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 Semaine du 3 au 9 septembre 2008, numéro 730

 

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Afghanistan . Les Talibans se montrent de plus en plus menaçants, mettant en difficulté les forces de la coalition internationale, dirigée par les Etats-Unis.

Péril taliban

Les talibans avaient clairement dessiné les contours de leur nouvelle stratégie en Afghanistan en mars dernier : commettre plus d’attentats suicide, isoler Kaboul et toucher en plein cœur les forces de la coalition internationale. Pour l’instant, ils tiennent ce programme diffusé via Internet. Avec à leurs trousses plus de 70 000 soldats étrangers et près de 130 000 militaires afghans, les Talibans ne reviendront probablement pas de si tôt dans les rues de Kaboul, à l’endroit même où ils régnaient en maîtres avant l’invasion du pays par les Etats-Unis, à l’automne 2001. Qu’importe, les combattants islamistes ne souhaitent qu’une seule chose : que leurs ennemis craquent. S’ouvrirait alors une ère de triomphe qu’ils ne devraient qu’au renoncement des forces de la coalition, synonyme de défaite. Les Talibans attendent patiemment cette heure. « Afin d’assiéger les forces étrangères et afghanes à Kaboul, nous avons commencé à lancer des opérations sur les principales routes qui mènent à la capitale, et ce dans quatre directions », expliquait au printemps l’un des chefs Talibans les plus importants du pays, le mollah Brother. Près de cinq mois plus tard, la stratégie des insurgés semble être en passe de réussir puisque trois des quatre routes principales menant à la capitale afghane sont devenues des lieux plus que dangereux pour n’importe quel soldat ou travailleur humanitaire.

Si les Talibans semblent aujourd’hui trop peu nombreux pour avoir une assise sur l’ensemble du territoire afghan, la Force internationale d’assistance à la sécurité (Isaf) ne semble pas non plus en mesure de contrôler un Afghanistan aussi vaste que montagneux. Les violences commises contre les soldats étrangers n’ont jamais été aussi importantes depuis l’opération militaire de 2001, puisque pour le seul mois de juin, 45 militaires de l’Alliance sont morts en Afghanistan. En août, 42 soldats ont perdu la vie, au premier rang desquels figurent dix Français, tués le 18 août dernier près de Surobi, à l’est de Kaboul. Depuis 2001 et l’invasion du pays, les insurgés n’étaient jamais parvenus à tuer autant de soldats étrangers au cours d’une même opération. Cette embuscade meurtrière a attiré d’autant plus l’attention qu’elle intervenait près d’un mois après la tentative des Talibans de reprendre une base militaire isolée des mains de la coalition. Au cours de ces combats, neuf soldats américains avaient trouvé la mort. « Deux événements n’entraînent pas nécessairement un changement de stratégie, mais il s’agit forcément de quelque chose auquel nous allons prêter particulièrement attention », a déclaré récemment le porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman.

Renforts réclamés

Les Etats-Unis n’ont eu de cesse ces derniers mois de réclamer aux membres de l’Otan de consentir plus d’efforts dans la lutte contre les insurgés, en dépêchant notamment des troupes supplémentaires sur place, en vain. Seule la France a répondu à l’appel de Washington en envoyant 700 soldats dans la région. Militaires, gouvernants et politiques américains s’accordent à dire qu’il est urgent d’envoyer d’importants renforts en Afghanistan pour tenter d’enrayer la hausse des violences, mais le manque d’hommes disponibles risque de rendre ce vœu difficile à exaucer rapidement. « Il existe un besoin très réel et très urgent d’envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan. Nous travaillons dur pour ajouter des renforts, et nous cherchons les moyens de le faire le plus vite possible », a assuré le chef d’état-major américain, l’amiral Michael Mullen, alors que les militaires sur place réclament plus de 10 000 soldats supplémentaires.

Dans un rare consensus, les deux candidats à la Maison Blanche, le démocrate Barack Obama et le Républicain John McCain, sont également favorables à l’envoi de nouvelles troupes en Afghanistan, où les violences ont redoublé d’intensité depuis près de deux ans. Le sénateur Joe Biden, colistier de M. Obama, a défini l’Afghanistan comme le « véritable front de la guerre contre le terrorisme ». Le Pentagone a déjà déployé quelque 3 500 Marines en plus au printemps et compte 36 000 soldats sur place. Mais avant même d’envisager l’augmentation du contingent, les militaires américains doivent d’abord résoudre l’épineuse question du remplacement des Marines envoyés en renfort, dont la mission, déjà prolongée d’un mois, s’achève en novembre. Or, rien de concret n’est prévu pour l’instant pour prendre leur suite, déplore le commandant des US Marines, le général James Conway. « Tout le monde a l’air d’approuver le fait que l’envoi de forces supplémentaires est la meilleure chose à faire, mais la question de savoir d’où elles vont venir reste en suspens », a-t-il expliqué.

L’envoi de troupes américaines en Afghanistan reste conditionné à une baisse du contingent en Iraq, où se trouvent actuellement quelque 145 000 soldats américains. Le général David Petraeus, plus haut gradé américain en Iraq, devrait recommander en septembre le retrait de troupes supplémentaires. « Pour faire plus en Afghanistan, la présence de nos Marines doit être allégée ailleurs », a insisté le général Conway, dont 25 000 hommes sont basés dans la province d’Al-Anbar (ouest), qui a été remise lundi au contrôle des Iraqiens. Mais même si le nombre de Marines en Iraq baissait dans les prochains mois, il serait impossible de remplacer dès novembre la 24e unité expéditionnaire, composée de 2 200 hommes et postée dans le sud de l’Afghanistan, reconnaît-il. « Cela prend du temps d’envoyer une unité expéditionnaire, de l’entraîner, et rien n’est prévu pour l’instant, donc le calendrier ne colle pas pour remplacer la 24e unité », a-t-il admis. A ses yeux, le seul scénario « plausible » pour l’heure serait de prendre la relève en novembre du millier de Marines envoyés en Afghanistan pour entraîner les forces de sécurité afghanes. Un nombre qui reste bien inférieur aux trois brigades de combat réclamées avec insistance par le commandement américain en Afghanistan.

En attendant, les forces de la coalition infligent aussi des pertes importantes aux Talibans. Lundi, elles ont annoncé avoir tué plus de 220 Talibans en quatre jours de combats dans le sud de l’Afghanistan. Peu découragés par les pertes causées au sein de leurs propres rangs, qui se comptent certainement en milliers, les Talibans se sont rapprochés petit à petit de Kaboul depuis un an, dans un schéma tactique similaire à celui qui avait été utilisé à la fin des années 1980 pour déloger les troupes soviétiques de la capitale afghane. Si le nombre d’attentats suicide a par ailleurs considérablement baissé à Kaboul, les cibles sont devenues en revanche plus symboliques. L’attentat qui a frappé en juin dernier l’ambassade de l’Inde et tué 58 personnes est l’exemple parfait de cette nouvelle stratégie adoptée par les insurgés.

Si la tactique utilisée par les Talibans semble être efficace sur le plan militaire, le même raisonnement peut également se vérifier d’un point de vue politique. En continuant à causer des pertes au sein de l’Isaf et en jouant la carte de l’enlisement du conflit, les insurgés contribuent en effet à jeter le discrédit sur le président Hamid Karzai et sur ses alliés occidentaux aux yeux de la population afghane. En clair, les Talibans progressent sur tous les fronts .

Hicham Mourad

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