Environnement des Affaires.
Le rapport Doing Business 2009 de la Banque mondiale classe
l’Egypte 114e sur 181 pays. Une position moins bonne
qu’attendue, car différentes réformes introduites récemment
n’ont pas été prises en compte.
Toujours sur la pente ascendante
Il
n’a pas été facile pour les responsables de digérer les
résultats du rapport annuel Doing Business, publié la
semaine dernière par la Société financière internationale (IFC),
organisation affiliée à la Banque Mondiale (BM) : certains
d’entre eux avaient prévu l’année dernière que l’Egypte se
retrouverait en dessous de la barre des 100 premiers, mais
le rêve n’a pas été réalisé.
Selon le rapport, l’Egypte a en effet grimpé de seulement 12
places par rapport à l’année dernière, occupant la 114e
position sur 181 pays examinés par le rapport. En 2007, elle
a été classée 146e sur 175 pays. De plus, le rapport la
classe en queue de liste des 10 pays réformateurs, alors
qu’elle était en tête l’année dernière. Pour expliquer cela,
Ziad Bahaeddine, ex-président de l’Organisme de
l’investissement, explique que la course regroupe désormais
de nouveaux champions : « L’apparition de pays ayant
introduit plus de réformes nous a fait reculer. Toutefois,
l’Egypte reste le seul pays à garder sa place dans les 10
premiers réformateurs pour la troisième année consécutive »,
se console Bahaeddine. Opinion partagée par Samir Radwane,
auteur du rapport annuel sur la compétitivité en Egypte, qui
explique que ce Doing Business classe les pays d’après le
nombre de réformes introduites. « Or, la plupart des
réformes menées ces deux dernières années ne sont entrées en
vigueur qu’en 2008. Donc, elles n’ont pas été examinées par
les auteurs du rapport », note-t-il.
L’Egypte est néanmoins encore absente d’autres domaines de
réformes tels que l’exécution des contrats et la loi sur la
liquidation des entreprises qui sera débattue en 2009. De
plus, le classement de l’Egypte pourrait se détériorer
davantage l’année prochaine suite à l’introduction d’un
nouvel indicateur sur l’infrastructure. Enfin, il y a aussi
la réglementation du travail, facteur d’une grande
importance pour les hommes d’affaires, en particulier au
niveau des procédures de licenciement. « Cela car des
législations du travail plus libérales encouragent les
sociétés étrangères à investir massivement. Cela leur donne
plus de liberté pour se débarrasser de la main-d’œuvre non
qualifiée, et se reflète sur l’activité économique », estime
Dahlia Khalifa, co-rédactrice du rapport Doing Business,
avant d’ajouter que les différents pays africains et arabes
ne donnent pas d’importance aux réformes concernant les lois
du travail. Samir Radwane explique de son côté qu’il sera
très difficile de réaliser une progression en la matière, et
cela pour des raisons sociales. « Ce qui m’importe est de
protéger les droits des employés plutôt que de gagner deux
points en plus dans l’indice. Nous sommes différents des
pays voisins : le côté social est très important chez nous
», commente-t-il.
Progression dans l’octroi de crédits
Le rapport Doing Business classe les pays selon dix
indicateurs relatifs à la réglementation des affaires.
Ceux-ci concernent les délais et coûts d’application de la
réglementation nationale relative à la création, la mise en
œuvre ainsi que la liquidation d’une entreprise, le commerce
transnational, la fiscalité des entreprises et l’octroi de
crédits. Selon le rapport, l’Egypte continue à améliorer de
façon significative sa position dans le classement mondial
quant à la facilité d’entamer des affaires, avec 6 réformes
concernant les 10 indicateurs étudiés. Il s’agit notamment
de la progression dans le domaine de l’octroi de crédits
avec l’entrée en vigueur du crédit bureau (société IScore).
Par ailleurs, le rapport met en valeur la poursuite des
réformes entreprises par le gouvernement sur plusieurs
fronts. Par exemple, il imposait un capital minimum pour la
création d’une entreprise, un obstacle qui a été aboli. Un
nouveau code du bâtiment a été adopté en 2008 pour réduire
les délais et le nombre de procédures d’octroi de permis de
construire en créant un guichet unique pour toutes les
formalités. « Les fruits de cette loi ne seront recueillis
que l’année prochaine », commente Ziad Bahaeddine.
Un progrès est aussi ressenti dans le domaine du commerce
extérieur. Le rapport félicite la progression de l’Egypte
qui occupe la première place en Afrique et la troisième au
sein des pays de la Méditerranée, après la France et Israël.
De même, dans ce domaine, elle occupe la 24e place sur les
181 pays du rapport. Cette forte progression est le résultat
de la modernisation de ses ports. A titre d’exemple, le
premier port du pays, celui d’Alexandrie, a été sujet d’une
modernisation non seulement de l’infrastructure, mais aussi
des procédures. Ces dernières ont été simplifiées, en
réduisant les délais du dédouanement, celui de l’import est
passé à 1 jour et celui de l’export à 3 jours.
Autant de pas positifs qui ne cachent pas la réalité selon
laquelle, dans le contexte régional, l’Egypte reste
largement à la traîne et a du mal à emboîter le pas à
d’autres pays comme l’Arabie saoudite, qui figure dans les
25 premiers pays de la liste, à la 16e place. Israël est
classé 30e, les Emirats arabes unis 46e, la Tunisie 73e et
le Yémen qui a réussi à grimper plus de 15 points, figure à
la 98e place (voir graphique). « Les pays du monde entier
sont de plus en plus résolus à poursuivre leur programme de
réformes qui favorisent l’activité économique », a déclaré
Penelope Brook, directrice au bureau du vice-président de la
Banque mondiale/IFC pour le développement financier et du
secteur privé, ainsi que co-auteur du rapport avant
d’ajouter que « les nouveaux entrants se tournent vers ceux
qui ont antérieurement réformé leur réglementation des
affaires. Ces réformes se multiplient également en Afrique,
où de nombreux pays s’inspirent de l’exemple des pays
africains les mieux classés ».