Al-Qaëda
Vingt ans après sa création et sept ans après le 11
septembre 2001, Al-Qaëda divise responsables, officiels
et experts internationaux : pour certains, le réseau
terroriste a entamé son déclin ; pour d’autres, il est
plus actif et dangereux que jamais.
Les optimistes se félicitent de la « quasi-défaite » des
émules d’Ossama bin Laden en Iraq, du succès de la
répression en Arabie saoudite, de l’incapacité, depuis
trois ans, à organiser de spectaculaires attentats en
Occident, du retournement de larges pans des opinions
publiques dans les pays arabes ou musulmans, horrifiés
par les victimes civiles provoquées par les attaques
suicide. Ils insistent aussi sur les condamnations
publiques de plusieurs théoriciens ou anciens de
l’islamisme radical, dont les critiques sont d’autant
plus efficaces qu’elles se situent sur le terrain
idéologique. Pour divers experts, les deux premières
générations d’Al-Qaëda (les chefs historiques et leurs
élèves formés dans les camps afghans avant 2001) ont été
mises en déroute. Ne restent opérationnels que « la
troisième vague », des groupes autonomes
auto-radicalisés, via Internet, difficiles à repérer ou
infiltrer mais manquant d’expérience et de technique
pour lancer des attaques dévastatrices.
Les
pessimistes soulignent, en revanche, la liberté d’action
quasi totale dont bénéficie la nébuleuse terroriste dans
les zones tribales du Pakistan et dans des régions
entières en Afghanistan, où des volontaires affluent du
monde entier, l’impossibilité d’entraver la propagande
djihadiste violente sur Internet et le rôle
d’inspirateurs et d’instigateurs que continuent de jouer
l’insaisissable fondateur d’Al-Qaëda et son adjoint
Aymane Al-Zawahri.
Pour
de nombreux spécialistes, disposer, aux confins du
Pakistan et de l’Afghanistan, d’un sanctuaire de plus en
plus sûr, fait qu’au lieu de faiblir, la menace
d’Al-Qaëda et de ses alliés s’est accrue : Bin Laden et
ses adeptes jouissent d’un refuge dans les zones
tribales pakistanaises, aux côtés d’une pléthore de
groupes terroristes asiatiques et arabes dont les
activités s’étendent jusqu’en Europe et aux Etats-Unis.
Même les succès en Iraq ne pourraient être qu’en
trompe-l’œil, préviennent-ils. Ces succès ne
signifieraient pas qu’Al-Qaëda est vaincue, car la vraie
lutte contre les adeptes du djihad se situe sur le
terrain idéologique. Et tant que les Etats-Unis,
soutenus par les autres pays occidentaux et des régimes
en place, continueront à dominer et à intervenir
militairement dans le monde arabo-musulman, Al-Qaëda
subsistera.