Géorgie.
Les pays de l’Union européenne, réunis en sommet
extraordinaire, ont évité d’imposer des sanctions à la
Russie, mais décidé d’apporter leur ferme soutien à
Tbilissi.
Le juste milieu
Réunis lundi dans un sommet extraordinaire sur la Géorgie,
les dirigeants européens ont décidé de ne pas imposer de
sanctions contre la Russie, mais ont haussé le ton, tout en
gardant la porte ouverte avec Moscou. L’UE a ainsi décidé
d’être « vigilante » dans ses relations avec la Russie. Elle
pourrait plus tard prendre des décisions « concernant
l’avenir » de ces relations en fonction de l’évolution de la
situation en Géorgie. Selon le texte de déclaration, la
Russie doit en priorité retirer ses troupes « sans délai ».
Pour aider la Géorgie à surmonter ces problèmes, la
déclaration insiste sur l’aide que l’UE est prête à apporter
à la Géorgie : « aide à la reconstruction » qui passera par
une conférence internationale, « développement de la
coopération régionale », ainsi que « renforcement » des
relations UE-Géorgie, à travers la facilitation des visas et
« la mise en place éventuelle d’une zone de libre-échange
complète et approfondie ».
En plus, les dirigeants européens ont confirmé leur volonté
d’« un engagement renforcé de l’UE sur le terrain » et
disent souhaiter « une éventuelle décision d’engagement
d’une mission civile d’observation du cessez-le-feu dans le
pays ». Cette mission serait chargée de veiller à
l’application du plan en six points, et pourrait un jour
préfigurer une véritable force internationale de paix dans
la région. Aussi, les 27 espèrent que la mission européenne
sera prête à être déployée mi-septembre, a indiqué lundi le
diplomate en chef de l’UE, Javier Solana. Cette mission,
parallèle à celle de l’OSCE (Organisation pour la sécurité
et la coopération en Europe), se déploiera en plusieurs
phases, d’abord dans le cœur de la Géorgie (régions
séparatistes géorgiennes d’Abkhazie et Ossétie du Sud
exceptées) et ensuite aux frontières. « Si le format, le
mandat et les modalités pratiques de la mission sont
entérinées à la date prévue, l’objectif serait de déployer
cette mission fin septembre début octobre », a indiqué un
responsable de l’UE.
Au cours du sommet extraordinaire, les dirigeants européens
ont condamné l’intervention de Moscou et ont promis un
soutien accru à Tbilissi, tout en évitant un retour à
la guerre froide avec un pays qui reste pour eux un
partenaire incontournable. L’UE a aussi dénoncé la
reconnaissance par Moscou de l’indépendance des deux
provinces sécessionnistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud.
Les Européens ont voulu accorder un délai à Moscou jusqu’au
prochain sommet UE-Russie, prévu mi-novembre, avant
d’envisager des mesures de rétorsion plus spectaculaires,
tel que le gel des négociations en cours sur un partenariat
renforcé. L’Union européenne et la Russie se retrouvent deux
fois par an en sommet, le prochain est prévu le 14 novembre
à Nice. Au cours de ce dernier, les Européens doivent mener
une évaluation complète. En effet, les deux parties ont
lancé, après moult polémiques intra-européennes, des
négociations sur un accord de partenariat que le conflit
géorgien pourrait remettre en question.
Les Européens ont entamé le 4 juillet des négociations en
vue d’un partenariat stratégique avec Moscou qui vise à
approfondir encore les relations entre les deux parties, sur
les plans politique, économique et surtout énergétique. L’UE
en attend notamment des garanties sur les approvisionnements
en pétrole et gaz russes.
De son côté, la Russie a réaffirmé dimanche son rejet d’un
monde « unipolaire » dominé par les Etats-Unis et campé sur
ses positions dans la crise géorgienne. La Russie « ne peut
pas accepter un système mondial où toutes les décisions sont
prises par un seul pays, même aussi important que les
Etats-Unis. Un tel monde est instable et porteur de menaces
de conflits », a accusé le président russe Dmitri Medvedev.
Tout en les jugeant « contreproductives et réservées aux cas
extrêmes », le président russe n’a pas exclu que la Russie
puisse avoir recours à des « sanctions » contre les pays qui
lui sont hostiles.
Quant au premier ministre Vladimir Poutine, il a abordé un
point sensible, en évoquant les exportations russes de
pétrole et de gaz, dont l’Europe est très dépendante. « Nous
n’avons pas l’intention de limiter quoi que ce soit. Nous
allons strictement respecter nos obligations contractuelles,
mais nous allons élargir et diversifier nos possibilités
d’exportation de ce produit si nécessaire à l’économie
mondiale », a-t-il assuré. Dans le passé, la Russie a
fréquemment été accusée par ses voisins de se servir de
l’arme énergétique pour imposer ses vues politiques, ce
qu’elle dément.
Maha
Salem