouvant cependant en faire la demande
en « room service ». « Cependant, le propriétaire a annoncé
qu’il ne voulait pas des revenus de ce service d’alcool »,
déclare Sally Khattab, porte-parole du Grand Hyatt. Elle
explique que cette décision convient à toutes les parties.
L’affaire avait commencé début mai, lorsque le cheikh
Ibrahim, un parent de la famille royale saoudienne et
propriétaire du Grand Hyatt, avait fait vider dans les
toilettes quelque 2 500 bouteilles d’alcool des bars et des
caves, d’une valeur d’environ 300 000 dollars. Il a interdit
les boissons alcoolisées à l’hôtel sans en aviser la
compagnie Hyatt dont l’hôtel porte le nom. Or, le contrat
entre le cheikh et la compagnie précise que l’hôtel est un
cinq étoiles, ce qui implique que celui-ci doit servir de
l’alcool. Face à cette situation, le ministère du Tourisme a
réagi en envoyant un comité d’inspection. Le ministère a
alors menacé de dégrader le palace de cinq à deux étoiles,
conformément aux réglementations en vigueur dans
l’hôtellerie égyptienne. Mais cette intervention du
ministère du Tourisme a été critiquée par les députés
islamistes et au sein de l’opinion publique. « La décision
du ministère contredit la charia », affirme Mohsen Radi,
député des Frères musulmans, qui a présenté deux
interrogations au Parlement au sujet de la question. Il se
demande pourquoi ne pas faire comme certains pays comme les
Emirats arabes unis où il y a des hôtels sans alcool pour
donner l’occasion aux voyageurs musulmans. « Même la
compagnie EgyptAir a interdit l’alcool sur ses lignes »,
assure-t-il. Le ministère du Tourisme assure, lui, que le
problème est entre le propriétaire de l’hôtel et la société
internationale de direction. « Il n’existe pas une loi ou
une décision qui interdit ou qui autorise les boissons
alcoolisées, mais il existe des critères internationaux pour
déterminer le nombre d’étoiles et selon lesquels l’hôtel
reçoit son rang hôtelier. Un hôtel qui ne respecte pas les
critères selon lesquels il a reçu sa licence est déclassé »,
assure Ahmad Attiya, vice-ministre du Tourisme pour le
secteur des hôtels. Il ajoute que l’accord entre le
propriétaire et la direction internationale stipulait que
l’hôtel est un cinq étoiles et donc conformément aux
critères internationaux, l’établissement doit servir de
l’alcool et avoir une discothèque. Selon Ahmad Attiya, les
propriétaires sont libres de choisir dès le début s’ils ont
envie d’avoir un bar et des boissons alcoolisées ou non. «
Même s’il veut appliquer le système des hôtels dits
familiaux ou islamiques qui commencent à se répandre dans
certains pays, il devait le faire savoir à l’avance et
aviser le ministère du Tourisme et la société Hyatt qui a
des contrats avec les touristes et qui doit les respecter,
surtout que cette société américaine est l’une des plus
grandes chaînes hôtelières dans le monde. Elle a une
réputation qu’elle doit défendre », explique Wessal
Alameddine, professeur d’études touristiques à la faculté de
tourisme et d’hôtellerie .
Sabah
Sabet