Al-Ahram Hebdo, Egypte | Solution partielle
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 Semaine du 3 au 9 septembre 2008, numéro 730

 

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Egypte

Santé . Pour améliorer la compétence du personnel paramédical, le ministère de la Santé a engagé des infirmières britanniques et coréennes dont la tâche est de former leurs collègues égyptiennes. Une expérience inédite.

Solution partielle

On le sait. Les infirmières égyptiennes sont mal formées et travaillent dans des conditions difficiles et ne sont donc pas en mesure de présenter un service de qualité aux patients des hôpitaux publics. Pour améliorer la compétence du personnel paramédical, le ministère de la Santé a eu recours à une expérience inédite : engager des infirmières étrangères pour apprendre à leurs collègues égyptiennes les « règles du métier ». La nouvelle, publiée la semaine dernière sur les pages du quotidien Al-Ahram, a suscité des réactions mitigées allant de l’étonnement à l’hilarité. Certains ont cru à une blague. Pourtant, c’est une initiative sérieuse, annonce le ministère de la Santé. « Nous avons établi un plan en deux volets pour améliorer la compétence des infirmières. Le premier est d’engager des infirmières anglaises de l’Université de North Brea pour superviser les infirmières égyptiennes qui suivent des formations dans les écoles d’infirmières. Le deuxième volet consiste à signer des protocoles de coopération d’une année renouvelable avec le ministère de la Santé coréen qui nous permettraient d’engager des infirmières volontaires et transmettre leur professionnalisme aux infirmières dans plusieurs hôpitaux publics comme Qasr Al-Aïni, Aïn-Chams, Ahmad Maher ... », affirme Ahmad Adel, responsable de l’administration générale des hôpitaux publics au ministère de la Santé. Et d’expliquer : « Le ministère a choisi des infirmières asiatiques, car elles sont très recherchées et connues par leur compétence et leur qualité d’être très patientes avec les malades ». L’expérience sera généralisée dans tous les hôpitaux publics au début de l’année prochaine.

Au cours des dernières années, des démarches ont été prises pour relever le niveau des infirmières, mais sans résultats concrets. Des stages de perfectionnement ont été organisés et des tentatives ont été faites pour encourager les hommes à pratiquer ce métier afin de combler le déficit. Cependant, la profession fait face à une véritable dégradation. Les problèmes sont nombreux : formation insuffisante et inadaptée, nombre restreint d’infirmières par rapport au nombre de patients, ce qui a obligé le ministère à recourir à des infirmières en stage.

Cette situation explique la multiplication des erreurs professionnelles au sein du corps paramédical. Des erreurs qui ont coûté la vie à certains patients et qui ont porté préjudice au métier. Il suffit de lire les pages des faits divers dans les journaux pour le constater. L’année dernière, un enfant est décédé après avoir reçu une overdose de vaccin par une infirmière. Deux autres enfants sont morts à l’hôpital du 10 de Ramadan suite à une injection administrée par erreur par une infirmière en stage.

Il existe trois catégories d’infirmières. La première réunit environ 96 % du personnel en exercice. Ce sont les infirmières qui ont suivi trois années d’études après la troisième préparatoire. La deuxième catégorie comporte les diplômées des instituts techniques et la troisième catégorie, la plus compétente, réunit les infirmières qui ont suivi quatre années d’études à la faculté d’infirmières. Ce sont les diplômées de la première et de la deuxième catégories qui sont recrutées dans les hôpitaux publics. Ces infirmières ne sont pas suffisamment bien formées pour être engagées dans des opérations chirurgicales délicates comme les greffes d’organes ou les opérations à cœur ouvert. Ce sont souvent des jeunes filles âgées de 16 ans et manquant de maturité. Quant aux infirmières de la troisième catégorie, elles préfèrent travailler dans les hôpitaux privés où elles sont bien payées. En fait, une infirmière dans un hôpital public ne touche que 300 L.E. Elle est privée des primes, alors qu’elle est quotidiennement exposée à des maladies contagieuses. « On ne touche que très peu d’argent alors qu’on travaille dans des conditions très difficiles. Pour une journée de garde, je perçois une prime de 10 L.E. et pour la nuit seulement 15 L.E », lâche Marie Chéhata, infirmière. Mais au-delà de toutes ces considérations, l’initiative du ministère de la Santé peut-elle résoudre les problèmes ? Selon Hassan Abdel-Gawwad, de la Commission de la santé au Parlement, il s’agit d’une solution partielle. Il pense que ce métier a besoin d’une réforme de fond débutant par les écoles et les écoles d’infirmières. « Comment une étudiante qui n’a terminé que le cycle préparatoire puisse exercer ce métier ? Cela ne se passe dans aucun pays », regrette-t-il. Et d’ajouter : « L’obtention du baccalauréat devait être une condition d’inscription dans les instituts d’infirmières. Les postulantes devraient passer par des tests pour évaluer leur niveau ». Mohamad Ghanem, médecin, insiste sur l’insuffisance de formation pratique chez les infirmières. « Il faut mettre l’accent sur le côté pratique. Les infirmières doivent apprendre les termes médicaux pour mieux communiquer avec les médecins et suivre leurs indications », affirme-t-il.

5 % du budget total de la Santé est alloué au secteur paramédical. « C’est très peu. Il faut plus d’argent pour fournir une bonne formation et une bonne rémunération aux infirmières », assure Hamdi Hassan, député et membre de la Commission de la santé au Parlement. L’absence d’une loi réglementant cette profession est également un élément de défaillance. Bien que l’Egypte ait été l’un des premiers pays membres du Conseil international des infirmières établi à Genève ayant pour but de faire évoluer cette profession et d’imposer ses critères et ses éthiques, le Parlement n’a pas promulgué de loi dans ce sens jusqu’à l’heure actuelle. Selon cette loi, un haut conseil pour cette spécialisation sera créé et un cadre salarial sera approuvé. « Il est donc clair pourquoi l’Etat n’a pas promulgué une telle loi, car il serait obligé de fournir de grandes sommes d’argent pour appliquer ces démarches », conclut Hassan .

Marianne Youssef

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