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 Semaine du 3 au 9 septembre 2008, numéro 730

 

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Dossier

Architecture Islamique . La Bibliotheca Alexandrina a organisé la semaine dernière une conférence sur les madrassas, notamment en Iraq. Un événement qui a mis en évidence ces institutions monumentales sur lesquelles on reste mal renseigné.

Les maisons des sciences

Les mosquées n’étaient plus seulement des lieux de prière. Mais dès le début de l’islam, elles ont également assumé toutes sortes d’autres fonctions, notamment dans la formation des enfants, voire des adultes. Ces mosquées qui étaient considérées pour longtemps comme centre d’enseignement dans le monde islamique, ne suffisaient plus. C’est ainsi que la madrassa (école) proprement dite fit son apparition, jouant un rôle très efficace dans la formation de brillantes générations de philosophes, de scientifiques et de théologiens.

Le terme arabe madrassa, qui signifie « lieu d’étude », fut d’abord appliqué à un genre d’institution qui aurait existé en Iraq, au Khorasan et en Transoxiane aux IXe et Xe siècles. Une madrassa désigne en particulier une institution d’enseignement islamique ou plutôt un collège de hautes études, où sont enseignées les sciences islamiques et juridiques (le fiqh), par opposition à l’école élémentaire de type traditionnel, kottab (lire encadré). Les premières fondations de ce genre étaient modestes et dont aucune n’a été conservée.

Au XIe siècle à Bagdad, la capitale califienne à l’époque, semblent avoir été fondées des madrassas répondant aux normes et habitudes régulièrement observées par la suite. « Il s’agissait d’établissements qui étaient explicitement et pour la première fois pourvus de ressources propres grâce aux revenus d’un waqf dont le montant permettait de rémunérer le corps enseignant nommé par le fondateur ou par ses héritiers, ainsi que d’entretenir les étudiants qui pouvaient être logés sur place. Les sources historiques affirment l’existence, à ce moment, d’une quarantaine de madrassas à Bagdad qui était le centre culturel du monde musulman à l’époque et où se rencontraient les maîtres les plus prestigieux. La plus ancienne des madrassas de ce genre fut ainsi inaugurée à Bagdad par le vizir turc seldjoukide Nizam Al-Mulk (mort en 1092). Elle portait le nom de son fondateur : la madrassa Al-Nézaméya. Le grand imam Al-Ghazali (1058-1111) y a enseigné. L’enseignement commence donc à être organisé et financé par l’Etat », explique Dr Bachar Awwad Maarouf, professeur émérite de recherche scientifique au Centre de la renaissance du patrimoine scientifique arabe, à l’Université de Bagdad. C’est Dr Bachar Maarouf qui a effectivement animé la conférence de la Bibliotheca Alexandrina sur les madrassas et l’éducation à l’époque abbasside. Il a aussi tenté de faire un survol de l’histoire de l’éducation dans la civilisation islamique et de la valeur donnée aux sciences et à l’éducation en islam. Cette conférence est venue en fait dans le cadre du programme dit du « chercheur résident », au cours duquel la Bibliotheca Alexandrina reçoit un chercheur, un savant ou même un politicien d’un pays arabe, islamique ou étranger, pour animer une série de conférences pendant quelques jours sur un thème bien choisi concernant la spécialité de l’invité.

Les premières universités

Au début de leur existence, les madrassas équivalaient même aux « universités » du monde occidental qui furent leurs contemporaines. Entre le XIe et le XIIIe siècles, toutes les grandes villes du monde musulman auront leur madrassa. « Plusieurs madrassas durent leur implantation dans les pays islamiques soit à des sultans, califes, soit à des membres de leurs familles, soit à des dignitaires de toute origine ... L’enseignement donné dans les madrassas couvrait l’équivalent des études secondaires et universitaires contemporaines. Les étudiants recevaient une bourse, soit de l’Etat, soit par un waqf (bien de mainmorte), soit de diverses sociétés de bienfaisance. Ils logeaient dans les dortoirs des madrassas », indique Bachar Maarouf.

La formation obtenue ne dépassait pas au début le domaine des sciences musulmanes englobant à côté du Coran, du fiqh et du hadith, des disciplines telles que la grammaire et la lexicographie. Aux XIVe et Xve siècles, viennent s’ajouter les mathématiques, la géographie ... Mais l’intérêt des professeurs et des élèves demeurait toujours centré sur les notions religieuses, comme il l’est encore aujourd’hui dans certaines universités de théologie.

Les madrassas du Caire

En Egypte, les madrassas connurent une ampleur et un éclat ornemental exceptionnels. A l’époque des Ayyoubides et des Mamelouks, le nombre des madrassas s’accrut de manière extraordinaire. Dans la rue Bein Al-Qasrein du Caire islamique s’élevèrent deux véritables rangées de madrassas. L’historien Al-Maqrizi (mort en 845 de l’hégire–1442 de l’ère chrétienne) mentionne 73 madrassas dont 13 environ ont été fondées avant 600 de l’hégire, 20 au VIIe siècle, 29 au VIIIe et 2 après 800.

