Cinéma .
A l’heure du bilan des comédies estivales, on assiste à des
coups d’éclat d’acteurs dans une drôlerie pesée et au déclin
d’autres.
Comédies inégales
Dans
l’option classique des films à sketches bien dirigés et
enlevés, on voit arriver un nouvel espoir, Ahmad Mekki dans
Dabbour d’Ahmad Al-Guindi. Son récent coup d’éclat a laissé
des concurrents sur le tapis. Son talent basé sur une
intensité décisive, mais encore mal formulée repose sur
l’idée de repartir à zéro.
Dabbour, le personnage qu’il campe, est un jeune riche et
raté, qui erre dans des moments et traîne entre
discothèques, obsédé par les héros des films d’aventures. Il
fait le fanfaron avant d’apprendre la nouvelle de
l’arrestation de son père (Hassan Hosni), patron d’une usine
de shampooings, pour le déficit d’un produit qui nuit aux
consommateurs. Dabbour passe du décor rose bonbon et de la
vie en parasite à la volonté de se sortir de cet état, selon
une dynamique d’intégration un peu scolaire, à l’horizon du
monde adulte. La fable, pôle traditionnel du burlesque,
n’est pas à chercher dans le film qui évacue le drame,
explorant chaque ligne du programme de sketches qui prévaut
très largement sur l’efficacité du comique de situation. La
fraîcheur de Mekki n’est pas à chercher ailleurs :
gentillet, il s’illustre dans ces moments de burlesque, où
il s’extirpe de sa chrysalide pour s’élever au rang
d’adultes dans une comédie contemporaine. Il s’affirme ainsi
comme un espoir prometteur qui enlève prestige et panache à
son rival Mohamad Saad, rarement hilare, tour à tour
anémique ou débraillé dans Puskas d’Ahmad Yousri.
Puskas (du nom d’un célèbre footballeur hongrois des années
1950-60) gravite autour d’un footballeur qu’incarne Mohamad
Saad, qui essaye de décrocher des victoires incongrues. Le
rythme est celui de l’exténuation et de l’épuisement : il
fallait trouver la bonne vitesse, doser. Là aussi la
mécanique cloisonnée de gags futiles l’emporte sur la fable
et la recherche du discours moraliste. La comédie est un
champ d’action très vaste : il y a d’abord son option la
plus traditionnelle fondée sur le heurt entre des
personnages différents joués par des acteurs connus. Or, le
one man show est un genre où Mohamad Saad s’est beaucoup
investi, depuis son succès foudroyant dans Al-Lembi de Waël
Ihsane. Le seul contre tous est le procédé qu’il brode à
partir d’actions banales et des personnages grotesques qu’il
dote d’effets incongrus et d’aventures impensables,
cultivant l’extrême dans l’utilisation des distorsions du
geste et du langage. La situation du comédien dans ce cadre
restreint le pouvoir comique et la portée de la trame de ses
films. D’où l’échec cuisant qu’il accumule depuis Katkout et
Karkar et enfin Puskas, ces dernières années. Il ferait
mieux de reculer les extravagances du sur-jeu au profit du
rapprochement du jeu insolite d’autres personnages mêlés à
ses aventures.
Quant à Ahmad Helmi, il est actuellement en train
d’instaurer un genre précis, la comédie grinçante, caustique
avec des films perspicaces. il y a plus d’audace, selon moi,
dans Assef ala al-izaag (désolé pour le dérangement). Une
audace intérieure. Il incarne dans le film un ingénieur
souffrant de l’agression de son entourage, mais pourtant
engagé dans l’avenir à travers un projet d’inventer un
carburant à coût modéré pour les avions. Il entretient un
discours avec son père décédé, commentant les distorsions du
présent, et le fardeau des difficultés qui affligent le
pays. A un âge sans perspective, sans avenir et menacé
d’amnésie, c’est dans l’ancien qu’il cherche manière à
inventer. Très inégal, plus terre à terre, sa virtuosité se
situe dans une poésie fondée sur l’alternance entre les
lieux communs, les mouvements du passé et du présent. C’est
de la pure commedia dell’ arte.
Aux yeux de certains critiques avertis, Adel Imam conserve
toujours son vedettariat. Cependant, il est un peu en
retrait par rapport au comique politique où il excelle.
Difficile de maintenir la qualité, lorsqu’on joue dans une
œuvre, Hassan et Morcos, fondée sur deux héros mêlés à des
aventures interconfessionnelles. Imam devrait travailler
avec plus d’audace l’enjeu de juguler tabous et mésententes
entre adeptes de confessions différentes, érigés dans un
décor et un combat conçus comme un ballet des mouvements et
d’actions, où la maladresse et la pertinence servent au rire
et à l’apprentissage de la tolérance de l’autre. A force de
prendre de l’âge, on sent Imam moins agressif dans les
comédies dotées d’un sens politique et social évident.
La saison estivale se clôt donc sur une grande inégalité de
comédies, avec le déficit de notoriété des uns, face aux
talents des autres qui s’affirment dans des audaces
voyantes.
Amina
Hassan