Al-Ahram Hebdo, Evénement | Un destin bien vague
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 24 au 30 Septembre 2008, numéro 733

 

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Bourse. La faillite des grandes institutions américaines a frappé le monde entier. Mais après les interventions de plusieurs Banques Centrales, les marchés internationaux ont pu se redresser. Ce n’est pas le cas en Egypte, et cette situation fait douter de la capacité du gouvernement à mettre un terme à la crise.

Un destin bien vague

La crainte d’une nouvelle chute de l’indice Case 30 n’est plus actuellement le souci majeur des investisseurs égyptiens. L’affaire est devenue beaucoup plus sérieuse et concerne l’avenir même d’un marché boursier récent regroupant les fonds de milliers de particuliers et d’institutions.

Cette fois, les étrangers — qui effectuent 25 % des échanges en Egypte — se sont précipités d’une manière sans précédent vers la sortie du marché égyptien. Et cela pour faire face aux répercussions de la crise américaine des subprimes qui a provoqué, la semaine dernière, la faillite soudaine de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, de la société d’assurance AIG et des grandes institutions financières telles que Merryll Lynch, Morgan Stanley (voir encadré). Cette vente massive des étrangers a effrayé les particuliers, qui se sont eux aussi mis à vendre leurs actions, causant une forte chute de la Bourse égyptienne. Cette dernière a baissé lundi dernier de plus de 5,5 %, et a poursuivi sa chute tout au long de la semaine pour perdre jeudi presque 12 % de sa valeur et s’aligner à 7 066,21 pts. Lundi dernier, le CASE 30 a clôturé à 7 353,2 points, enregistrant une baisse de 1,7 % par rapport à dimanche, jour où la Bourse avait enregistré une hausse de 6,7 %. « Ces fluctuations marquent une fragilité de la Bourse pour les 6 prochains mois au minimum. Les hausses ne sont donc que des réactions psychologiques de la part des investisseurs », explique Mohamad Radwan, président du département des ventes étrangères à la maison de courtage Pharos.

 

La BCE n’est pas la seule à blâmer

Cette crise ne concerne pas seulement l’Egypte. Elle a plombé la plupart des marchés financiers mondiaux comme celui de Tokyo, de Londres, de Hong Kong et d’Australie. Les actions européennes ont, elles, chuté à leur plus bas niveau depuis mai 2005. Même chose pour les pays arabes qui sont fortement liés à l’économie américaine. La Bourse d’Arabie saoudite a clôturé lundi à 7 461 points, enregistrant une baisse de 1 % par rapport à la veille. Celle du Koweït a clôturé à 668,083 points, avec 1,4 % de baisse et finalement, la Bourse de Doubaï à 4 200 points, enregistrant également une baisse de 2,5 %. Seule la Bourse du Qatar a augmenté, pour atteindre 9 431,6 points, soit une hausse de 2,2 %. « Les Bourses arabes sont un jour en hausse et un autre en baisse. C’est un déséquilibre attendu », résume Ahmad Helmi, analyste financier chez Prime Securities.

Mais en Egypte, le cas est bien différent. La Banque Centrale Egyptienne (BCE) s’est contentée de relever pour la sixième fois son taux d’intérêt de 0,5 %. Bassel Al-Hini, PDG de Naeem Financials Investments, explique : « Cette mesure pourrait porter en fait atteinte à la Bourse égyptienne. Car le petit investisseur n’aura plus confiance et préférera en sortir. Il peut placer son argent en banque avec 11 % d’intérêt au lieu d’assumer le risque d’une introduction en Bourse », souligne-t-il, en ajoutant que « la marge de profits réalisée en Bourse en cette période de fluctuations n’atteindra qu’un taux variant entre 15 et 20 %. Alors pas la peine de prendre le risque ». Avis partagé par Al-Alfi qui note : « La BCE n’est pas la seule à blâmer si elle a ignoré son rôle d’équilibreur du marché par l’injection de liquidité visant à limiter la crise. L’Organisme du marché financier (FMA) a lui aussi été coupable de ne pas agir lors ou le lendemain de la crise, ou bien par la modification de la structure des actions leaders dans l’indice Case 30 ou par un communiqué rassurant les investisseurs », s’indigne-t-il.

Bien que la BCE n’ait rien déclaré pour se défendre, une source bien informée auprès de la banque a écarté tout espoir d’injecter un surplus de liquidité sur le marché. « Le taux de liquidité a dépassé les limites en juin 2008, atteignant 61,4 % du total de l’offre monétaire, ce qui exige d’attirer une partie de cette offre dans les banques », dit-elle.

