Palestine.
Rabah Mehanna,
membre du bureau politique du FPLP, s’exprime sur la
situation politique interne et les chances du dialogue
interpalestinien.
« Il y a toujours une partie qui met les bâtons
dans les
roues »
Al-Ahram Hebdo : Malgré les efforts égyptiens et arabes, le
dialogue interpalestinien n’a toujours pas abouti. Peut-on
parler de blocage et y a-t-il un délai fixé pour parvenir à
un résultat ?
Rabah Mehanna :
Même si les résultats se font toujours attendre, nous avons
noté un véritable sérieux au cours de nos rencontres avec
les responsables égyptiens qui déploient d’énormes efforts
pour la réussite du dialogue et qui ont mobilisé une
position arabe importante en gagnant le soutien de l’Arabie
saoudite, du Yémen et de la Syrie. Les responsables
égyptiens qui parrainent ce dialogue ont déterminé un délai
allant d’un mois et demi à deux mois pour formuler une
vision qui prépare la voie à un dialogue interpalestinien
qui devra durer plusieurs jours.
— Quels sont les points sur lesquels il y a accord et ceux
sur lesquels il y a désaccord ?
— Nous avons discuté avec les responsables égyptiens de
différentes questions. Nous nous sommes mis d’accord sur le
fait que le dialogue doit se baser sur le document d’entente
nationale et l’accord du Caire de 2005. Il a été également
conclu que l’objectif du dialogue est de mettre fin aux
dissensions internes et de former un gouvernement d’entente
nationale qui sera chargé de 2 missions. Premièrement, unir
les institutions palestiniennes et deuxièmement préparer des
élections présidentielles et parlementaires. Concernant ces
élections, il s’agira d’un scrutin par liste. Nous nous
sommes également mis d’accord sur la nécessité de
restructurer les services de sécurité.
Cependant, les avis ont divergé autour de la question de
l’envoi de forces arabes à Gaza, car une telle solution peut
engendrer de nombreux risques. Nous avons donc proposé la
formation d’un conseil palestinien de sécurité nationale
chargé de réformer les appareils de sécurité palestiniens en
collaboration avec des experts arabes.
— Quel rôle pourrait assumer le Front Populaire de
Libération de la Palestine (FPLP) dans le dialogue
interpalestinien dans le contexte du différend entre le
Hamas et le Fatah ?
— Tous les points proposés dans le dialogue national sont
des initiatives du FPLP puisque nous agissons non en tant
que médiateur, mais en tant que partie concernée qui propose
un point de vue national loin de tout compte personnel. La
seule chose qui compte est l’intérêt national.
— Il a été dit que l’Egypte et la Ligue arabe tendent à
contraindre le Fatah et le Hamas à accepter des propositions
déterminées afin de régler la crise. Qu’en est-il ?
— Dans nos rencontres avec les négociateurs égyptiens et de
la Ligue arabe, nous avons en effet noté une tendance arabe
allant dans cette direction. Une série de propositions sera
exposée et les parties concernées devront les accepter
toutes ou les refuser toutes.
Je pense
que le Conseil des ministres arabes des Affaires étrangères
donnera à l’Egypte la prérogative de soumettre ces
propositions. L’Egypte et la Ligue arabe exercent de fortes
pressions sur toutes les parties pour la réussite du
dialogue.
—
Pensez-vous que le Hamas est prêt à faire des concessions ?
— Nos
confrères du Hamas commettent parfois certaines erreurs.
Cela dit, il existe au sein du mouvement des personnes qui
sont conscientes de l’intérêt national. Et notre rôle, ainsi
que celui des Arabes, est d’encourager ces personnes pour
revenir à la table des négociations.
— Mais
la crise risque de s’accentuer notamment après les récentes
déclarations des deux parties au sujet de l’échéance de
janvier prochain. Est-il possible que Mahmoud Abbass soit
prêt à trancher toutes les questions suspendues avec le
Hamas avant la fin de son mandat ?
— Suite
à nos rencontres avec les différentes parties, nous avons
ressenti beaucoup de sérieux chez Abbass. Mais le problème
c’est qu’il y a toujours parmi les négociateurs une partie
qui met les bâtons dans les roues et on se retrouve ainsi
toujours à la case départ.
— Vous
avez récemment fait des déclarations hostiles envers le
Hamas. Y a-t-il une crise entre le Hamas et le FPLP ?
— Mes
déclarations ne sont pas hostiles. J’ai tout simplement
critiqué les propositions faites par le dirigeant du Hamas
Mahmoud Al-Zahar lors d’une conférence populaire à Rafah. Il
avait alors déclaré que c’était à partir de Gaza que devait
se lancer le projet islamique et c’est une erreur grave.
—
Certains estiment que la restructuration de l’Organisation
de Libération de la Palestine (OLP) devrait passer avant la
réconciliation entre le Fatah et le Hamas. Quel est votre
avis ?
— Il
s’agit en effet d’une question importante qui a été
largement discutée lors des rencontres avec les responsables
égyptiens. Je pense que le président Mahmoud Abbass a
entravé l’application de l’accord du Caire de 2005 qui
abordait principalement la question de la restructuration de
l’OLP. C’est là l’une des causes de la tension qui règne sur
la scène politique palestinienne. En effet, la
restructuration de l’OLP et le renforcement de son rôle en
tant que représentant légitime et unique du peuple
palestinien sont une nécessité pressante.
Propos recueillis par Achraf Aboul-Hol