Circulation.
Une disposition du nouveau code qui met spécifiquement en
relief le manque de coordination entre les différents
services gouvernementaux et surtout l’absence de
clairvoyance.
Le casse-tête de la trousse de premiers secours
«
Croient-ils que tous les Egyptiens sont des médecins ?! »,
ironise un conducteur à propos de cette clause du nouveau
code de la route, exigeant la présence d’une trousse de
premiers secours dans chaque véhicule. Sinon, la peine est
une amende et une suspension d’un mois au moins du permis de
conduire. Ce conducteur n’est pas le seul d’ailleurs à
considérer comme obsolète cette condition.
En fait, l’affaire avait provoqué un grand débat au sein de
la société et avait fait couler beaucoup d’encre éclipsant
les autres clauses tout aussi controversées, à savoir
l’exagération des amendes et le durcissement des peines. La
question qui hante toujours les gens c’est : comment
utiliser cette trousse en cas d’accident ? Une affaire
compliquée et difficile pour beaucoup d’Egyptiens, notamment
devant ces tas d’articles si exagérés que doit renfermer
cette trousse, comme il est inscrit dans le statut de la
loi. La trousse doit être en matière métallique antirouille,
peser de 2 à 5 kilos et renfermer 16 articles. Parmi ses
composants se trouvent 4 paquets de pansements stérilisés, 4
paquets de bandages, 5 paquets de tuile gras pour les
brûlures, 100 g. de coton, 5 gants en plastique, 2 attelles
pour les fractures, de petits ciseaux, une torche et un
liquide antiseptique, de la « Bétadine » plus précisément.
Et ce dernier article, avec précision du nom de la société
poudreuse, avait suscité les critiques, notamment des
pharmaciens qui s’interrogeaient sur le fait d’insister sur
cette marque, alors qu’il existe plusieurs marques de
désinfectants.
Craignant les peines, beaucoup d’Egyptiens se sont
précipités, sans être nullement convaincus, pour acheter
cette trousse. Un vrai souk est alors installé. Des trousses
à des prix et des origines différents ont inondé les
marchés. Fabrication locale ou importée, made en Turquie ou
en Chine, des prix allant de 15 à 100 L.E., d’où les
soupçons de l’existence d’un business derrière cette
affaire.
Mais à peine quelques jours avant l’entrée en vigueur de la
loi, prévue pour le 1er août, l’opinion fut stupéfaite
devant la déclaration du ministre de la Santé qui la met en
garde contre l’achat des trousses qui se trouvent sur le
marché. Les responsables ont réalisé que « leur contenu est
exagéré et contraire aux normes mondiales », et promis une
réduction du nombre d’articles pour simplifier les choses
aux citoyens et répondre au minimum aux spécifications
internationales.
Quant à l’application de cette clause, elle est reportée
pour trois mois, le 1er novembre, jusqu’à ce qu’un comité au
sein du ministère de la Santé finisse l’étude des nouvelles
spécifications. Mais où se trouvait le ministère de la Santé
au moment de la préparation de la loi ? Et pourquoi
l’affaire n’avait-elle pas été bien étudiée avant l’annonce
de la législation ? Pour Ammar Ali Hassan, politologue,
c’est une affaire très banale dans la législation
égyptienne. La loi est élaborée à la va-vite, on la soumet
au Conseil consultatif puis à l’Assemblée du peuple pour la
ratifier. Et lors de son application, on réalise que toutes
les parties concernées ne sont pas au courant de ce qu’elle
comporte. « Cette loi, comme d’autres, est l’enfant du chaos
bureaucratique dans la vie égyptienne », ajoute-t-il.
Pour le cas de la trousse, après la promulgation du code de
la route, il s’est avéré que le ministère de la Santé aurait
dû être consulté avant sa ratification.
Pour Amr Hachem, politologue au Centre d’Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, devant ces critiques, le
ministère de l’Intérieur s’est tourné vers celui de la Santé
pour calmer les rumeurs des gens qui voient dans cette
affaire un complot. Un comité, présidé par Hamdi Al-Sayed,
doyen des médecins, est alors formé au sein du ministère de
la Santé et a passé un mois à discuter de ce changement dans
les spécifications de la trousse. Mais jusqu’à présent,
personne n’est informé des nouvelles spécifications. « Le
comité a fini ses travaux depuis le 1er septembre. Et on a
transmis nos recommandations au ministère de la Santé pour
les appliquer », dit Hamdi Al-Sayed, tout en assurant que
les nouvelles spécifications conviennent aux critères
mondiaux et que la trousse va être à la portée de tous. Son
prix va se situer aux alentours de 25 à 30 L.E. Mais ce ne
sont pas toutes les recommandations de ce comité qui ont eu
l’approbation du ministère de la Santé. Al-Sayed avait
suggéré un report de 6 mois et donner ainsi de la chance à
une préparation soignée de la trousse pour éviter que sa
fabrication ne soit le monopole d’une seule société.
Ce délai est aussi nécessaire pour le doyen des médecins
afin d’avoir plus de temps pour apprendre aux conducteurs
comment utiliser cette trousse. Al-Sayed propose de donner
des cours de sensibilisation aux premiers secours à tous
ceux qui viennent pour renouveler ou avoir pour la première
fois des permis de conduire. Or, la réponse est venue du
ministère de l’Intérieur : Non. Juste ce délai de trois
mois. Le ministère de la Santé se résout donc à la
sensibilisation, à travers sa chaîne satellite Ma santé, sur
la méthode d’utilisation de cette trousse de premiers
secours jusqu’à l’arrivée de l’ambulance.
Aliaa
Al-Korachi