Israël.
L’actuelle ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni,
est donnée favorite pour succéder à Ehud Olmert à la tête du
Kadima et devenir ainsi le prochain premier ministre.
Livni au premier rang
Avec
une réputation de femme intègre tranchant avec celle du
premier ministre sortant, Ehud Olmert, embourbé dans un tas
d’affaires de corruption, Tzipi Livni, chef de la diplomatie
israélienne, est pressentie pour succéder à Olmert.
Contrairement à ce dernier, Tzipi Livni n’a jamais été
inquiétée par la justice, et elle domine le ministre des
Transports, Shaul Mofaz, dans les derniers sondages
concernant le premier tour des élections primaires du parti
Kadima, qui se tiennent ce mercredi.
C’est d’ailleurs là son point fort. Mme Livni cultive cette
image d’intégrité dans un pays où les affaires de corruption
impliquant des dirigeants politiques se sont multipliées ces
dernières années.
Malgré cela, elle suscite la méfiance au sein de l’appareil.
« Je crains pour l’avenir de l’Etat d’Israël si Livni arrive
au pouvoir. Elle est incapable de prendre des décisions.
Elle est influençable et n’a pas confiance en elle-même », a
récemment dit d’elle M. Olmert, en la qualifiant au passage
de « traîtresse » et « menteuse ». Une animosité qui a
éclaté au grand jour en 2007, lorsqu’elle s’était déjà
positionnée en faveur d’une démission du premier ministre
après la publication d’un rapport sur la guerre de 2006 au
Liban.
Ce dernier perd ainsi son poste après un mandat marqué par
les affaires et les échecs en matière de sécurité. Le
dernier coup encaissé par Olmert aura été la recommandation
de la police de l’inculper pour corruption. Les enquêteurs
ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils avaient suffisamment
de preuves pour recommander son inculpation pour «
corruption » et « abus de confiance » dans le cadre de deux
des six dossiers le concernant. Ceci quatre mois après que
la police israélienne eut dévoilé qu’Olmert avait reçu en
liquide d’importantes sommes d’argent, qui pourraient
constituer des pots-de-vin, d’un homme d’affaires juif
américain alors qu’il était maire de Jérusalem entre 1993 et
2003.
Blanc bonnet et bonnet blanc
Avec ces scandales en série, ce sont les affaires internes
qui ont pris le dessus dans la campagne du Kadima, le
processus de paix étant ainsi relégué au deuxième plan. A ce
sujet, Mme Livni est perçue comme une pragmatique. C’est
elle qui mène les négociations avec Ahmad Qoreï, le
représentant de l’Autorité palestinienne, des discussions
qu’elle considère comme importantes, dans le cadre de la
reprise du dialogue initié aux Etats-Unis, à Annapolis, fin
2007, par le président George W. Bush.
« Une perte de temps », rétorque M. Mofaz, 59 ans, un «
faucon » qui, dans un entretien paru vendredi dernier dans
Yédiot Aharonot, promet, s’il devient premier ministre, de «
reprendre les liquidations ciblées contre le Hamas, frapper
les infrastructures à Gaza, limiter les livraisons de fuel
et tarir les sources de financement du terrorisme ». Dans le
même quotidien, Mme Livni affirme qu’elle ne négociera avec
le Hamas qu’à condition qu’il « reconnaisse Israël, renonce
au terrorisme et entérine les accords passés » avec les
Palestiniens.
Pourtant, malgré ces différences de vue, pour les
Palestiniens, cela risque d’être blanc bonnet ou bonnet
blanc. Les négociations, relancées en novembre 2007 à
Annapolis aux Etats-Unis, étaient censées aboutir en 2008
mais ont enregistré peu de progrès depuis. Et après des mois
de pourparlers, l’Autorité palestinienne affiche sa volonté
de les poursuivre avec son successeur, bien que
l’incertitude politique en Israël ait d’ores et déjà miné
les chances d’un accord de paix proche.
En effet, si l’Autorité du président Mahmoud Abbass se dit
officiellement prête à poursuivre la quête de la paix avec
le successeur de M. Olmert, quel qu’il soit, elle n’en est
pas moins consciente des difficultés de traiter avec un
premier ministre israélien moins enclin au compromis. Les
prochaines semaines seront donc sous le signe de l’attente.
En effet, pour être élu au premier tour, le futur chef du
Kadima devra dépasser la barre des 40 % des suffrages
exprimés, faute de quoi un deuxième tour sera organisé le 24
septembre. Quoi qu’il en soit, Ehud Olmert a promis de
démissionner de ses fonctions dès l’élection d’un nouveau
leader du Kadima. Il restera cependant à la tête d’un
cabinet de transition tant qu’un autre gouvernement n’aura
pas été constitué. Après la démission d’Olmert, le président
Shimon Pérès devrait accorder un délai d’un total de 42
jours à son successeur du Kadima pour constituer une
majorité parlementaire de 61 députés sur les 120 de la
Knesset. En cas d’échec, le président pourra confier cette
tâche à un autre député pour 28 jours. Si cette nouvelle
tentative échoue, des élections anticipées auront lieu début
2009, alors que la législature actuelle doit normalement
s’achever fin 2010. Et ce scrutin pourrait consacrer le
grand retour du Likoud de Benjamin Netanyahu, selon les
sondages d’intentions de vote.
Ainsi, pour l’analyste politique palestinien Hanna Siniora,
cité par l’AFP, le tumulte politique en Israël aura
inéluctablement « des répercussions négatives » sur le
processus de paix. « Ce sera le cas si Netanyahu est élu ou
Mofaz, qui incarne un Likoud bis. Avec Livni on ne sait pas
à quoi s’attendre, mais il ne faut pas oublier qu’elle est
aussi issue du Likoud », explique-t-il. Et de conclure : «
Si l’impasse actuelle persiste, les leaders radicaux
assumeront le pouvoir à la fois en Israël et chez les
Palestiniens, ce qui signifie davantage de troubles et de
guerres ».
Abir
Taleb