Afghanistan.
Le président américain George W. Bush recevra son homologue
afghan Hamid Karzaï le 26
septembre à un moment où le pays est confronté à un
redoublement des violences et où les Etats-Unis envisagent
une nouvelle stratégie pour lutter contre les islamistes.
Washington revoit ses plans
Sept ans après les attentats du 11 septembre, qui ont été à
l’origine de la guerre lancée par les Etats-Unis contre
l’ancien régime des Talibans en Afghanistan, la stratégie
américaine paraît plus que jamais ratée. S’il a fallu
quelques semaines uniquement pour provoquer la chute des
Talibans et instaurer Kaboul un nouveau régime
pro-occidental, il en a été tout autrement pour ce qui est
de la lutte contre les réelles forces islamistes du pays,
qui, bien que n’étant plus au pouvoir, restent bien ancrées.
Pour preuve, près de 3 000 personnes ont été tuées en
Afghanistan depuis début 2008, année la plus meurtrière
depuis la chute des Talibans, bien que les effectifs des
forces étrangères aient été portés à 71 000 hommes.
Et les violences n’ont pas baissé d’intensité. Un attentat
suicide à la voiture piégée contre un convoi des
Nations-Unies, revendiqué par les Talibans, a coûté la vie
dimanche dernier à un chauffeur et à deux médecins locaux,
dans le sud du pays. La veille, sept policiers ont trouvé la
mort dans la province de Ghazni, au sud-ouest de Kaboul. Le
gouverneur de la province de Logar
a en outre été tué le même jour dans un attentat, alors
qu’un soldat britannique a été tué dans une explosion au
cours d’une patrouille de routine près de
Kajaki, dans la province
méridionale d’Helmand, bastion des Talibans où est déployé
l’essentiel du contingent britannique. Les Talibans ont
aussi tué quatre policiers et en ont enlevé deux autres lors
d’une attaque contre un commissariat dans le centre du pays.
Et la liste des attaques de ce genre est encore longue.
En parallèle, les forces de la coalition intensifient, elles
aussi, leur lutte contre les islamistes. Ces dernières
semaines, cette lutte a pris de nouvelles proportions,
incluant des attaques américaines en territoire pakistanais
et des efforts menés par les forces pakistanaises
elles-mêmes. Sous la pression intense de Washington dont le
Pakistan est l’allié-clé dans sa « guerre contre le
terrorisme », l’armée pakistanaise mène depuis plusieurs
semaines dans le district de Bajaur
des opérations de grande envergure qui ont fait plus de 750
morts, principalement des rebelles, et 260 000 personnes
déplacées. Le week-end dernier a été particulièrement le
théâtre de violents combats, et l’armée pakistanaise a
annoncé la mort de dizaines de combattants islamistes. Dans
le même temps, un nouveau missile, apparemment tiré par un
drone de l’armée américaine venu d’Afghanistan, a tué
vendredi au moins 12 personnes, selon des responsables
locaux, dans le nord-ouest du Pakistan, où Washington veut
éradiquer les repaires d’Al-Qaëda
et des Talibans. Cette nouvelle frappe, la quatrième en une
semaine, intervient alors que la tension monte entre
Washington et Islamabad : les Etats-Unis ont menacé de
multiplier les opérations militaires dans les zones tribales
pakistanaises frontalières avec l’Afghanistan, le Pakistan a
juré de s’y opposer « à n’importe quel prix ». Mais le
président afghan Hamid Karzaï a
apporté son soutien aux projets américains d’incursions
militaires terrestres au Pakistan pour combattre les
Talibans et les activistes d’Al-Qaëda.
« Un changement de stratégie est essentiel », a dit
Karzaï. « Cela signifie qu’il
faut intervenir dans des zones qui servent de terrains
d’entraînement et de bases arrière aux (terroristes). Nous
irons là-bas ensemble et nous les détruirons ».
Cependant, le président afghan a réclamé un plus grand
contrôle sur les opérations des militaires étrangers en
Afghanistan et il s’est déclaré hostile à leur présence à
long terme dans son pays. « Il est naturel que la communauté
internationale ne puisse rester ici éternellement et il
n’est pas bon pour nous qu’elle y reste », a ajouté le chef
de l’Etat afghan, qui a demandé à Washington de changer de
stratégie.
Etendre les opérations transfrontalières
Face à cette nouvelle donne, le chef de l’état-major de
l’armée américaine, l’amiral Michael Mullen, a annoncé avoir
ordonné une nouvelle stratégie militaire prenant en compte «
les deux côtés de la frontière ». Ce dernier a concédé que
la coalition occidentale n’était pas en train de gagner en
Afghanistan et prôné un changement de stratégie afin de
combattre l’insurrection jusqu’au Pakistan. L’amiral Mullen
a expliqué qu’il « réfléchissait à une nouvelle stratégie,
plus globale, pour la région, visant notamment à étendre les
opérations transfrontalières entre l’Afghanistan et le
Pakistan. A mes yeux, ces deux pays sont inextricablement
liés par une même insurrection qui franchit leur frontière
commune ». Cependant, l’Otan n’a pas l’intention de revoir
sa politique afghane pour adhérer à la stratégie proposée
par les Etats-Unis consistant à poursuivre les Talibans et
autres militants d’Al-Qaëda au
Pakistan, a déclaré jeudi dernier un porte-parole de
l’Alliance. « La politique de l’Otan, dans le cadre de notre
mandat, s’arrête à la frontière. Il n’y a pas d’incursions
aériennes ou terrestres des forces de l’Otan au Pakistan »,
a-t-il dit, ajoutant que le sujet serait certainement à
l’ordre du jour du conseil des ministres des Affaires
étrangères de l’organisation consacré à l’Afghanistan, les
18 et 19 septembre, à Londres.
Abir
Taleb