Au XVe siècle notamment, vers la fin du pouvoir mamelouk, avaient été élevées de célèbres madrassas qui proliféraient au Caire. A ce moment comme un peu plus tôt, dans les premières années du XIVe siècle où était apparu l’exemple de la madrassa du sultan Al-Nasser Mohamad ibn Qalaoun, le plan cruciforme était utilisé pour affecter aux quatre écoles juridiques les quatre iwans dont chacun accueillait un professeur et ses élèves. Le genre fut illustré par la fameuse madrassa du sultan Hassan (construit de 1356 à 1363), situé au pied de la Citadelle de Salaheddine, avant que s’instaurât une mode des complexes architecturaux qu’illustrèrent ceux de Qaïtbay et de Qonsowa Al-Ghouri.

La construction de madrassas au Caire s’accéléra avec l’arrivée des Mamelouks. La Zahiriya (660-2/1262-3) de Zaher Beibars était un gigantesque bâtiment à 4 iwans, avec un proche à stalactites. Cet édifice inaugure peut-être la tradition des madrassas cairotes pourvues de splendides façades et d’un intérieur assorti. Ce degré remarquable de splendeur peut s’expliquer par des raisons politiques et économiques.

La plus ambitieuse de ces fondations mameloukes à fonction multiple, qui semble en outre avoir lancé la mode, est peut-être le complexe monumental de Qalaoun construit en treize mois (683-4/1284-5). Le fils de Qalaoun, Al-Nassir Mohamad, a construit, lui, un mausolée-madrassa contre la grande fondation de son père. De l’avis de tous, le chef-d’œuvre, parmi ces ensembles Mamelouks, et certainement le plus vaste de tous (150x 68m) était le complexe mosquée, madrassa et mausolée du sultan Hassan (757-64/1356-63). Les diverses madrassas funéraires du sultan Chaban et de sa famille, suivent l’exemple de l’ensemble du sultan Hassan.

Les madrassas ottomanes quant à elles paraissent inévitablement assez fades quand on les compare à la production des siècles précédents ; elles ont gagné en symétrie et en volume, et il y a là des caractéristiques qui ont été sous-évaluées jusqu’ici.

De tels monuments sont surtout remarquables par leurs dimensions et par la qualité d’une organisation intérieure intégrant harmonieusement le thème de l’iwan et celui d’une cour bordée de cellules. « Les édifices de madrassa comprenaient une cour (où les cours se donnaient en été), des classes de cours couvertes pour l’hiver, une mosquée, des chambres ou des dortoirs pour étudiants, des cuisines, des sanitaires, un hammam, une piscine et une fontaine. Les madrassas pouvaient se spécialiser dans certaines branches (sciences religieuses, médecine, etc.). Mais le plus souvent, elles assuraient un enseignement général dans les principales branches du savoir religieux et profane de l’époque », avance Leïla Mahmoud, experte en art islamique.

Les madrassas continuèrent longtemps de jouer un rôle de première importance dans le paysage monumental des villes d’islam jusqu’à l’époque actuelle. Elles continuèrent aussi à refléter jusqu’aujourd’hui l’organisation d’un enseignement supérieur islamique qu’elles étaient seules, depuis le XIIIe siècle, à développer systématiquement à côté des formations offertes dans les grandes madrassas de certains pays. La célèbre grande madrassa d’Al-Azhar en est un bon exemple. Et dans beaucoup de pays musulmans, un certain nombre de mosquées ont cependant continué, encore pendant des siècles, à enseigner tant les sciences islamiques que les sciences profanes .

Amira Samir

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Les premiers pas
vers la culture

Le kottab était un genre d’institutions éducatives avant l’apparition des madrassas.

Le kottab ou maktab est le nom arabe de l’école élémentaire qui a toujours tenu sa place dans l’enseignement pratiqué en pays d’islam. Il assurait la formation de base du jeune musulman puisqu’on y apprenait les premiers éléments de la lecture, de l’écriture, de la grammaire et de l’arithmétique, principalement à l’aide du texte du Coran. En fait, dans ces écoles rudimentaires les élèves apprenaient à lire, à écrire, à calculer, à nager (dans les localités côtières) et recevaient une instruction religieuse de base (les pratiques rituelles).

Les kottabs étaient en général étroitement liés aux grandes mosquées dans les temps anciens. Ensuite, ils avaient dû s’en séparer comme la madrassa pour s’établir dans d’autres locaux. Ils étaient souvent annexés d’un sabil.

En dépit de son rôle primordial, on connaît plus mal son histoire que celle de la madrassa qui eut dès l’origine des fonctions spécifiques bien marquées. Mais, ces écoles se multiplièrent dès le début de la période omeyyade (661-750), et que le système était déjà largement en vigueur sous les premiers Abbassides.

Au XVIe siècle, on sait qu’il occupait généralement une grande salle à coupole, voisine de la mosquée, qui lui était spécialement affectée et qui bénéficiait d’un waqf. A partir du XIXe siècle, le kottab connut des situations diverses, acceptant parfois le contrôle du gouvernement. Ainsi, en Egypte, un inspecteur des écoles fut nommé en 1835 et 1846, dans l’Etat ottoman, les établissements de ce genre dépendaient du ministère de l’Education.

Le kottab primitif fut un facteur important de la diffusion de la foi et du mode de vie islamique. Sous l’empire ottoman, il servit de véhicule à la transmission de génération en génération des valeurs de la société islamique ottomane.

Les garçons constituaient l’écrasante majorité des élèves dans les kottabs, tandis que les filles faisaient séparément leurs études. On pense qu’il devait y avoir environ 40 ou 50 enfants dans la salle de classe. Ils étaient assis sur des matelas ou des tapis formant un demi-cercle autour du maître .

A. S.

 




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