Bourse.
La faillite des grandes institutions américaines a frappé le
monde entier. Mais après les interventions de plusieurs
Banques Centrales, les marchés internationaux ont pu se
redresser. Ce n’est pas le cas en Egypte, et cette situation
fait douter de la capacité du gouvernement à mettre un terme
à la crise.
Un destin bien vague
La
crainte d’une nouvelle chute de l’indice Case 30 n’est plus
actuellement le souci majeur des investisseurs égyptiens.
L’affaire est devenue beaucoup plus sérieuse et concerne
l’avenir même d’un marché boursier récent regroupant les
fonds de milliers de particuliers et d’institutions.
Cette fois, les étrangers — qui effectuent 25 % des échanges
en Egypte — se sont précipités d’une manière sans précédent
vers la sortie du marché égyptien. Et cela pour faire face
aux répercussions de la crise américaine des subprimes qui a
provoqué, la semaine dernière, la faillite soudaine de la
banque d’affaires américaine Lehman Brothers, de la société
d’assurance AIG et des grandes institutions financières
telles que Merryll Lynch, Morgan Stanley (voir encadré).
Cette vente massive des étrangers a effrayé les
particuliers, qui se sont eux aussi mis à vendre leurs
actions, causant une forte chute de la Bourse égyptienne.
Cette dernière a baissé lundi dernier de plus de 5,5 %, et a
poursuivi sa chute tout au long de la semaine pour perdre
jeudi presque 12 % de sa valeur et s’aligner à 7 066,21 pts.
Lundi dernier, le CASE 30 a clôturé à 7 353,2 points,
enregistrant une baisse de 1,7 % par rapport à dimanche,
jour où la Bourse avait enregistré une hausse de 6,7 %. «
Ces fluctuations marquent une fragilité de la Bourse pour
les 6 prochains mois au minimum. Les hausses ne sont donc
que des réactions psychologiques de la part des
investisseurs », explique Mohamad Radwan, président du
département des ventes étrangères à la maison de courtage
Pharos.
La BCE n’est pas la seule à blâmer
Cette crise ne concerne pas seulement l’Egypte. Elle a
plombé la plupart des marchés financiers mondiaux comme
celui de Tokyo, de Londres, de Hong Kong et d’Australie. Les
actions européennes ont, elles, chuté à leur plus bas niveau
depuis mai 2005. Même chose pour les pays arabes qui sont
fortement liés à l’économie américaine. La Bourse d’Arabie
saoudite a clôturé lundi à 7 461 points, enregistrant une
baisse de 1 % par rapport à la veille. Celle du Koweït a
clôturé à 668,083 points, avec 1,4 % de baisse et
finalement, la Bourse de Doubaï à 4 200 points, enregistrant
également une baisse de 2,5 %. Seule la Bourse du Qatar a
augmenté, pour atteindre 9 431,6 points, soit une hausse de
2,2 %. « Les Bourses arabes sont un jour en hausse et un
autre en baisse. C’est un déséquilibre attendu », résume
Ahmad Helmi, analyste financier chez Prime Securities.
Mais en Egypte, le cas est bien différent. La Banque
Centrale Egyptienne (BCE) s’est contentée de relever pour la
sixième fois son taux d’intérêt de 0,5 %. Bassel Al-Hini,
PDG de Naeem Financials Investments, explique : « Cette
mesure pourrait porter en fait atteinte à la Bourse
égyptienne. Car le petit investisseur n’aura plus confiance
et préférera en sortir. Il peut placer son argent en banque
avec 11 % d’intérêt au lieu d’assumer le risque d’une
introduction en Bourse », souligne-t-il, en ajoutant que «
la marge de profits réalisée en Bourse en cette période de
fluctuations n’atteindra qu’un taux variant entre 15 et 20
%. Alors pas la peine de prendre le risque ». Avis partagé
par Al-Alfi qui note : « La BCE n’est pas la seule à blâmer
si elle a ignoré son rôle d’équilibreur du marché par
l’injection de liquidité visant à limiter la crise.
L’Organisme du marché financier (FMA) a lui aussi été
coupable de ne pas agir lors ou le lendemain de la crise, ou
bien par la modification de la structure des actions leaders
dans l’indice Case 30 ou par un communiqué rassurant les
investisseurs », s’indigne-t-il.
Bien que la BCE n’ait rien déclaré pour se défendre, une
source bien informée auprès de la banque a écarté tout
espoir d’injecter un surplus de liquidité sur le marché. «
Le taux de liquidité a dépassé les limites en juin 2008,
atteignant 61,4 % du total de l’offre monétaire, ce qui
exige d’attirer une partie de cette offre dans les banques
», dit-elle.
Mais Chahinaz Fouda, directrice de trésorerie chez BNP
Paribas, approuve la réaction de la BCE : « La BCE, par sa
décision, vise à protéger la majorité des citoyens de la
hausse incessante du taux d’inflation, qui a atteint 25,1 %
juillet dernier. Elle devait choisir entre eux et les
investisseurs en Bourse. Ces derniers représentent une
minorité et ne méritent pas vraiment de protection »,
estime-t-elle.
Pas la capacité d’intervenir
Le problème n’est donc plus d’intervenir ou pas, mais plutôt
comment intervenir. Or, Mohamad Omrane, vice-président de la
Bourse égyptienne, note que le gouvernement ne possède pas
la capacité d’intervenir. « Après avoir perdu 2 milliards de
L.E. à travers le fonds d’investissement Misr International
en 1998/99, le gouvernement a décidé de s’abstenir
d’intervenir. Il a préféré agir via d’autres institutions de
manière peu transparente », note-t-il. Ce scénario s’est
répété plusieurs fois ces deux dernières années. En 2006, il
est intervenu sans l’afficher pour soutenir l’action EFG
Hermes, qui avait subi à ce moment-là un fort déclin après
avoir été scindée. La même chose s’est déroulée la veille de
l’arrestation de l’homme d’affaires Hicham Talaat Moustapha
le mercredi 10 septembre. Les grandes institutions
financières se sont alors précipitées pour acheter les
actions de son groupe afin de soutenir la Bourse. C’est ce
qui explique le redressement de l’indice à des moments
critiques. Par exemple, l’action du Groupe Talaat Moustapha
a pu regagner 21 % de sa valeur en une seule séance après
cette intervention. Même chose quand la Bourse a enregistré
une hausse de 6,7 % dimanche 21 septembre. « C’est la
majorité des citoyens qui paye la facture de ce manque de
transparence. Le gouvernement n’a informé de l’arrestation
de Talaat Moustapha que plusieurs jours après et les
particuliers ont continué d’acheter l’action, cumulant plus
de pertes », conclut Ahmad Helmi.
Une autre option serait possible dans d’autres pays du
monde, celle de nationaliser les sociétés en difficultés.
Mais en Egypte, Helmi ne le conseille pas. « Notre économie
ne possède pas les potentiels financiers capables de
supporter les erreurs d’entreprises en difficulté ou en
faillite. Alors on n’a pas le choix. Liquider les
entreprises déficitaires est le seul moyen pour sortir de
l’impasse. Le cas de la Banque du Caire en est la preuve :
le gouvernement n’a pas pu gérer sa faillite pour soutenir
sa vente », conclut Helmi.
Dahlia Réda et Névine Kamel