Eau.
Plusieurs quartiers cairotes souffrent depuis le début du
Ramadan de coupures répétées. Selon l’Organisme concerné,
des travaux de rénovation du réseau sont à l’origine de ce
désagrément.
Nouvelle pénurie
«
L’Egypte a réalisé une percée dans le domaine de l’eau
potable durant deux ans. Nous produisons 5,1 millions de
mètres cubes par jour. Au cours des prochains mois, 5
millions de mètres cubes supplémentaires par jour seront
produits, soit une hausse de 25 % ». « Cette année sera
cruciale pour l’amélioration du service d’eau potable en
Egypte ». Telles étaient les déclarations du ministre de
l’Habitat, Ahmad Al-Maghrabi, en août 2007 lors de la
fameuse pénurie d’eau qui a touché plusieurs quartiers du
Caire et quelques villages du Delta. Chose promise, chose
due. Mais celui-ci, tout particulièrement, ne semble pas
avoir de place en Egypte. Aujourd’hui, un an après cette
fameuse pénurie d’eau, les coupures d’eau ont repris au
Caire et dans le Delta. Particulièrement touché, le quartier
de Madinet Nasr, à l’est du Caire. Depuis le début du
Ramadan, les 750 000 habitants de ce quartier vivent un
véritable drame. Tous les jours, hommes, femmes et enfants
quittent leurs foyers munis de gros jerricans à la recherche
de l’eau qu’ils achètent à des vendeurs ambulants dotés de
camions. « La vie était devenue impossible. Nous n’avions
pas une goutte d’eau. Le premier jour du Ramadan, je n’ai pu
faire ni le ménage ni la cuisine », lâche Nawal Mohamad,
femme de ménage et mère de deux enfants. En guise de
solution, son mari a acheté un réservoir d’eau qui coûte 1
400 L.E. pour stocker l’eau et répondre aux besoins de la
famille. « J’ai deux filles, dont un bébé de cinq mois qui a
besoin d’une grande quantité d’eau par jour »,
assure-t-elle. Les jours où il n’y a pas d’eau, la vie dans
le quartier de Madinet Nasr est bouleversée. Magasins,
restaurants, hôtels et autres services sont affectés. « Lors
du premier jour du Ramadan, nous avons eu une coupure d’eau
qui a duré assez longtemps. C’était un grand dilemme. Nous
n’avons pas été en mesure de servir tous nos clients pour l’iftar.
Et nous avons dû annuler un nombre de commandes. C’était une
perte importante car le Ramadan est une bonne occasion pour
nous. La coupure d’eau nous a paralysés », déclare Gad,
restaurateur. Le gouvernement avait créé l’année dernière
une ligne verte, le 125, pour recevoir les plaintes des
citoyens. Mais cette ligne ne sert visiblement pas à
grand-chose. « Personne ne nous répond sur ce 125. J’ai
passé plusieurs coups de fil à la municipalité, à
l’Organisme de l’eau du Caire, aux responsables du
gouvernorat, mais en vain », s’insurge Marwa Walid,
fonctionnaire, en expliquant que la seule réponse qu’elle
recevait chaque fois était : « L’eau sera rétablie dans une
heure ». Une heure qui se prolonge interminablement et il
faut attendre parfois sept ou huit heures pour que l’eau
revienne dans les robinets. Elle est alors polluée et a une
couleur jaunâtre. « Est-ce que pour le gouvernement une
heure signifie 7 heures ? », demande Marwa, qui habite
Zahraa Madinet Nasr. « Pourquoi les habitants des villes
nouvelles comme le 6 Octobre et Cheikh Zayed
n’affrontent-ils aucun problème de ce genre ? Nous, on nous
coupe l’eau pendant que des millions de mètres cubes sont
gaspillés dans les cités huppées pour arroser les jardins et
les terrains de golf », s’insurge pour sa part Ibrahim Ali,
professeur.
Le siège de l’Organisme de l’eau du Caire se trouve rue
Ramsès au Caire. Dans un bureau cinq étoiles, le PDG de
l’organisme, Mohamad Abdel-Rahmane, ne trouve pas qu’il y a
de crise d’eau potable ! « L’Organisme de l’eau procède
actuellement à la rénovation de certains réseaux vétustes.
Donc, nous avons dû couper l’eau dans certains quartiers le
temps que les travaux soient achevés », assure le PDG. Et
d’ajouter que les travaux concernent la réparation d’une
station d’eau en panne, raison pour laquelle l’eau a été
coupée à plusieurs reprises. Il nie le fait que les villes
nouvelles soient à l’origine de cette pénurie. « Ce n’est
pas vrai que les villes nouvelles sont à l’origine du
problème. Elles utilisent l’eau souterraine pour les travaux
de construction », explique-t-il. Et d’ajouter : « Nous
produisons 7,2 millions de mètres cubes d’eau par jour.
C’est un chiffre suffisant pour la consommation, mais je
demande aux citoyens de rationaliser la consommation de
l’eau ».
Des pannes et des travaux de rénovation ? Peut-être. Mais
ces considérations seules n’expliquent pas tout. Cela fait
plusieurs années qu’un quartier comme Madinet Nasr est
frappé par des pénuries d’eau. Et cette année, la pénurie
touche aussi certaines régions de Maadi au sud du Caire et
plusieurs villages du Delta. Selon les experts, les raisons
de cette pénurie sont les mêmes : une consommation d’eau qui
ne cesse de croître et des infrastructures qui ne sont pas
en mesure de supporter cette croissance. Dans un quartier
comme Madinet Nasr, les immeubles sont de 10 ou 12 étages,
alors qu’on prévoyait 5 ou 6 étages maximum pour chaque
immeuble. Qu’on le veuille ou non, le développement des
villes nouvelles à la périphérie du Caire, principalement
destinées à une clientèle haut de gamme, contribue également
à la crise, terrains de golf et piscines augmentant la
consommation de l’eau.
Le ministère de l’Habitat a lancé un plan pour construire
160 nouvelles stations d’eau potable d’un coût de 4
milliards de L.E. 95 serviront dans 9 gouvernorats qui
avaient été touchés par la crise de l’eau potable l’année
dernière, en particulier les gouvernorats de Kafr Al-Cheikh
et de Daqahliya. Cependant, seulement une partie de ce plan
a été mise à exécution. Mohamad Mokhtar Al-Hamalawi,
vice-gouverneur du Caire pour la région est, assure que
l’eau a été rétablie à Madinet Nasr dimanche soir, mais
l’alimentation est encore faible dans certaines zones à
cause de l’augmentation de la consommation d’eau pendant le
Ramadan. Dimanche également, le président Moubarak,
accompagné du ministre de l’Habitat, a inauguré deux
nouvelles stations d’eau potable à Daqahliya.
Ola
Hamdi