Mais Chahinaz Fouda, directrice de trésorerie chez BNP Paribas, approuve la réaction de la BCE : « La BCE, par sa décision, vise à protéger la majorité des citoyens de la hausse incessante du taux d’inflation, qui a atteint 25,1 % juillet dernier. Elle devait choisir entre eux et les investisseurs en Bourse. Ces derniers représentent une minorité et ne méritent pas vraiment de protection », estime-t-elle.

Pas la capacité d’intervenir

Le problème n’est donc plus d’intervenir ou pas, mais plutôt comment intervenir. Or, Mohamad Omrane, vice-président de la Bourse égyptienne, note que le gouvernement ne possède pas la capacité d’intervenir. « Après avoir perdu 2 milliards de L.E. à travers le fonds d’investissement Misr International en 1998/99, le gouvernement a décidé de s’abstenir d’intervenir. Il a préféré agir via d’autres institutions de manière peu transparente », note-t-il. Ce scénario s’est répété plusieurs fois ces deux dernières années. En 2006, il est intervenu sans l’afficher pour soutenir l’action EFG Hermes, qui avait subi à ce moment-là un fort déclin après avoir été scindée. La même chose s’est déroulée la veille de l’arrestation de l’homme d’affaires Hicham Talaat Moustapha le mercredi 10 septembre. Les grandes institutions financières se sont alors précipitées pour acheter les actions de son groupe afin de soutenir la Bourse. C’est ce qui explique le redressement de l’indice à des moments critiques. Par exemple, l’action du Groupe Talaat Moustapha a pu regagner 21 % de sa valeur en une seule séance après cette intervention. Même chose quand la Bourse a enregistré une hausse de 6,7 % dimanche 21 septembre. « C’est la majorité des citoyens qui paye la facture de ce manque de transparence. Le gouvernement n’a informé de l’arrestation de Talaat Moustapha que plusieurs jours après et les particuliers ont continué d’acheter l’action, cumulant plus de pertes », conclut Ahmad Helmi.

Une autre option serait possible dans d’autres pays du monde, celle de nationaliser les sociétés en difficultés. Mais en Egypte, Helmi ne le conseille pas. « Notre économie ne possède pas les potentiels financiers capables de supporter les erreurs d’entreprises en difficulté ou en faillite. Alors on n’a pas le choix. Liquider les entreprises déficitaires est le seul moyen pour sortir de l’impasse. Le cas de la Banque du Caire en est la preuve : le gouvernement n’a pas pu gérer sa faillite pour soutenir sa vente », conclut Helmi.

Dahlia Réda et Névine Kamel

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Des réactions
en chaîne

Tout a commencé quand la quatrième banque américaine, Lehman Brothers, a déclaré faillite, le dimanche 14 septembre. Deux jours après, le gouvernement américain a annoncé l’acquisition du premier groupe d’assurance du pays, AIG, pour le sauver d’un sort identique. Il a constitué lundi un fonds anti-faillite de 70 milliards de dollars qui s’est engagé à faciliter un dénouement des positions dans le maquis des marchés non régulés des dérivés du crédit. Cela a déclenché une vague d’incertitude sur les marchés financiers, menant les indices à leurs niveaux les plus bas depuis trois ans.

Les Banques Centrales des différents pays du monde ont dû aussi intervenir pour faire face à la tourmente. Elles ont toutes injecté des liquidités dans le système financier. « L’économie américaine est confrontée, en ce moment, à des défis sans précédent. Et nous y répondons par des mesures sans précédent », a déclaré, jeudi dernier, le président George Bush.

De sa part, le chef de l’exécutif américain a demandé au Congrès d’approuver un plan de sauvetage à la hauteur de 700 milliards de dollars.

Pour le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, il s’agit en fait de racheter les mauvais titres gagés sur des hypothèques. « La crise s’est traduite par une érosion de la confiance qui a grippé le système financier, de sorte que l’intervention du gouvernement était essentielle », a fait valoir Paulson.

De l’autre côté de l’Atlantique, la Banque Centrale Européenne (BCE) a apporté une nouvelle bouffée d’oxygène au marché monétaire de la zone euro, injectant 70 milliards d’euros pour secourir l’Allemande Deutsche Bank et les Suisses Crédit Suisse et UBS. Quant à la Banque Centrale d’Angleterre, elle est également intervenue sur le marché le lendemain de la crise pour porter secours à la banque britannique Barclays.

Au Japon, la Banque Centrale a émis 23 milliards de dollars, et celle de Hong Kong a injecté 27 milliards de dollars directement en Bourse afin de soutenir le marché qui avait aussi enregistré sa plus forte chute depuis trois ans.

Dans le Golfe, la Banque Centrale d’Abou-Dhabi et celle du Koweït sont de même intervenues pour leurs marchés. Elles ont annoncé injecter un milliard de dinars koweïtiens à travers des achats, via les fonds d’investissements, pour rééquilibrer le marché.

D.R. et N.K.

 

 




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