Le Haut représentant de la politique étrangère de l’Union
européenne, Javier Solana,
était cette semaine au Caire en début d’une tournée au
Proche-Orient. Il évoque les objectifs de sa visite et les
prochaines étapes de l’Union pour la Méditerranée.
« Nous avons encore la possibilité de parvenir à une
solution entre Palestiniens et Israéliens »
Al-Ahram
Hebdo : Quelle est la raison de votre tournée dans la région
au moment où les conditions régionales et internationales —
démission du premier ministre israélien, présidentielles
américaines — ne semblent pas favorables à une reprise des
négociations israélo-palestiniennes ?
Javier Solana :
Je suis venu dans la région à ce moment, car nous irons
cette semaine à New York pour participer à la session de
l’Assemblée générale des Nations-Unies et nous aurons là-bas
des réunions importantes. Il y aura une réunion du Quartette
international sur le Proche-Orient (Etats-Unis, Russie, Onu,
Union européenne) et une autre entre celui-ci et les
représentants des pays arabes. Ces rencontres vont se
concentrer sur le processus de paix, au moment où la période
de l’après-Annapolis touche à sa fin. Pour cette raison, il
était très important pour moi en ce moment de réunir auprès
des différentes parties le maximum d’informations avant de
participer à ces importantes réunions de New York. Nous
devons concentrer le maximum d’efforts pour que le temps qui
nous reste soit utilisé de manière appropriée. Je sais que
les conditions sont difficiles, vous avez bien mentionné les
conditions, mais tout cela ne doit pas nous empêcher de
continuer à travailler sur les objectifs que nous nous
sommes fixés à Annapolis il y a un peu moins d’une année.
— Les espoirs soulevés lors de la conférence d’Annapolis en
novembre 2007 se sont pourtant évanouis. Aucune possibilité
ne semble-t-elle envisageable pour parvenir à un accord de
paix israélo-palestinien avant fin 2008 ?
— Nous travaillons sur cette question depuis bien longtemps.
Ce que vous dites ne doit pas nous faire perdre notre
détermination de faire avancer le processus de paix. Il est
sûr que depuis les négociations de Camp David réunissant le
président américain Bill Clinton, le chef de l’Autorité
palestinienne Yasser Arafat et le premier ministre israélien
Ehud Barak en 2000, il s’est passé beaucoup de temps, mais
nous avons aujourd’hui encore une fois la possibilité et
l’espoir de parvenir à une solution entre Palestiniens et
Israéliens.
— Comment traitez-vous au sein du Quartette le problème de
la domination qu’exerce le Mouvement de la résistance
islamique Hamas sur la bande de Gaza ? Par quel moyen
faudrait-il intégrer ce mouvement dans le processus de paix
? Cherchez-vous à l’écarter de toute participation à un
règlement ?
— Les dirigeants du Hamas savent bien ce qu’ils doivent
faire pour être intégrés à l’Autorité palestinienne, et donc
incorporés au processus de paix. Ils doivent s’adapter aux
réalités actuelles et doivent faire certains compromis et
changer certains points qui sont très clairs et connus de
tout le monde. Cette position est celle de la Ligue arabe,
qui l’a réitérée à plusieurs reprises. Une position à
laquelle nous avons accordé tout notre soutien. Je ne pense
pas que le Hamas ait le sentiment d’être marginalisé ou
d’être jeté dehors, car ses dirigeants savent de manière
très claire ce qu’ils doivent faire pour qu’ils soient
inclus dans le processus en cours.
— Que pensez-vous de la médiation que mène l’Egypte auprès
des factions palestiniennes, notamment le Fatah et le Hamas,
pour parvenir à une réconciliation à dénominateur commun ?
— Je pense qu’il s’agit d’une initiative très importante et
j’apprécie très certainement la détermination du président
Moubarak de parvenir à une solution à ce problème. Je suis
de près les rounds de discussions entre les factions
palestiniennes, et si l’Egypte parvient à des résultats
satisfaisants, nous allons lui accorder notre soutien.
