Santé .
Pour améliorer la compétence du personnel paramédical, le
ministère de la Santé a engagé des infirmières britanniques
et coréennes dont la tâche est de former leurs collègues
égyptiennes. Une expérience inédite.
Solution partielle
On le sait. Les infirmières égyptiennes sont mal formées et
travaillent dans des conditions difficiles et ne sont donc
pas en mesure de présenter un service de qualité aux
patients des hôpitaux publics. Pour améliorer la compétence
du personnel paramédical, le ministère de la Santé a eu
recours à une expérience inédite : engager des infirmières
étrangères pour apprendre à leurs collègues égyptiennes les
« règles du métier ». La nouvelle, publiée la semaine
dernière sur les pages du quotidien Al-Ahram,
a suscité des réactions mitigées allant de l’étonnement à
l’hilarité. Certains ont cru à une blague. Pourtant, c’est
une initiative sérieuse, annonce le ministère de la Santé. «
Nous avons établi un plan en deux volets pour améliorer la
compétence des infirmières. Le premier est d’engager des
infirmières anglaises de l’Université de
North Brea pour superviser les
infirmières égyptiennes qui suivent des formations dans les
écoles d’infirmières. Le deuxième volet consiste à signer
des protocoles de coopération d’une année renouvelable avec
le ministère de la Santé coréen qui nous permettraient
d’engager des infirmières volontaires et transmettre leur
professionnalisme aux infirmières dans plusieurs hôpitaux
publics comme Qasr Al-Aïni,
Aïn-Chams, Ahmad
Maher ... », affirme Ahmad
Adel, responsable de
l’administration générale des hôpitaux publics au ministère
de la Santé. Et d’expliquer : « Le ministère a choisi des
infirmières asiatiques, car elles sont très recherchées et
connues par leur compétence et leur qualité d’être très
patientes avec les malades ». L’expérience sera généralisée
dans tous les hôpitaux publics au début de l’année
prochaine.
Au cours des dernières années, des démarches ont été prises
pour relever le niveau des infirmières, mais sans résultats
concrets. Des stages de perfectionnement ont été organisés
et des tentatives ont été faites pour encourager les hommes
à pratiquer ce métier afin de combler le déficit. Cependant,
la profession fait face à une véritable dégradation. Les
problèmes sont nombreux : formation insuffisante et
inadaptée, nombre restreint d’infirmières par rapport au
nombre de patients, ce qui a obligé le ministère à recourir
à des infirmières en stage.
Cette situation explique la multiplication des erreurs
professionnelles au sein du corps paramédical. Des erreurs
qui ont coûté la vie à certains patients et qui ont porté
préjudice au métier. Il suffit de lire les pages des faits
divers dans les journaux pour le constater. L’année
dernière, un enfant est décédé après avoir reçu une overdose
de vaccin par une infirmière. Deux autres enfants sont morts
à l’hôpital du 10 de Ramadan suite à une injection
administrée par erreur par une infirmière en stage.
Il existe trois catégories d’infirmières. La première réunit
environ 96 % du personnel en exercice. Ce sont les
infirmières qui ont suivi trois années d’études après la
troisième préparatoire. La deuxième catégorie comporte les
diplômées des instituts techniques et la troisième
catégorie, la plus compétente, réunit les infirmières qui
ont suivi quatre années d’études à la faculté d’infirmières.
Ce sont les diplômées de la première et de la deuxième
catégories qui sont recrutées dans les hôpitaux publics. Ces
infirmières ne sont pas suffisamment bien formées pour être
engagées dans des opérations chirurgicales délicates comme
les greffes d’organes ou les opérations à cœur ouvert. Ce
sont souvent des jeunes filles âgées de 16 ans et manquant
de maturité. Quant aux infirmières de la troisième
catégorie, elles préfèrent travailler dans les hôpitaux
privés où elles sont bien payées. En fait, une infirmière
dans un hôpital public ne touche que 300 L.E. Elle est
privée des primes, alors qu’elle est quotidiennement exposée
à des maladies contagieuses. « On ne touche que très peu
d’argent alors qu’on travaille dans des conditions très
difficiles. Pour une journée de garde, je perçois une prime
de 10 L.E. et pour la nuit seulement 15 L.E », lâche Marie
Chéhata, infirmière. Mais au-delà de toutes ces
considérations, l’initiative du ministère de la Santé
peut-elle résoudre les problèmes ? Selon Hassan Abdel-Gawwad,
de la Commission de la santé au Parlement, il s’agit d’une
solution partielle. Il pense que ce métier a besoin d’une
réforme de fond débutant par les écoles et les écoles
d’infirmières. « Comment une étudiante qui n’a terminé que
le cycle préparatoire puisse exercer ce métier ? Cela ne se
passe dans aucun pays », regrette-t-il. Et d’ajouter : «
L’obtention du baccalauréat devait être une condition
d’inscription dans les instituts d’infirmières. Les
postulantes devraient passer par des tests pour évaluer leur
niveau ». Mohamad Ghanem, médecin, insiste sur
l’insuffisance de formation pratique chez les infirmières. «
Il faut mettre l’accent sur le côté pratique. Les
infirmières doivent apprendre les termes médicaux pour mieux
communiquer avec les médecins et suivre leurs indications »,
affirme-t-il.
5 % du budget total de la Santé est alloué au secteur
paramédical. « C’est très peu. Il faut plus d’argent pour
fournir une bonne formation et une bonne rémunération aux
infirmières », assure Hamdi Hassan, député et membre de la
Commission de la santé au Parlement. L’absence d’une loi
réglementant cette profession est également un élément de
défaillance. Bien que l’Egypte ait été l’un des premiers
pays membres du Conseil international des infirmières établi
à Genève ayant pour but de faire évoluer cette profession et
d’imposer ses critères et ses éthiques, le Parlement n’a pas
promulgué de loi dans ce sens jusqu’à l’heure actuelle.
Selon cette loi, un haut conseil pour cette spécialisation
sera créé et un cadre salarial sera approuvé. « Il est donc
clair pourquoi l’Etat n’a pas promulgué une telle loi, car
il serait obligé de fournir de grandes sommes d’argent pour
appliquer ces démarches », conclut Hassan .
Marianne
Youssef