Al-Ahram Hebdo, Egypte | Le jaune et le noir
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 Semaine du 3 au 9 septembre 2008, numéro 730

 

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Egypte

Transport . A peine deux ans après sa naissance, le Taxi du Caire, ce service de luxe destiné à la classe aisée, commence à perdre de son lustre. De son côté, le gouvernorat parle d’une réussite à long terme.

Le jaune et le noir

Cela fait deux ans que le Taxi de la capitale sillonne les rues du Grand-Caire. Ce service qui dépend du gouvernorat a été lancé début 2006 et géré par trois sociétés choisies à la suite d’une adjudication, à savoir : Cairo Cab, International Cab et City Cab. L’objectif de ce projet était d’accorder aux citoyens et aux touristes un service de qualité et de leur épargner toute mésaventure avec les chauffeurs avides et mal disciplinés. Mais deux ans après la mise en service du Taxi de la capitale, il paraît qu’il commence à manifester les premiers signes d’une vieillesse prématurée.

« Je préfère prendre le taxi de la capitale pour les longs trajets et surtout quand je me rends dans un endroit pour la première fois. J’ai pris l’habitude d’appeler quelques heures auparavant mais il arrive, toujours, en retard. Et toujours, l’encombrement de la circulation sert de prétexte », se plaint Manal Abdel-Azim, journaliste à la télé. Mais elle a fini par découvrir une autre raison derrière ces retards répétés. Une fois, un chauffeur lui a confié qu’il était obligé de prendre des clients en dehors de son itinéraire prévu. « En venant me prendre, une cliente lui a demandé de l’amener à Maadi. Il a accepté sans hésiter », raconte-t-elle. C’est le système de paiement qui les oblige à se comporter ainsi. En fait, outre leur salaire de base, les chauffeurs touchent un pourcentage de leur rendement mensuel.

« Désormais, la seule chose qui distingue le Taxi de la capitale des autres taxis, c’est sa couleur, à part ça aucune différence », critique à son tour Oussama Abdel-Aziz, médecin. « Je ne supporte pas la canicule. Pour l’éviter, je prends le Taxi du Caire supposé être climatisé. Et quand je demande au chauffeur de remonter les vitres baissées, il m’affirme que le climatiseur est en panne ! », ajoute Abdel-Aziz qui affirme également que souvent à la fin de son trajet, il ne reçoit pas de facture car le compteur lui aussi « est en panne ».

Quant à Omniya Attiya, étudiante, elle estime que le Taxi de la capitale est sur le point de disparaître. Elle a déjà adressé plusieurs plaintes à la société City Cab après que des chauffeurs eurent refusé de l’amener. « Je pense qu’ils préfèrent les longs trajets. Quand je leur demande de me conduire de Mohandessine à Doqqi, ils refusent. Certains chauffeurs disent carrément qu’ils n’acceptent pas les trajets qui font moins de 30 livres », affirme-t-elle. D’après un chauffeur, la compagnie lui accorde un pourcentage de 25 % s’il atteint le seuil des 3 500 L.E. par mois.

« Nous sommes accablés par tant de charges financières. Le gouvernorat avait exigé de chaque société de commencer avec 250 véhicules. Nous devions acheter des voitures égyptiennes (comme moyen de relancer l’industrie nationale), or, les fabriquants automobiles ont refusé que leurs derniers modèles soient utilisés comme taxis, de peur de perdre la clientèle la plus large », explique Mohamad Al-Noqali, vice-président de la société International Cab. Les sociétés de taxi ont dû alors importer des voitures de l’étranger et assumer des frais de douanes exorbitants. Ce n’est que par la suite que le gouvernorat a décidé de les en exempter. Mais c’était suffisamment tard pour décourager City Cab l’une des trois sociétés concernées et qui s’est retirée de la course.

Al-Noqali affirme ne pas avoir réalisé des bénéfices satisfaisants. « Ce service de luxe n’est pas assez rentable, il s’est avéré nettement en dessous de nos prévisions. On a oublié que les gens aisés qui devaient représenter la majorité de nos clients ont leurs propres voitures et ne prennent le taxi que très rarement. Pour les classes moyennes qui généralement utilisent les transports en commun, le taxi est une dernière solution », affirme le responsable d’International Cab. « C’est seulement en été que nous arrivons à faire des gains acceptables, grâce aux touristes arabes. Pour les Occidentaux, ils sont souvent pris en charge par des agences de tourisme », ajoute-t-il.

Les chauffeurs ne semblent pas être dans une meilleure situation. « Pour toucher les bonus, nous devons respecter les horaires, ne pas commettre d’infractions du code de la route ni d’accidents », lâche Helmi, chauffeur qui affirme, que malgré toutes les précautions, il n’arrive jamais à toucher plus de 550 L.E. par mois. Il affirme que c’est lui qui assume les frais de réparation en cas d’accident.

Dans une tentative d’évaluer la situation, le Centre d’informations et de la prise de décision du Conseil des ministres a effectué un sondage en avril dernier auprès de la clientèle. Sur les 50 455 clients qui y ont participé, 78 % estiment le tarif trop cher, 34 % ont émis de critiques sur le comportement des chauffeurs et 75 % se sont plaints des retards fréquents. Le résultat de ce sondage a été transmis à la direction du projet au gouvernorat du Caire, responsable du projet. « Le projet n’est qu’à ses débuts, c’est normal d’affronter des problèmes. Cela ne veut pas dire que le projet a échoué », assure Ikram Mahmoud, le directeur exécutif du projet au gouvernorat. Et d’annoncer : « Nous préparons le lancement d’une deuxième phase avec 500 véhicules supplémentaires. 150 nouveaux taxis seront mis en service début septembre » .

Héba Nasreddine

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