— De nombreux rapports d’ONG travaillant en Palestine ont
indiqué récemment qu’aussi bien l’Autorité palestinienne que
le Hamas utilisent des méthodes violant les droits de
l’homme contre leurs prisonniers du camp adverse. Vous ne
parlez pas au Hamas, mais soulevez-vous cette question avec
l’Autorité palestinienne ?
— Lorsque nous entendons parler d’un rapport sur des
violations des droits de l’homme, nous essayons de faire
connaître notre position sur ce sujet aux responsables
concernés. Nous le faisons sans essayer de nous imposer,
mais pour montrer les informations que nous recevons de la
part d’ONG ou de diverses institutions chargées de faire
état des violations des principes des droits de l’homme. Et
nous essayons de faire passer ce message à ceux qui peuvent
en être responsables.
— Le projet de l’Union pour la Méditerranée a été lancé
formellement à Paris mi-juillet. Mais de nombreux points
restent encore non élucidés. Pouvez-vous faire la lumière
sur le contenu de cette initiative et la suite à lui donner
?
— L’idée du sommet de Paris est de lancer un partenariat
entre les deux rives de la Méditerranée pour être sur un
pied d’égalité. Il s’agit d’une nouvelle étape du Processus
de Barcelone. Comme vous le savez, la présidence actuelle
est partagée entre l’Egypte et la France pour un certain
temps. Le sommet sera suivi d’une réunion ministérielle qui
aura lieu au mois de novembre où seront prises des décisions
sur la structure du secrétariat et sur l’adoption de projets
dans différents domaines comme l’économie, l’énergie,
l’éducation, l’environnement, etc.
— Mais à quel point ce projet est-il adapté aux
circonstances qui prévalent autour de la Méditerranée, où
règnent surtout les disparités entre le Nord et le Sud ?
— C’est pour cette raison que l’idée est de travailler de la
manière la plus orientée vers les besoins des gens. Nous
allons mettre en place des projets, des programmes et des
actions qui auront des répercussions positives sur les gens.
Nous voulons faire cela, car nous voulons être plus
efficaces en travaillant ensemble des deux rives de la
Méditerranée. Nous voulons travailler dans les domaines qui
auront de bonnes répercussions sur l’économie. Des domaines
fondamentaux tels que l’énergie, l’environnement,
l’éducation, la recherche, etc. Bref, tout cela aura des
répercussions positives sur la vie des gens.
— La lutte européenne contre l’immigration clandestine
soulève la question de la circulation des personnes dans la
Méditerranée. Comment allez-vous traiter cette question dans
le cadre de l’Union pour la Méditerranée ?
— La question de la circulation autour de la Méditerranée
sera l’un des points importants des discussions avec les
pays du Sud. Les déplacements de biens et de personnes du
Nord vers le Sud et vice-versa. Tout cela devra être traité
dans un contexte plus large. Dans un contexte où tous les
projets liés aux domaines des sciences, de l’économie, de
l’éducation, de la recherche scientifique et de la
technologie auront comme conséquence l’organisation des flux
des personnes allant d’un côté à l’autre de la Méditerranée.
Ce qui sera très important dans ce partenariat, c’est que
nous comprenons les problèmes de la même manière.
— L’Europe a signé des accords d’association avec la
majorité de ses voisins du sud de la Méditerranée dans
lesquels figure le respect des principes de la démocratie,
des droits de l’homme et des libertés fondamentales comme la
liberté d’expression. Comment fonctionnent les mécanismes de
suivi de ces dispositions ?
— Il existe avec eux un dialogue au niveau politique, qui
implique aussi un échange sur les questions que vous venez
de mentionner. Nous le faisons de la manière la plus
respectueuse, car nous respectons ces pays, mais nous
voulons aussi aller le plus loin possible dans cette
direction, qui est celle menant au respect des valeurs
fondamentales que nous partageons tous.
Propos recueillis par Randa Achmawi