Transport .
A peine deux ans après sa naissance, le Taxi du Caire, ce
service de luxe destiné à la classe aisée, commence à perdre
de son lustre. De son côté, le gouvernorat parle d’une
réussite à long terme.
Le jaune et le noir
Cela
fait deux ans que le Taxi de la capitale sillonne les rues
du Grand-Caire. Ce service qui dépend du gouvernorat a été
lancé début 2006 et géré par trois sociétés choisies à la
suite d’une adjudication, à savoir : Cairo Cab,
International Cab et City Cab. L’objectif de ce projet était
d’accorder aux citoyens et aux touristes un service de
qualité et de leur épargner toute mésaventure avec les
chauffeurs avides et mal disciplinés. Mais deux ans après la
mise en service du Taxi de la capitale, il paraît qu’il
commence à manifester les premiers signes d’une vieillesse
prématurée.
« Je préfère prendre le taxi de la capitale pour les longs
trajets et surtout quand je me rends dans un endroit pour la
première fois. J’ai pris l’habitude d’appeler quelques
heures auparavant mais il arrive, toujours, en retard. Et
toujours, l’encombrement de la circulation sert de prétexte
», se plaint Manal Abdel-Azim, journaliste à la télé. Mais
elle a fini par découvrir une autre raison derrière ces
retards répétés. Une fois, un chauffeur lui a confié qu’il
était obligé de prendre des clients en dehors de son
itinéraire prévu. « En venant me prendre, une cliente lui a
demandé de l’amener à Maadi. Il a accepté sans hésiter »,
raconte-t-elle. C’est le système de paiement qui les oblige
à se comporter ainsi. En fait, outre leur salaire de base,
les chauffeurs touchent un pourcentage de leur rendement
mensuel.
« Désormais, la seule chose qui distingue le Taxi de la
capitale des autres taxis, c’est sa couleur, à part ça
aucune différence », critique à son tour Oussama Abdel-Aziz,
médecin. « Je ne supporte pas la canicule. Pour l’éviter, je
prends le Taxi du Caire supposé être climatisé. Et quand je
demande au chauffeur de remonter les vitres baissées, il
m’affirme que le climatiseur est en panne ! », ajoute
Abdel-Aziz qui affirme également que souvent à la fin de son
trajet, il ne reçoit pas de facture car le compteur lui
aussi « est en panne ».
Quant à Omniya Attiya, étudiante, elle estime que le Taxi de
la capitale est sur le point de disparaître. Elle a déjà
adressé plusieurs plaintes à la société City Cab après que
des chauffeurs eurent refusé de l’amener. « Je pense qu’ils
préfèrent les longs trajets. Quand je leur demande de me
conduire de Mohandessine à Doqqi, ils refusent. Certains
chauffeurs disent carrément qu’ils n’acceptent pas les
trajets qui font moins de 30 livres », affirme-t-elle.
D’après un chauffeur, la compagnie lui accorde un
pourcentage de 25 % s’il atteint le seuil des 3 500 L.E. par
mois.
« Nous sommes accablés par tant de charges financières. Le
gouvernorat avait exigé de chaque société de commencer avec
250 véhicules. Nous devions acheter des voitures égyptiennes
(comme moyen de relancer l’industrie nationale), or, les
fabriquants automobiles ont refusé que leurs derniers
modèles soient utilisés comme taxis, de peur de perdre la
clientèle la plus large », explique Mohamad Al-Noqali,
vice-président de la société International Cab. Les sociétés
de taxi ont dû alors importer des voitures de l’étranger et
assumer des frais de douanes exorbitants. Ce n’est que par
la suite que le gouvernorat a décidé de les en exempter.
Mais c’était suffisamment tard pour décourager City Cab
l’une des trois sociétés concernées et qui s’est retirée de
la course.
Al-Noqali affirme ne pas avoir réalisé des bénéfices
satisfaisants. « Ce service de luxe n’est pas assez
rentable, il s’est avéré nettement en dessous de nos
prévisions. On a oublié que les gens aisés qui devaient
représenter la majorité de nos clients ont leurs propres
voitures et ne prennent le taxi que très rarement. Pour les
classes moyennes qui généralement utilisent les transports
en commun, le taxi est une dernière solution », affirme le
responsable d’International Cab. « C’est seulement en été
que nous arrivons à faire des gains acceptables, grâce aux
touristes arabes. Pour les Occidentaux, ils sont souvent
pris en charge par des agences de tourisme », ajoute-t-il.
Les chauffeurs ne semblent pas être dans une meilleure
situation. « Pour toucher les bonus, nous devons respecter
les horaires, ne pas commettre d’infractions du code de la
route ni d’accidents », lâche Helmi, chauffeur qui affirme,
que malgré toutes les précautions, il n’arrive jamais à
toucher plus de 550 L.E. par mois. Il affirme que c’est lui
qui assume les frais de réparation en cas d’accident.
Dans une tentative d’évaluer la situation, le Centre
d’informations et de la prise de décision du Conseil des
ministres a effectué un sondage en avril dernier auprès de
la clientèle. Sur les 50 455 clients qui y ont participé, 78
% estiment le tarif trop cher, 34 % ont émis de critiques
sur le comportement des chauffeurs et 75 % se sont plaints
des retards fréquents. Le résultat de ce sondage a été
transmis à la direction du projet au gouvernorat du Caire,
responsable du projet. « Le projet n’est qu’à ses débuts,
c’est normal d’affronter des problèmes. Cela ne veut pas
dire que le projet a échoué », assure Ikram Mahmoud, le
directeur exécutif du projet au gouvernorat. Et d’annoncer :
« Nous préparons le lancement d’une deuxième phase avec 500
véhicules supplémentaires.
150
nouveaux taxis seront mis en service début septembre » .
Héba
Nasreddine